Un Eldorado éphémère sur le parcours des Magdaléniens à Mareuil-sur-Cher, Loir-et-Cher.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Sur une superficie de 500 m², une fouille horizontale mécanique et manuelle, avec contrôles stratigraphique (coupes) et taphonomique (secteur avec fouille fine, tests de tamisage), relevés en coordonnées cartésiennes, dessin et photo numérique, a été réalisée.

Les restes d'un atelier magdalénien

La fouille a mis au jour les vestiges d'un atelier de silex exploité au Magdalénien (environ 16 000 avant notre ère). Éclats, lames, et restes de blocs taillés (nucléus) ont été découverts alors qu'aucun reste organique ne nous est parvenu. Le site se trouve à la confluence entre un affluent du Cher (La Civière) et un petit ruisseau intermittent (Le Casseux). Le lieu est favorable à la chasse (comme toutes les confluences), et offre aussi l'avantage de délivrer des blocs bruts d'un silex de très bonne qualité. À ce titre, il représente un gisement remarquable de matière première.

La route du silex

Les itinéraires des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique étaient déterminés par l'exploitation saisonnière et régulière des mêmes biotopes. Mais, pour la quête du silex, tous les territoires étaient prospectés. Le silex est le matériau habituel des outillages de pierre en Europe de l'Ouest. Pourtant, son aptitude au débitage, sa forme, sa teinte et son abondance varient beaucoup d'une région à l'autre. La qualité du silex dans la vallée du Cher, et notamment au Casseux, a joué un rôle attracteur sur les populations magdaléniennes, des populations très friandes de longues lames minces, donc très exigeantes sur la qualité de la matière première.

Une occupation dense et brève

25 000 silex taillés ont été récoltés sur une petite surface de 500 m². En dépit de l'opportunité que procure un tel gisement de silex, seul un groupe humain semble en avoir eu connaissance. Les productions sont homogènes, répétitives, et constituent un cortège industriel connu dans les premiers temps du Magdalénien, aux alentours du 160e siècle avant notre ère.

Des lames en série

L'objectif des tailleurs de silex était la production en série (unipolaires ?) de lames à usage différé. Autrement dit, les lames produites sur place ont été massivement exportées. Les seuls témoins qui nous restent sont quelques fragments abandonnés sur place et des négatifs éloquents sur les nucléus. Les tailleurs ont pu conserver ces lames et en user au sein de leur groupe sur d'autres habitats, et peut-être même en céder une partie à d'autres individus au gré de leurs rencontres.

Un lieu de vie

L'analyse des silex révèle une large mixité fonctionnelle au Casseux, même si les interventions sur le bois animal et l'os dominent largement les activités. On reconnaît notamment la part importante du travail de bois de cervidé (par les burins, les épines, les perçoirs, les lames brutes, les encoches et les denticulés), qu'il faut mettre en perspective avec la présence dans la région du gibier favori des Magdaléniens, le renne. La relation entre un type d'outil et une tâche spécifique est sérieusement envisagée : le burin racle le bois de cervidé, le grattoir racle la peau sèche, l'épine perfore les matières dures et demi dures animales. Manufacture d'outils en os ? Artisanat des pendeloques ? Maintenance d'outils et d'armes en bois animal ? Transformation des peaux ? La vie sur l'atelier du Casseux a de toute façon été bien plus qu'une simple affaire de lames...