La villa gallo-romaine de Cizancourt, Somme.

Dernière modification
10 mai 2016

Faisant suite au diagnostic mené au printemps-été 2009 par Karine Raynaud, Emmanuel Petit et Didier Lamotte (Inrap), une fouille a été entreprise sur le territoire communal de Cizancourt, au lieu-dit « La Sole des Galets ». Les vestiges se développent depuis la route de Cizancourt vers Licourt.


Le premier établissement de l'époque gauloise

Le site présente des enclos fossoyés, datant de la protohistoire récente, qui témoignent d'une occupation à vocation rurale comportant une zone de stockage des récoltes. Des silos sont creusés directement dans le substrat naturel (loess) et sont destinés à conserver des céréales. Certains vestiges montrent également la présence d'activités artisanales comme la métallurgie (forge, etc.).

La villa gallo-romaine

L'établissement agricole continue d'évoluer après l'indépendance gauloise. Aussi, durant les dynasties julio-claudienne et flavienne (-27 à 96 de notre ère), le paysage semble conserver les lignes directrices de l'enclos primitif. La propriété possède un plan plus harmonieux selon lequel l'espace semble mieux organisé, avec des installations internes complexes. La cour principale (pars urbana), réservée au maître, est séparée de celle vouée aux ouvriers et aux serviles (pars agricola).
 
Les vestiges étudiés dans l'emprise du projet s'étendent sur plus de 17 000 m² mais la surface totale de la villa est très probablement trois ou quatre fois supérieure d'après les sources fournies par les photographies de prospections aériennes.

La partie fouillée en 2010 correspond à la cour agricole où l'on pratiquait les activités domestiques et artisanales nécessaires au bon fonctionnement de la villa. Ces travaux se traduisent par de grands fours, probablement à vocation culinaire, et de vastes fosses d'extraction d'argile. Cette cour était pourvue de bâtiments agricoles identifiés par les semelles de fondation en craie damée destinées à soutenir les murs. Certaines de ces constructions étaient coiffées de tuiles (tegulae et imbrices), d'autres avaient une couverture en matériau périssable (chaume, lauzes, etc.)
À l'extérieur des enclos, une inhumation d'adulte de sexe masculin a été découverte. Le sujet devait être déposé dans un coffre ou un cercueil. Il présente une dissymétrie des membres inférieurs, séquelle d'une probable hémiplégie. Des échantillons dentaires prélevés ont été analysés et la datation par carbone 14 confirme qu'il appartient au IIe-IIIe siècle de notre ère.
 
On notera également la découverte d'une applique complète en bronze et incrustations d'argent. Elle représente un jeune félin couché sur un promontoire hémisphérique. Cette pièce, qui souligne en filigrane l'aisance du maître des lieux, est probablement une garniture de harnais de qualité. Bien qu'elle ne connaisse à ce jour aucun élément de comparaison, d'après les critères stylistiques et le mode de réalisation, cet objet remarquable ne peut pas être antérieur au IIe siècle de notre ère.

Claire Barbet et Gilles Prilaux (Inrap)