A Escaudes, Gironde, à quelques centaines de mètres en rive gauche du Ciron, dans les sables de la Haute Lande de Gironde, les sondages dirigés par C. Etrich sur le tracé de l'A65 ont révélé la présence d'une structure subcirculaire d'environ 12 m de diamètre, constituée de moellons de calcaire posés à même le sol à environ 70 cm de profondeur.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Par ailleurs, à faible distance au nord-ouest, une tranchée a livré un petit lot de tessons attribuables au Bronze moyen. Ces découvertes ont justifié la prescription d'une fouille, étendue sur environ 4 000 m², qui s'est déroulée pendant l'hiver 2008-2009 avec une équipe de 6 personnes en moyenne.

Le décapage a permis de confirmer l'existence de la structure circulaire détectée lors du diagnostic et en a révélé une seconde, à quelques mètres au sud-est, de dimensions plus modestes. Il confirme également la présence d'une zone d'accumulation en rejets détritiques divers, peu abondants, qui est clairement à l'écart des structures empierrées. Un ensemble de 70 taches noires a aussi été identifié, qui ont rapidement pu être attribuées à des bioformations naturelles, sans intérêt archéologique.

Deux secteurs de fouille ont été distingués, pour observer respectivement les structures circulaires empierrées et le niveau archéologique au nord-ouest. Les structures empierrées ont été fouillées en aire ouverte, en prélevant le mobilier archéologique (très pauvre) et en laissant sur place les blocs calcaires. Ceux-ci ont alors été relevés manuellement, puis à l'aide de photographies verticales. Ils ont ensuite été démontés, décomptés et pesés par unités métriques, puis détaillés selon les types de roches et leur éventuelle altération par le feu. Une reprise du décapage a alors été effectuée afin de détecter d'éventuelles structures complémentaires, ce qui ne s'est pas présenté. Le niveau archéologique a été fouillé manuellement sur environ 300 m², sa périphérie a été explorée à la mini-pelle. Ce niveau s'épaissit progressivement vers le nord et s'inscrit dans le remplissage d'un talweg peu profond, petit affluent intermittent de rive gauche, perpendiculaire au Ciron.

Les périlithes


La fouille extensive de la zone livrant des blocs calcaires révèle deux structures distinctes, de dimensions très différentes mais de forme similaire (en fer à cheval). Les pierres qui les délimitent forment une bande discontinue de densité variable, où l'on peut percevoir des « effets de parois » internes, dessinant un polygone. Il n'existe pas de fossé sous-jacent associé aux pierres.

Au nord-ouest, la grande structure a une douzaine de mètres de diamètre et s'ouvre au nord-est. La petite structure, au sud-est, n'a que 3 m de diamètre et s'ouvre au sud-est. En dépit de ces fortes différences de dimension, on constate que le même poids de pierres a été mobilisé dans les deux cas, celles de la petite structure étant généralement plus volumineuses (environ 1 000 pierres totalisant 620 kg). La grande structure se distingue en outre par un amas de pierres dans l'espace central, décalé vers le nord-ouest. Un petit foyer en cuvette se trouvait à l'extérieur, dans le quartier au sud-est.

En matière de vocabulaire, si un « péristyle » désigne un espace entouré de colonnes, le néologisme de « périlithe » peut être utilisé pour qualifier objectivement les structures du Boscage, qui sont des espaces entourés de pierres. Ce terme offre l'avantage d'éluder les questions d'interprétation chronologique et fonctionnelle, qui sont impossibles à trancher dans le cas présent.

Pour l'attribution chronologique, il est tentant d'associer ces structures au mobilier du Bronze moyen découvert à proximité, mais il faut souligner que les seuls tessons en contact direct avec les pierres sont seulement attribuables à la Protohistoire, sans autre précision. Du point de vue morphologique, les comparaisons les plus convaincantes se trouvent dans la thèse de M. Bilbao sur la vallée de la Leyre. Ce rapprochement plaiderait plutôt pour une attribution aux débuts de l'âge du Fer.

Pour l'interprétation fonctionnelle, compte tenu de la comparaison évoquée ci-dessus, l'hypothèse funéraire est la première qui vienne à l'esprit. On ne dispose toutefois d'aucune observation concrète qui irait dans ce sens. Par conséquent, il faut accepter d'envisager d'autres interprétations. Parmi celles-ci, l'hypothèse d'un habitat temporaire, sous la forme de tentes haubanées par les pierres, pourrait être crédible.

Le niveau archéologique

Au terme de la fouille du niveau contenant le mobilier détritique, on a pu constater qu'il appartenait au remplissage d'un petit talweg. Cette situation explique l'hétérogénéité du mobilier, où l'ensemble dominant du Bronze moyen associe quelques indices mésolithiques, ainsi que son fort débattement vertical, qui s'étend sur plus de 40 cm. Ces conditions décrivent un contexte d'accumulation remanié et une déstructuration de l'organisation spatiale des vestiges.

Le mobilier permet alors seulement d'identifier des périodes de fréquentation et de proximité d'un habitat, sans apporter d'informations sur son organisation ou son architecture. Quelques pierres taillées de très petites dimensions attestent vraisemblablement d'une fréquentation au Mésolithique. Le matériel céramique est le mieux représenté ; il montre une bonne unité de style à rapprocher du Bronze moyen médocain (présence de pastillages et de cordons digités multiples).

Conclusion

Il n'est malheureusement pas possible de démontrer objectivement le lien entre le mobilier du Bronze moyen et les structures subcirculaires empierrées, dont la datation demeure donc douteuse. Les « périlithes » livrent un aperçu original du mode d'occupation de la Haute Lande de Gironde pendant la Protohistoire. Selon l'interprétation qu'on admettra, on y verra une forme d'architecture funéraire ou bien les reliefs d'un habitat saisonnier temporaire. L'échantillon de céramique est très pauvre mais son unité démontre la proximité d'un habitat du Bronze moyen et enrichit la connaissance de cette culture matérielle.