À Boult-sur-Suippe, dans la Marne, les archéologues ont mis au jour un cimetière allemand de la Première Guerre mondiale. Cette découverte permet notamment d’étudier la prise en charge des blessés et des défunts, du champ de bataille à la nécropole.

Chronique de site
Dernière modification
13 juillet 2016

Une équipe de l’Inrap vient de fouiller un cimetière militaire allemand de la Grande Guerre. Ces recherches se sont déroulées en amont de la construction d’un lotissement par la société Immocoop et sur prescription de l’État (Drac Champagne-Ardenne). Environ 530 tombes et plus d’un millier d’objets personnels et militaires ont été mis au jour. Cette recherche d’ampleur permet notamment d’étudier la prise en charge des défunts et des blessés, du champ de bataille à la nécropole, et pour certains de les identifier.

Un cimetière de fortune

Durant les combats, dès 1916, les soldats ont été enterrés dans ce cimetière de fortune. Entre 1925 et 1927, période où les terres sont restituées aux agriculteurs pour relancer l’économie, une partie des sépultures est exhumée en urgence. Aujourd’hui, les archéologues mettent en évidence que les corps ont été partiellement prélevés, certains oubliés.
L’étude portera sur le recrutement des soldats (âge, stature), leur état sanitaire, leurs provenances géographiques, les causes de leur décès, la chirurgie de guerre, la logistique militaire. Déjà figurent des recrues trop jeunes pour avoir eu l’âge légal de s’enrôler.

La gestion des blessés et des défunts

Les défunts sont issus directement du champ de bataille ou de l’hôpital militaire. Les archéologues observent les méthodes de gestion des blessés et des défunts.
Les blessés sont transportés à l’hôpital militaire, situé à 1,5 km du cimetière, dans le village de Boult-sur-Suippe. Sur place, ils sont déshabillés puis vêtus d’un pyjama avant de recevoir les premiers soins. Certains décèdent avant leur opération, d’autres meurent pendant l’opération ou peu après. La plaque d’identité militaire leur est retirée à l’hôpital. Mais une bouteille contenant le formulaire de décès est parfois insérée dans le cercueil. Certains soldats hospitalisés ne présentent pas de traumatismes et décèdent de maladie, seconde cause de mortalité pendant la Grande Guerre.
Sur le front, les défunts étaient récupérés par les équipes sanitaires puis enveloppés dans leur toile de tente individuelle qui devenait alors leur linceul. Les dépouilles transportées à l’arrière, sont mises en bière. Selon la mortalité journalière, les sépultures sont individuelles, doubles ou multiples, et peuvent contenir jusqu’à douze individus. Contrairement au règlement allemand qui préconise la récupération des effets militaires, les défunts morts au combat portent encore leurs uniformes (vareuse, pantalon, sous-vêtements et bottes) et leur équipement (casque, ceinturon et cartouchières, masques à gaz, baïonnettes, gourdes, décorations...). Les archéologues ont également retrouvé de nombreux objets personnels : bagues, montres, pipes, miroirs, peignes, porte-monnaie, couteaux, médailles pieuses…..

La chirurgie de guerre

L’étude anthropologique documente la chirurgie de guerre. Les archéologues observent de nombreuses amputations. La peur de la gangrène à partir de plaies ouvertes était telle que l’amputation était préconisée même pour une fracture ou une jambe cassée. Les chercheurs observent une grande variété de traces de découpe sur les os relevant de l’urgence. Des ouvertures de cages thoraciques ont été constatées et divers accessoires chirurgicaux sont retrouvés dans les fosses : attelles, bouée de mise en décharge, épingles à nourrice, scalpel…  

Schütze Georg Werner, Ldstm Meyenkoth Otto, Musk Querl Hermann, Ers Res Kreikenborn, Ldstm Kampe Wilhelm, Hornist Terborg Hermann, Untffz Pattberg Wilhelm, Musk Taute Wilhelm…

Les effets militaires retrouvés dans les tombes sont précieux pour l’identification des soldats. Ainsi, sur plus de 530 inhumations, 130 plaques d’identité militaire ont été retrouvées. Après étude des plaques et de l’équipement des soldats, les archéologues avancent qu’ils appartenaient à la 19e Division d’infanterie, avec notamment des combattants des régiments suivant : 78e IR, 91e IR, 26e ART, 62e ART, 501e ART.
Les objets personnels, couplés aux effets militaires, contribuent largement aux identifications individuelles notamment les alliances, chevalières et bagues de tranchées parfois gravées au nom du défunt.
À ce stade de l’étude, Schütze Georg Werner, Ldstm Meyenkoth Otto, Musk Querl Hermann, Ers Res Kreikenborn, Ldstm Kampe Wilhelm, Hornist Terborg Hermann, Untffz Pattberg Wilhelm, Musk Taute Wilhelm, appartenant au 78e Régiment d’infanterie, ont été identifiés. Ces soldats ont participé aux batailles d’avril 1917 au nord-ouest de Reims, notamment autour des forts de Brimont et de Fresnes, menées durant l’offensive de Nivelle au Chemin des Dames.

Aménagement :  IMMOcoop
Prescription et contrôle scientifique :  Service régional de l’Archéologie (Drac Champagne-Ardenne)
Recherche archéologique :  Inrap
Responsable scientifique :  Bruno Duchêne, Inrap
Équipe scientifique :  Frédéric Adam, Sandrine Thiol, Philippe Vidal, Inrap