À Notre-Dame-de-l'Isle, en Vallée de Seine (Eure), axe connu depuis le Néolithique comme vecteur de cultures, la fouille constitue une opportunité unique d'étudier une ferme gauloise du Ier siècle avant notre ère avec l'ensemble des structures liées à son fonctionnement (habitats, ateliers, puits).

Chronique de site
Dernière modification
26 mai 2016

En effet, en Haute-Normandie, il est fréquent de rencontrer et d'étudier des sites néolithiques en  Vallée de Seine lors des extractions de granulats. En revanche, les établissements gaulois sont beaucoup plus rarement abordés.

L'organisation de la ferme gauloise

Les archéologues ont mis au jour un établissement rural communément appelé « ferme gauloise ». Celui-ci est constitué de trois espaces distincts appelés enclos, délimités par des fossés et des talus aujourd'hui disparus du relief.
Au nord, la fouille de l'enclos le plus vaste révèle plusieurs plans d'édifices à ossature de bois (poteaux). A l'emplacement de ces bâtiments, le sol est resté très chargé en matière organique et en mobilier varié (tessons de céramique, fragments d'ossements et éléments de torchis). L'étude en cours de l'un d'entre eux présente des éléments de cloisons et de torchis conservant de remarquables empreintes de clayonnages. Ces informations renseignent les archéologues sur les principes architecturaux adoptés et la fonction de cet enclos probablement dédié à la résidence et aux diverses activités artisanales. Dépotoirs, silos et « ateliers » sont également visibles.
Au centre de la zone en cours de fouille, l'occupation apparaît moins concentrée, néanmoins on peut distinguer un robuste bâtiment marqué de sept poteaux.
Au sud, un dernier espace plus restreint contient les traces d'un bâtiment en bois centré dans son enclos et sur l'axe de développement nord-sud de l'établissement. Cet agencement lui confère un caractère ostentatoire dont la signification reste à déterminer.

Le mobilier archéologique, témoignage de la vie quotidienne

Le mobilier archéologique (fragments de céramiques, restes osseux d'animaux) retrouvé en abondance est un excellent indicateur de la fonction et de la datation des différents stades d'évolution du site jusqu'à son abandon. A proximité de la plupart des bâtiments de l'enclos nord et centre, les déchets sont extrêmement concentrés, étalés à même le sol ou bien agglomérés dans le comblement des fossés, fosses et autres creusements (ateliers, puits...). Pour les archéologues, la présence ou non, de poteries, de restes d'animaux, la découverte d'objets en métal ou encore en os, les types d'outils sont autant de témoignages pour l'analyse de la vie quotidienne des occupants du site. Par ailleurs, l'étude qui suivra la fouille, permettra d'établir une typologie des céramiques, aujourd'hui défaillante, qui aidera les archéologues à affiner encore un peu plus les datations et l'appréciation du statut de ces sites.

Les Gaulois consommaient-ils du cheval ?

Parmi les nombreux ossements d'animaux découverts sur le site, ceux appartenant à la famille des équidés (cheval, âne...) sont fréquents. Certains montrent des traces de découpe attestant des gestes de boucherie en vue de la consommation de ces animaux. Or, le cheval est à l'époque gauloise un animal dont on prend un soin extrême en raison du service qu'il rend à son propriétaire. Il est donc généralement exclu de la cuisine gauloise. Cette idée pourrait bien être ici ébranlée si ces pratiques bouchères venaient à être confirmées comme usuelles par les études à venir.

Un site de référence pour la recherche scientifique régionale

Rares sont les opportunités d'étudier en Haute-Normandie et plus particulièrement dans la vallée de la Seine des établissements gaulois complets et richement documentés par la qualité de conservation de ses déchets. Avec la découverte et l'étude partielle ces dix dernières années de plusieurs autres établissements de la même période, dans les gravières du Vaudreuil, de Gaillon ou les ZAC de Val-de-Reuil, la découverte de la ferme gauloise de Notre-Dame-de-l'Isle présente l'opportunité de débuter un travail de comparaison. Les résultats de celui-ci permettront de comprendre le pouvoir d'attraction qu'a exercé le fleuve sur ces différents groupes humains, l'utilisation qu'ils en ont fait, la réponse à ses tumultes, la richesse qu'ils y ont puisée.