Conférences
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Mis à jour le
07 mars 2016
Colloque
Héritages arabo-islamiques dans l'Europe méditerranéenne

Colloque international organisé par l’Institut national de recherches archéologiques préventives,
En partenariat avec Marseille-Provence 2013-Capitale européenne de la culture, le MuCEM et la Villa Méditerranée.
Du 11 au 14 septembre 2013, à Marseille, Villa Méditerranée et MuCEM.

Héritages arabo-islamiques dans l'Europe méditerranéenne - Archéologie, histoire, anthropologie
par Patrice Cressier, CNRS

Le recours à l'irrigation dans les campagnes de la péninsule Ibérique comme conséquence de la conquête arabo-islamique et le développement de l'hydraulique agricole qui en a été le support ont fait l'objet de diverses polémiques de la part des historiens et des archéologues durant une grande partie de la seconde moitié du XXe siècle. C'est tout d'abord la question de l'héritage antique (romain principalement) et de la continuité des grands réseaux, en particulier périurbains, qui a été discutée sur des bases parfois moins scientifiques qu'idéologiques. Il s'agissait là de l'un des derniers prolongements du vieux débat historiographique - dont on peut aujourd'hui espérer qu'il est dépassé - autour du caractère exceptionnel, au sein du Dâr al-Islâm, d'une « Espagne musulmane » paradoxal conservatoire du legs antique. Le second débat, qui s'est cristallisé à la fin des années 1980 en parallèle avec la naissance d'une autoproclamée « archéologie hydraulique », s'est établi à l'intérieur même de la communauté de chercheurs proposant le modèle rupturiste d'un al-Andalus aux structures sociales profondément orientalisées. Le différent portait sur plusieurs points : la rapidité de ce processus d'orientalisation après la conquête de 711, la légitimité à considérer les systèmes hydrauliques comme représentatifs des groupes de population nouvellement implantés dans la Péninsule, les critères de la datation et de l'interprétation des réseaux, fossiles ou toujours actifs, soumis à l'observation archéologique. Force est de constater que les formes prises par ce nouveau débat générèrent un certain nombre d'impasses desquelles la recherche dans ce domaine commence tout juste à s'extraire.
En tout état de cause et au-delà des différences de perception ou de sensibilité aux divers problèmes posés par cette hydraulique médiévale (le Maghreb étant hélas trop souvent oublié dans les discussions relatives à al-Andalus), il est désormais admis qu'elle constitue l'un des principaux héritages de la civilisation islamique dans le sud-est de l'Europe. C'est bien comme une véritable orientalisation que peut être perçue la profonde transformation des paysages qui en a résulté.
Dans le cadre d'une rencontre scientifique consacrée aux Héritages arabo-islamiques en Europe méditerranéenne, il semble alors utile de reprendre cette question de la maîtrise de l'eau en al-Andalus, sans vouloir répondre à toutes les questions encore en suspens, mais en dressant un bref bilan des acquis et des zones d'ombre la concernant.
Patrice Cressier est chargé de recherche au CNRS (CIHAM-UMR5648, Lyon), archéologue spécialiste de l'Islam d'Occident (Maghreb et al-Andalus), avec pour thèmes privilégiés la ville islamique (conditions de sa genèse, villes de commandement), le décor architectural, l'exploitation des ressources naturelles et en particulier la maîtrise de l'eau. Il a dirigé plusieurs programmes archéologiques en Espagne, au Maroc et en Tunisie. Il est auteur ou éditeur scientifique d'une vingtaine d'ouvrages.
Année :
2013