D'une superficie de 2 500 m², l'emprise de la fouille occupe le bord est du promontoire qui domine le coeur ancien de la ville de Saintes (Charente-Maritime).

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Les nombreuses découvertes effectuées dans ce quartier depuis la fin du XIXe s. témoignent d'une densité importante de vestiges remontant aux origines de la ville. Toutefois, hormis les opérations préalables à la construction de l'hôpital Saint-Louis dans les années 1970, aucune fouille préventive d'envergure n'a été réalisée dans le centre de la ville antique.

Un diagnostic archéologique, à l'emplacement du projet d'aménagement, a permis d'identifier plusieurs phases d'occupation, depuis la période antique jusqu'à l'Époque moderne. Une portion d'un quartier antique en plein centre de l'agglomération du Haut-Empire romain, probablement à proximité immédiate du forum, a notamment été dégagée par les archéologues.

La Providence
Chapiteau et colonne cannelée en calcaire : démolition des bâtiments antiques à la fin du IIIe s.


© Jean-Philippe Baigl, Inrap.

La mise au jour d'un îlot urbain (Ier-IIIe s.)

Les recherches ont révélé l'existence d'un îlot urbain situé à l'angle de deux rues, toutes deux bordées par un égout et un portique ; ce trottoir couvert est séparé de la rue par une colonnade. Les recharges successives de galets, silex ou fragments de tuiles qui constituent les niveaux de circulation de la voie témoignent d'une utilisation fréquente et ancienne. La voie est-ouest paraît secondaire à celle d'axe nord-sud qui doit correspondre au cardo qui, en se prolongeant vers le nord, dessert les thermes de Saint-Saloine d'un côté et de l'autre un quartier périphérique antique, fouillé fin 2013 par l'Inrap.
Le bâtiment dégagé à l'angle des deux rues est en cours d'étude ; son plan constitué de grands espaces rectangulaires ne semble pas dévoiler une habitation. Peut-être s'agissait-il de boutiques ?
À l'est, le long de l'axe est-ouest, un espace ouvert (cour) avec caniveaux et puits perdu dessert deux pièces quadrangulaires ainsi qu'une autre à abside. La fouille de cette construction permettra de savoir s'il s'agit de thermes.

Réorganisation de la ville et construction du rempart (IVe-Xe s.)

L'organisation de l'îlot urbain perdure jusqu'au IIIe s., pour disparaître lors de la construction de l'enceinte urbaine, vers 270 vraisemblablement. Le tracé du rempart encore visible à l'angle de la rue Bernard et de la place du 11 novembre se poursuit vers le nord, sous le parking le long du mur de clôture occidental de La Providence, qui constitue la limite de la fouille, la situant ainsi à l'intérieur de l'enceinte. L'îlot est progressivement détruit, comme la plupart des monuments anciens de la ville (édifices publics, temples, mausolées...). Les matériaux sont récupérés pour construire la fondation du rempart. Ces blocs constituent en grande partie la collection visible au musée lapidaire.
Le rempart n'est pas visible sur la fouille, puisqu'il se situe quelques mètres plus à l'ouest, donnant l'opportunité d'étudier les abords immédiats de l'enceinte. Les archéologues ont découvert ainsi le talus interne adossé au pied de la fortification. Cette zone restera vierge de toute construction jusqu'au Xe s. Entre le Xe et le XIIe s., l'espace vraisemblablement voué à des jardins est percé d'une multitude de fosses (silos, latrines, dépotoirs) indiquant une occupation toute proche. L'analyse du mobilier permettra peut-être de savoir s'il s'agit d'un habitat civil ou du château dans ses phases anciennes.