A Marlenheim, Bas-Rhin, l'opération, menée en collaboration par le PAIR et l'Inrap, porte sur une surface de 2 hectares située à l'entrée est du village.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Marlenheim a connu dès les époques les plus anciennes une occupation dense et importante. Les découvertes fortuites réalisées depuis le XIXe siècle en ont fait apparaitre, pour toutes les périodes, des témoignages que la situation au débouché de la vallée de Kronthal, sur l'une des voies principales reliant la plaine rhénane au plateau lorrain, explique probablement.

Le passé de Marlenheim

De ce passé très riche, on ne connaissait encore il y a quelques années que peu de choses. Grâce aux fouilles préventives effectuées depuis sept ans dans la commune, plusieurs grandes fenêtres ont pu être ouvertes sur cette histoire ancienne, permettant d'en établir progressivement les étapes et d'en éclairer les principales composantes.

Une fouille en cours

Elle a été suscitée par le projet de construction d'un lotissement et de logements sociaux par OPUS 67.
Les vestiges dégagés appartiennent à trois périodes différentes :
-le Néolithique récent vers 3500 avant J-C.,
-l'âge du Bronze final ou le Hallstatt ancien (entre 900 et 600 avant J-C.)
-le haut Moyen Âge (VIe au XIIe siècle après J-C.) qui regroupe le plus grand nombre de structures.
Les trois implantations, qui se superposent les unes aux autres, ne peuvent être encore bien différenciées en l'état actuel d'avancement des fouilles. Pour le haut Moyen Âge, seulement, s'esquisse dès à présent l'organisation des constructions avec à l'est une voie le long de laquelle se concentre un premier noyau de bâtiments et à l'ouest une distribution plus lâche de structures recouvrant manifestement plusieurs unités d'habitation.


Une tombe du Néolithique récent (IVe millénaire avant J-C.

La première occupation, celle du Néolithique récent, n'est représentée pour l'instant que par une seule fosse. Il s'agit d'un silo, de forme cylindrique, qui comportait dans son comblement les restes de deux individus (un adulte et un enfant) inhumés simultanément, ainsi que les os disloqués d'un troisième corps. Ce type de dépôt, retrouvé généralement à proximité des habitations, évoque une pratique mortuaire bien identifiée en Alsace durant le Néolithique récent.
Son interprétation suscite cependant encore de nombreuses discussions concernant notamment la raison qui a poussé à utiliser ou réutiliser à un usage funéraire des structures destinées initialement à des fins agricoles.
L'exemple de Marlenheim témoigne d'une utilisation sur le long terme : le vide maintenu dans le volume de la fosse, par un système de fermeture provisoire, a en effet permis une réouverture pour le dépôt successif de plusieurs corps. Aussi est-il permis de se demander si cette structure n'a pas servi de caveau familial.

L'occupation du Bronze final ou du Hallstatt ancien (entre 900 et 600 avant J-C.)

Elle se manifeste par des silos (creusements cylindriques ou en forme d'entonnoir destinés à la conservation des grains) et par de grandes fosses au plan irrégulier, réparties sur tout le site. Ces fosses avaient été creusées probablement pour extraire la terre utilisée à la construction des maisons. La quantité importante de déchets culinaires retrouvés dans ces structures (restes de poteries et ossements d'animaux) indique que l'on se situe vraisemblablement à l'emplacement d'un habitat dont l'organisation reste à préciser.

L'habitat du haut Moyen Âge (VIe-XIIe siècle)

Il s'agit de l'occupation la plus importante. Elle recouvre tout l'espace et se compose de plusieurs unités ou quartiers d'habitation qui se poursuivent au-delà des limites de la fouille. Les céramiques recueillies dans les structures ont permis de dater les implantations du VIe au XIIe siècle.
Cet habitat, le troisième du haut Moyen Âge découvert dans la commune, confirme l'importance qu'avait le site à cette époque. Il est probable qu'il faut trouver son explication dans la présence d'un palais royal à Marilegium, mentionné dans des textes du VIe au IXe siècle. On ignore encore où se situait précisément cette résidence, mais des indices laissent penser qu'elle devait être dans l'environnement immédiat de ces habitats.
 
L'établissement dégagé sur le site du Clos du Marlenberg comporte principalement deux types de construction : des cabanes semi-enterrées qui servaient souvent d'ateliers de tissage - elles sont particulièrement nombreuses sur le site - et des bâtiments de plain-pied qui correspondent aux habitations et aux annexes agricoles - l'un d'eux, de 18 m de long et de 7 m de large, a été retrouvé à l'extrémité ouest du site.
Ces édifices étaient construits en bois et en terre. Certains étaient en briques crues. Les nombreuses pierres retrouvées sur le site provenaient vraisemblablement de leur soubassement.
 
Des puits, des silos et des fosses de fonctions variées leur étaient associés, ainsi qu'une dizaine de tombes, dispersées dans tout l'habitat.
 
L'artisanat occupait dans cet établissement une place importante : la métallurgie, le tissage et la production de poteries y sont attestés, l'agriculture et l'élevage représentant les autres activités.