Une équipe de l'Inrap intervient préalablement au projet d'aménagement de la place Saint-Germain par la ville de Flers. En juin 2013, un diagnostic archéologique avait permis de mettre au jour une partie des fondations de l'église et du cimetière Saint-Germain, d'origine médiévale.

Dernière modification
13 juillet 2016

Prescrite par le service régional de l'Archéologie (direction régionale des Affaires culturelles de Basse-Normandie), la fouille a pour objectif l'étude anthropologique d'un groupe d'individus inhumés dans le cimetière paroissial, ainsi que la recherche des fondations de l'église moderne, construite au XVIIIe siècle, voire celle des vestiges de l'église antérieure. L'étude archéologique est couplée à une étude en archives destinée à retracer l'histoire de la paroisse et du cimetière.

La paroisse et l'église Saint-Germain à Flers

La première mention de Flers dans les archives se situe à la fin du XIIe siècle. La ville dépend alors du château, centre d'une baronnie. Modeste bourg rural concentré autour de l'église Saint-Germain, la ville compte une centaine de feux (environ 500 habitants) au XVe siècle et environ 1 700 habitants avant la Révolution. À partir du XIXe siècle, l'industrie textile permet le développement de la ville qui comptera jusqu'à 10 000 habitants. Ainsi, la ville s'étend, se transforme, ses rues sont nivelées et alignées. Le cimetière de la paroisse Saint-Germain est déplacé à la fin du XVIIIe siècle vers l'actuelle place Duhalde, puis en 1838, un nouveau cimetière est créé hors du centre-ville. Le quartier Saint-Germain change alors de physionomie : la mairie, le presbytère et la grange aux dîmes sont détruits pour construire l'actuelle église Saint-Germain à partir de 1910, à quelques dizaines de mètres de l'église d'origine. L'ancien édifice, dont la tour-porche est bâtie en 1720 et le reste du bâtiment reconstruit en 1778, est démoli en 1924, donnant naissance à la place Saint-Germain.

Les pratiques funéraires dans le cimetière de Flers

Dans une grande majorité, les défunts sont inhumés dans des cercueils en bois cloués, de forme trapézoïdale. Ceci est attesté notamment par la présence de traces ligneuses brunes dans le sol (restes de planches) et par les nombreux clous retrouvés autour des corps. Les défunts étaient également enveloppés d'un linceul fermé par des épingles en alliage cuivreux. Les individus étaient généralement déposés sur le dos, la tête à l'ouest, les avant-bras croisés sur le thorax ou sur le bassin, les jambes allongées. Le mobilier associé aux défunts est peu abondant, mais quelques objets ont toutefois été déposés, tel un chapelet ou une monnaie.
Ces pratiques sont courantes à la fin du Moyen Âge et durant l'Époque moderne. Deux sépultures se démarquent de l'ensemble du cimetière par un mode d'inhumation habituellement réservé à une catégorie sociale privilégiée : il s'agit de deux caveaux situés vers l'autel dans lesquels ont été trouvés deux sarcophages en plomb, datant du XVIIIe siècle. Accolé à l'un d'entre eux, un coeur en plomb a été découvert, témoignant d'une pratique d'embaumement, un rituel funéraire réservé aux élites.

Pourquoi fouiller un cimetière paroissial d'Époque moderne ?

La recherche actuelle associe étude archéologique, anthropologique et étude des registres paroissiaux. Pour la paroisse Saint-Germain, les registres disponibles datent de 1637 à 1792. Ils donnent des indications sur les zones d'inhumation et permettent d'observer des variations dans le nombre d'inhumés, correspondant à de possibles pics de mortalités. La fouille pourra peut-être révéler une organisation particulière des zones d'inhumation : inhumations d'individus de groupes sociaux privilégiés dans la nef et simples paroissiens à l'extérieur de l'église ? Lieux d'inhumation préférentiels selon l'âge et le sexe des inhumés ? L'étude anthropologique, et en particulier les analyses paléopathologiques, s'attachera à mettre en évidence l'état sanitaire des inhumés, apportant ainsi des renseignements sur les conditions de vie des paroissiens durant cette période.
Aménagement : Ville de Flers
Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie, Drac Basse-Normandie
Recherches archéologiques : Inrap
Responsables scientifiques : Hélène Dupont ; Raphaëlle Lefevbre (anthropologie)