Boulevard de la Corderie, à Marseille, la fouille a révélé les vestiges d’une carrière grecque exploitée à partir du VIe siècle avant notre ère, du temps où Marseille était Massalia.

Chronique de site
Dernière modification
01 septembre 2017

D’avril à juin 2017, une équipe de l’Inrap a fouillé, sur prescription de l’État (Drac Paca), une parcelle de 4 200 m² boulevard de la Corderie à Marseille. Située dans le quartier Saint-Victor qui domine la rive sud du Vieux-Port, la fouille s’inscrit dans le projet de construction d’un immeuble de logements par l’Adim Paca (Groupe Vinci). Ce sont les vestiges au centre du site qui ont retenu l’attention des chercheurs : bien conservés, ils témoignent de l’exploitation d’une carrière à partir du VIe siècle avant notre ère, du temps où Marseille était Massalia.

Le calcaire de Saint-Victor, la pierre de Massalia

Marseille, fondée par des marins grecs de la ville de Phocée, occupe dès 600 avant notre ère la rive nord du Vieux-Port. Le stampien à grains fins (pierre calcaire tertiaire) y est présent sur la rive sud, autour de l’abbaye Saint-Victor et du bassin de Carénage. Les Grecs ont privilégié son utilisation pour la construction de Marseille. Sur le site de la Corderie, l’extraction de ce calcaire dit « de Saint-Victor » a laissé des traces sur près de 6 m de haut. Exploitée pendant plusieurs décennies aux VIe et Ve siècles avant notre ère, la carrière est abandonnée et comblée dans le premier quart du Ve siècle.


La production était apparemment diversifiée. Les carriers grecs extrayaient aussi bien des blocs de grand appareil que des éléments architecturaux circulaires de différents diamètres. Mais les archéologues retrouvent surtout les preuves d’une activité consacrée à la production de cuves et de couvercles de sarcophages. Le site livre même toutes les étapes de la chaîne opératoire, depuis l’ébauche, le tracé de calepinage préalable à la taille, jusqu’à la cuve : l’une d’elles, achevée mais défectueuse, a été abandonnée sur place. Par le passé, des sarcophages contemporains similaires ont été mis au jour à Marseille dans des contextes funéraires (boulevard de Paris, rue Tapis-Vert).

Au cours du IIe siècle avant notre ère, l’extraction de la carrière reprend sur une brèche calcaire différente. Plusieurs blocs de grand appareil, entièrement détourés, ont été abandonnés sur place en raison de défauts de la roche qui interdisaient leur mise en œuvre dans des constructions monumentales. Ponctuellement, les archéologues ont identifié une reprise d’extraction encore plus récente, peut-être d’époque romaine ; elle est accompagnée d’un graffiti sur une paroi rocheuse qui pourrait correspondre à un compte de carriers.

Des méthodes et outils millénaires

Le calcaire de la Corderie conserve l’empreinte d’outils utilisés durant toute l’Antiquité et jusqu’à une période récente : pic, escoude, coins et leviers. Le principe d’extraction est également resté le même pendant plus de deux millénaires : dégagement périphérique du bloc au moyen de tranchées de havage, puis insertion de coins à sa base pour le séparer de son substrat.

Si l’utilisation du calcaire « de Saint-Victor » est bien attestée dans les constructions de Massalia (par exemple dans le monument découvert dans les fouilles du collège Vieux-Port), c’est la première fois que l’un de ses gisements est découvert. Les chercheurs, lors de l’analyse de l’ensemble des données recueillies sur le terrain, vont ainsi étudier la durée d’utilisation de la carrière, les stratégies d’extraction, les objectifs et l’économie de l’activité etc.

L’Inrap et Massalia

L’Inrap est un acteur majeur de l’archéologie préventive à Marseille. Depuis sa création, les chercheurs de l’institut y ont notamment exploré plusieurs sites grecs. L'apport majeur de la fouille de cette carrière est qu'elle permet une bonne analyse de la chaîne opératoire de l'économie de la pierre à la période grecque. Les résultats de la fouille du boulevard de la Corderie vont ainsi alimenter l’histoire de la ville et auront vocation à être diffusés au plus grand nombre, au fil des nombreuses actions de valorisation régulièrement menées par l’institut qui a déjà consacré un de ses atlas archéologiques à Marseille (http://multimedia.inrap.fr/atlas/marseille/archeo-marseille) et co-publié Quand les archéologues redécouvrent Marseille.

Aménagement :  Adim Paca (Groupe Vinci)
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie, Drac Paca
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Philippe Mellinand, Inrap