A Quessoy, Côtes-d'Armor, fouille sur une surface de 3 100 m2.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Située au N-E de la commune de Quessoy, l'opération archéologique effectuée au lieu-dit Le Clos Maillard se trouvait à l'époque gauloise en territoire coriosolite et la petite zone d'habitat isolé découverte lors des fouilles dépendait politiquement de cette peuplade.

Ces investigations archéologiques, qui viennent compléter nos connaissances encore très lacunaires sur le second âge du Fer en Armorique, ont permis d'étudier une petite zone d'habitat à probable vocation agricole. La chronologie relative apportée par l'étude du plan et de la stratigraphie nous permet de situer l'occupation du site entre à la fin de La Tène ancienne et le début de La Tène moyenne (entre le milieu du IVe s. et la première moitié du IIIe s. avant J.-C.).

Le Clos Maillard
Quessoy/Le Clos Maillard
Petit bâtiment (début de la Tène moyenne) en cours de fouille.
Cl. H. Paitier/Inrap

Le secteur semble abandonné vers le début de La Tène moyenne (première moitié du IIIe s. avant J.-C.). Il ne semble pas exister de'hiatus dans l'occupation du site et le rattachement des structures à l'une ou l'autre des quatre principales phases étalées sur environ un siècle n'est pas aisé. Apparemment fondée pendant ou peu avant cette période, l'occupation rurale se caractérise par plusieurs états de parcellaire ou par de petits enclos successifs associés à quelques constructions dont trois petits bâtiments implantés sur des tranchées de fondation palissadées. L'emprise archéologique a permis d'étudier en partie ces enclos ou ces parcellaires lotis puisque chaque état repéré (phases I à V) se développe hors décapage et en dehors des futurs travaux d'aménagement de la carrière.

Le site étant très arasé en périphérie de l'emprise et vu les résultats de la campagne de diagnostic (effectuée en octobre 2002 sur une surface de 19 ha dans l'environnement immédiat du site), un décapage plus important n'aurait probablement pas apporté d'informations supplémentaires. Confrontée aux résultats du diagnostic, la petite exploitation agricole, entourée de quelques fossés de parcellaire attribués à l'âge du Fer, semble complètement isolée. Des talus périphériques sont supposés pour les phases I et IV mais attestés pour les phases II et III. Parmi les trois petits bâtiments construits sur tranchées palissadées découverts sur le site, un seul présente un creusement périphérique complet endiguant une surface de 45 m2. Ces petites constructions semblent les moins archaïques et correspondent probablement à de petits habitats. De même type, ils ne sont pas forcément contemporains et plusieurs hypothèses sont proposées quant à leur restitution architectonique. Les plus probables consistent en un mur périphérique porteur à plan quasiment quadrangulaire et dont les poteaux ligaturés supportent ou non des entraits reliant les quatre angles. Dans ce cas, l'utilisation de poteaux porteurs internes ou de poteaux faîtiers n'est pas utile.
Une autre hypothèse consiste à faire porter le poids de la couverture sur des chevrons reposant directement sur le sol, le mur périphérique serait alors moins haut et n'aurait quasiment plus de rôle porteur. Ces constructions élevées en matériaux périssables, associant une architecture bois/terre, n'étaient probablement pas prévues pour une durée excédant quelques décennies. Les plans d'occupation des phases II, III et IV (dernière phase d'occupation) sont divisés en trois parties au moins. Ces divisions étaient probablement prévues pour des utilisations distinctes : habitat et annexes, parc à bestiaux, jardins...

Les activités principales de la petite ferme du Clos Maillard semblent être l'agriculture : on retrouve des bâtiments et des constructions annexes de stockage (grenier), des abris, un silo, une partie d'un enclos subdivisé, des fossés de parcellaire attribués à la période protohistorique en périphérie du site et, parmi le mobilier, quelques pesons d'un métier à tisser, retrouvés dans une fosse à proximité d'un petit bâtiment. Compte tenu du contexte il semble que l'activité de tissage soit domestique, évoquant un artisanat directement lié à l'agriculture et à l'élevage, et ne représente pas une réelle production en série. La valeur du tissu apportait peut-être un revenu supplémentaire aux propriétaires de l'exploitation, le surplus de la production familiale pouvant être échangé. Lors du diagnostic, un fragment de loupe ou de coulée de métallurgie a été recueilli dans les remblais de comblement d'une fosse, à proximité des bâtiments. Étant donné la quantité de scories récupérées dans les structures du haut Moyen Âge, on peut supposer que le travail du métal est un trait local déjà ancien.

Parmi les sites à vocation agricole de l'époque gauloise, plusieurs rangs hiérarchiques de fermes peuvent être distingués à partir de la taille des fossés, de la superficie des enclos et du mobilier récolté. Le sommet de cette hiérarchie est marqué par de grosses exploitations de type aristocratique. Les indices récoltés semblent relier la petite zone d'habitat à une simple ferme située à la base de cette hiérarchie. Ce type de site est rarement découvert puisque seuls les décapages extensifs permettent de les mettre au jour. Les relations entretenues entre ces petites fermes et les grandes exploitations aristocratiques restent difficiles à cerner. Plusieurs questions restent pour l'instant sans réponse : s'agit-il d'une petite zone construite permettant l'exploitation d'un territoire éloigné de l'occupation principale, ou de petites zones amé-nagées pour garder des troupeaux ? Il semble que l'occupation du site soit continue sur un siècle environ et se différencie des petites entités agricoles notamment de l'âge du Bronze où l'on estime que les sites d'habitat agricole se déplacent fréquemment, quasiment à chaque génération, déplacements étant liés aux activités agropastorales : gestion des cultures, jachère, élevage, exploitation de faune et de la flore environnantes ou encore commerce.

Quoiqu'il soit, les occupants de la petite ferme étaient probablement peu nombreux et pas très riches, à en juger par nombre de bâtiments et par la faible quantité de mobilier récupéré lors la fouille.