Une partie d'un grand village précolombien, situé à environ 200 mètres du rivage actuel, vient d'être fouillée à l'occasion de la construction d'une villa privée. Ces recherches font suite à trois interventions archéologiques menées à la Pointe du Canonnier : une fouille programmée et des prospections en 2002 et deux diagnostics en 2007 et 2011.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

La fouille du gisement de la Pointe du Canonnier a été initiée suite à un projet de construction portant sur l'emprise de ce grand village précolombien de l'île de Saint-Martin située dans le nord de l'archipel des Petites Antilles. Le site est localisé dans la partie occidentale de l'île, sur la péninsule des Terres-Basses, au lieu dit Pointe du Canonnier, une flèche littorale formée par deux plages, Baie aux Prunes au nord et Baie Longue au sud. Le gisement localisé à environ 200 m du rivage actuel.

 

L'organisation spatiale du village

Les différentes opérations archéologiques ont permis de délimiter l'emprise et l'organisation spatiale du village. De forme ovalaire et d'une superficie de plus d'un hectare, il se décompose en trois unités principales. La première correspond à une aire centrale d'habitat, présentant une faible densité en mobilier, identifiée par quelques aménagements : une sépulture, un trou de poteau et un pétroglyphe. C'est le lieu d'implantation des maisons sur poteaux ou carbets, généralement autour d'une place centrale. La seconde correspond à une ceinture de dépotoirs enserrant le village, zone dans laquelle se sont accumulés les rejets quotidiens, des objets usuels abandonnés et des restes de la faune consommée. Lors de la fouille de 2012, les recherches ont été menées dans un dépotoir au nord du village, très riche en mobilier. Enfin, la troisième unité du village est constituée d'une zone d'activités diverses située en périphérie, recelant peu de vestiges.

Les céramiques

Les amérindiens modelaient en argile, à l'aide de colombins et de plaques, de nombreux objets de la vie quotidienne. La majeure partie des récipients, assiettes, écuelles, jattes, pots ou bouteilles, est à usage domestique et liée aux activités culinaires et de consommation. Certains éléments sont parfois décorés d'engobe rouge ou de mamelons. De petits pots sont munis d'un goulot verseur tubulaire et certaines jattes portent des anses rubanées.
Les archéologues ont identifié des récipients et divers ustensiles spécifiques à cette région d'Amérique centrale : des platines, utilisées pour la cuisson des galettes de manioc (tubercule importé d'Amérique du Sud par les premiers agriculteurs-potiers), des fumigateurs décorés d'engobe blanc, qui produisaient de la fumée à l'aide de braises et de végétaux afin d'éloigner les insectes, des tessons perforés qui apparaissent à cette période, servaient de fusaïoles (le coton a été importé par les Amérindiens) ou de poids de filet de pêche.

L'outillage

L'outillage en pierre se compose de lames de haches et de pilons en cherto-tuffite, une roche locale, mais aussi de meules, de polissoirs, de percuteurs et d'enclumes utilisés pour la taille des outils et des objets en pierre, corail ou coquille. De nombreuses pierres brûlées, non taillées, découvertes dans les dépotoirs, étaient utilisées comme pierres de chauffe lors d'activités domestiques ou techniques. Les outils en corail servaient à tailler le bois et la coquille, notamment pour la confection de perles, d'hameçons ou de cuillères. Des perles en calcite étaient des éléments de parure caractéristiques de la période. Enfin, les zémis, ou pierres à trois pointes, taillées dans des roches diverses (calcirudite, grès, calcaire), dans le corail ou la coquille, avaient, d'après les chroniques des Européens entrés en contact avec les populations, une vocation symbolique et représentaient des sortes de divinités.

L'exploitation du milieu marin

Les Amérindiens du Néoindien vivaient en grande partie du milieu marin, base de leur alimentation carnée. Ils collectaient de nombreuses espèces de coquillages, ressources disponibles tout au long de l'année et facilement accessibles. Ils pratiquaient également la pêche, comme en témoignent les hameçons et les restes d'ossements de poissons provenant des récifs côtiers ou de plus grandes profondeurs. Ponctuellement, oiseaux, serpents et petits rongeurs étaient consommés.

Les sites spécialisés

Autour du village, des sites satellites étaient dédiés à l'exploitation des matières premières - telles que les roches destinées à la fabrication d'objets et d'outils - et des ressources marines, ou au décoquillage des gros gastéropodes marins comme le lambi (Strombus gigas). L'origine de certaines roches ou coquilles indiquent que ces communautés avaient des contacts avec d'autres îles de l'archipel.

Un référentiel pour une phase chronologique méconnue dans les Petites Antilles

La transition entre le Néoindien ancien et récent, soit entre le Saladoïde et le Troumassoïde, est une période peu étudiée dans les Antilles. Ce site constitue donc un référentiel à plusieurs titres. Il s'agit du premier village homogène daté de cette période dont l'organisation spatiale est connue dans son ensemble. De plus, la superficie du dépotoir nord, de près de 400 m2, est exceptionnelle. Enfin, la grande richesse en mobilier dans un parfait état de conservation - notamment les éléments en coquille, la faune vertébrée et les crustacés - est inédite. Les assemblages céramique et lithique permettront de préciser les spécificités de la culture matérielle et les modes de vie des Amérindiens du Néoindien. 
Aménagement : Particulier
Prescription et contrôle scientifique : Service de l'Archéologie, Drac de Guadeloupe
Responsable scientifique : Dominique Bonnissent, Inrap