A Allonnes, Eure-et-Loir, le site de « la Petite Contrée, secteur 3 » a été fouillé sur une surface de 10 000 m² dans le cadre de la déviation routière de la RN154 au niveau de la commune d'Allonnes.

Chronique de site
Dernière modification
17 mai 2016

L'emprise décapée correspond à une bande, large d'une quarantaine de mètres, prenant le site archéologique en écharpe. L'occupation la plus ancienne est datée du Néolithique II et récent. Elle se manifeste sous la forme de mobilier lithique et céramique pris dans le limon, disséminé de manière éparse sur l'ensemble de l'emprise ouverte mais aucune structure n'a été identifiée.

Un établissement de rang supérieur de La Tène finale

Le site est réinvesti à La Tène finale (période 1), au IIe s. av. J.-C. (LTD1a). Un établissement rural a été partiellement observé et semble se développer plus largement en dehors de l'emprise. Établi à l'intérieur d'un enclos probablement de forme parallélépipédique, il comprend au moins un bâtiment, deux puits et plusieurs silos.
Le mobilier livré par les puits a montré que le site peut être qualifié, à partir de cette période, d'habitat privilégié.

À La Tène D1b de profonds bouleversements modifient la physionomie du site (période 2). Un enclos trapézoïdal aux puissants fossés doublés d'un talus voit le jour. Sa façade est située au sud-ouest, en dehors de l'emprise.
Un bâtiment est implanté au fond de l'enclos. Avec des vestiges largement oblitérés par l'occupation postérieure, sa restitution en plan est impossible. Il semble cependant construit sur d'importants poteaux. Une vaste cour, exempte de vestiges, a été identifiée au devant de l'édifice.
Au sud-est de l'enclos principal, un second enclos au fossé de taille plus modeste présente une orientation similaire au précédent. Sa superficie reste inconnue car il se développe au nord-est, en dehors de l'emprise décapée. À l'intérieur, aucun bâtiment n'a été observé et il est abandonné dans les années 40 av. J.-C.
À l'extérieur des deux enclos, plusieurs fossés à l'orientation identique pourraient limiter des parcelles. À moins qu'il ne s'agisse d'un système d'enclos emboités.
Le profil important du fossé monumental (5 x 3 m), la qualité du mobilier céramique utilisé par les occupants et aussi celle de la viande consommée, montrent que nous sommes en présence d'un établissement de rang supérieur, en tout état de cause d'un habitat privilégié.

Une ferme antique

Le site semble ensuite déserté pendant quelques décennies, à la suite de la conquête romaine. Il est réinvesti au changement d'ère seulement à l'intérieur de l'enclos monumental, celui-ci marquant encore le paysage (période 3). Un bâtiment est reconstruit au fond de l'enclos, à l'emplacement du précédent, mais son plan n'est pas restituable. Il  est  accompagné d'un cellier et peut-être d'un second bâtiment sur poteaux. Au devant, plusieurs rigoles parallèles pourraient délimiter de petites parcelles à moins qu'il ne s'agisse d'un système de drainage.
Avec ce possible hiatus dans l'occupation, on assiste à un changement radical de statut du site et l'habitat privilégié cède la place à un simple établissement rural.

Au milieu du Ier s. apr. J.-C. le bâtiment au fond de l'enclos est reconstruit, mais cette fois sur fondations en pierre (période 4). L'édifice comprend une galerie de façade et probablement un étage. Près de ce bâtiment résidentiel, que l'on peut appeler ferme ou petite villa, deux clôtures prennent place.
La construction semble avoir cependant une durée d'occupation assez brève, de l'ordre du demi-siècle.

La transition avec la période suivante (période 5) est assez délicate à saisir. Elle est due à l'absence de vestiges attribués au IIe. C'est au IIIe s. qu'un nouveau bâtiment à fondations en pierres est construit au sud-est. Son plan s'apparente à des édifices déjà connus par ailleurs, classés dans la catégorie des granges et des étables ou, de manière plus générale, de bâtiments agricoles. La mise en évidence, dans les comblements terminaux du fossé monumental constitués par les remblais du talus, de plusieurs centaines d'ossements attestant une activité de boucherie sur site pourrait aller dans ce sens. Elle concerne principalement les bovins dont une grande quantité d'os d'épaules, de cuisses et de bas de pâtes a été mise au jour et sur lesquels la viande a été prélevée.

Au IVe s. (période 6), le bâtiment agricole est toujours occupé et une activité artisanale y est soupçonnée. La construction fait l'objet de travaux ou de reconstruction partielle visible sous la forme d'un ensemble de poteaux implantés au contact des fondations.
À l'extérieur, seul un fond de cabane a été observé dans l'emprise de l'ancien enclos alors totalement comblé.