Le château de Didonne a laissé bien peu de traces dans Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime), si ce n'est le toponyme Le Châta. Son existence est néanmoins attestée par les textes. Didonne a été durant le Moyen Âge, une seigneurie d'une importance majeure à l'entrée de l'estuaire de la Gironde. Occupant une position géographique stratégique, le château est tenu par un seigneur puissant et possessionné.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

La forteresse, qui a fait l'objet de nombreux sièges durant la guerre de Cent Ans, a perdu de son importance à l'issue du conflit. Elle tombe en ruine et ne sera pas reconstruite, semble-t-il. Les plans du début du XVIIIe siècle montrent que le château a disparu et que seule son imposante enceinte circulaire reste marquée dans le paysage.
La fouille archéologique, d'une surface d'environ 3 000 m², est localisée sur le flanc ouest de l'ancien château de Didonne et fait suite au diagnostic de 2012 (16 000 m²) qui avait révélé la présence des douves du château et un habitat médiéval se développant sur la pente menant aux marais de Chenaumoine. Seule une partie du futur projet de lotissement prévu à cet endroit a fait l'objet d'une intervention. Cette zone prend en écharpe le site castral sur ses côtés ouest et sud, englobant une petite partie de l'habitat médiéval, la berge de l'ancien marais ainsi que le marais proprement dit. Une seconde phase de fouille devrait intervenir prochainement sur le reste de l'emprise.

Un décapage archéologique contraint par la topographie des lieux et la présence de l'eau

La configuration particulière du terrain, très en pente et aboutissant dans une zone humide, a nécessité la mise en place de pompes d'épuisement fonctionnant en permanence, de façon à éviter un ennoiement du terrain, l'eau s'écoulant en permanence du coteau d'une part et le niveau de la nappe phréatique étant très haut en ce début de printemps 2013, d'autre part.

À l'issue de la phase de décapage du terrain, trois secteurs ont été mis en évidence :

  • au nord de la parcelle, l'extrémité ouest de l'habitat médiéval qui se développe à l'extérieur de l'enceinte du château ;
  • au sud-ouest, la berge de l'ancien marais de Chenaumoine drainé par le Riveau ;
  • au sud-est, l'exutoire des douves du château et leur contact avec le marais.

Un habitat du Moyen Âge installé contre le château ...

À l'extérieur de l'enceinte castrale, immédiatement contre la douve et sur une pente qui domine le marais de Chenaumoine, un habitat médiéval classique se développe. Les premiers éléments de datation montrent qu'il est contemporain du château, du XIe au XVe siècle. Il se caractérise par la présence de structures en creux, fosses, carrières, fossés, trous de poteau et silos. L'organisation spatiale des vestiges n'est pas lisible pour l'instant mais ces témoins seront à intégrer au plan final du « village » lorsque la seconde partie du futur lotissement sera fouillée. Les structures ont livré un mobilier riche et abondant, de la poterie décorée ou non, une fusaïole en calcaire décorée de lignes en étoile, une plaque d'ardoise gravée d'un décor en damier et une monnaie du XIIIe siècle. Les vestiges animaux sont également abondants, coquillages, os, arêtes de poisson, pinces de crabe...

... et sur les bords du marais

Cet habitat est installé sur le bord du marais de Chenaumoine, isolé de l'estuaire par un cordon dunaire sur lequel s'est installée la station balnéaire actuelle. Ce secteur a été drainé et asséché par la canalisation (au XVIIIe siècle) d'un petit cours d'eau, le Riveau. La rive en pente douce de ce secteur humide présente une succession de couches plus ou moins tourbeuses, riches en mobilier archéologique et surmontées de différents niveaux de pierre qui semblent avoir eu pour fonction d'affermir le sol.

Les douves du château s'ouvrent sur le marais

Le décapage du secteur sud-est de l'emprise a montré que les douves du château de Didonne avaient leur exutoire dans le marais en suivant la pente du coteau. Il s'agissait donc de douves sèches dont l'ampleur, un double réseau de fossés concentriques larges chacun de 15 à 20 m, représentait à elle seule un système de défense important. La profondeur de ces douves est de 3 m ou plus au point le plus haut du site (diagnostiqué en 2012) et au plus près du château.
Le marais de Chenaumoine, drainé par le Riveau qui s'écoule à 40 m au sud de la fouille, a constitué à ce endroit et ce, jusque dans les années 1970, une zone humide. Les stratigraphies relevées lors de la fouille montrent un secteur soumis d'une part, aux aléas des épisodes climatiques, et, d'autre part, à la forte pente du coteau entaillé par les douves. Des dépôts de sédiments limoneux issus ou de la circulation de l'eau dans le marais (dans le sens est-ouest) ou du glissement de terre issue du coteau (dans le sens nord-sud) se sont déposés progressivement. De plus, de petites dunes de sable blanc semblent avoir pour origine des vents forts venus de la côte au sud. L'ensemble de ces phénomènes a créé à la sortie des douves une sédimentation « feuilletée » riche en mobilier archéologique et reposant sur un niveau de tourbe qui constitue le fond du marais, peu profond.
Il faut enfin noter la mise au jour d'un mur médiéval en forme de « fer à cheval » installé sur la berge du marais perpendiculairement à la sortie des douves. Sa fonction reste énigmatique.

Les études en cours ont pour objectif de comprendre l'environnement du site castral par l'étude la zone humide et de faire le lien entre l'occupation humaine et l'évolution du marais.