A Buthiers, Seine-et-Marne, la mise au jour dans l'extrême sud du département de Seine-et-Marne d'un site de plateau qui comprend deux habitats distincts remontant au Néolithique ancien et moyen I, revêt une importance particulière.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

En effet, seules quelques rares occupations (Boulan-court et Orville en Seine-et-Marne, Échilleuses dans le Loiret) correspondant à ces périodes ont été repérées et fouillées par D. Simonin/musée de Nemours.

Le site est localisé non loin de la commune de Buthiers sur un rebord de plateau à une altitude d'environ 110 m. La carte géologique indique un faciès Stampien supérieur lacustre et un calcaire induré ainsi que des meulières et des marnes. La zone géographique concernée est le plateau du Gâtinais occidental. Limité à l'ouest par l'Essonne qu'il surplombe à environ 1 km, le site se trouve à la limite du massif forestier de Fontainebleau. L'occupation a été révélée au cours d'un diagnostic réalisé dans le cadre de l'extension de la carrière de sables Samin en février 2003.

Une fouille a eu lieu (août et octobre 2003) et a été suivie d'un deuxième diagnostic (novembre 2003) confirmant que le site s'étend au sud sur 2 ha environ. Une fouille est envisagée en 2004-2005.La fouille du site a confirmé les estimations du premier diagnostic.

Nous nous bornerons ici à livrer les résultats préliminaires de ces travaux. Un décapage exhaustif a été pratiqué sur environ 3 500 m2 et deux secteurs riches en vestiges ont été délimités : le secteur III qui comprend une occupation exclusivement datée de la culture Villeneuve-Saint-Germain et le secteur V, situé à une trentaine de mètres, qui recèle des structures de la culture Cerny. Il convient de signaler que le secteur IV, situé entre les deux occupations, est pratiquement vide de structures. Dans le secteur III, huit fosses latérales bordent des maisons danubiennes. Orientées est-ouest, certaines d'entre elles sont partiellement arasées, cependant trois fosses ont une profondeur atteignant 60-80 cm.

Ces structures délimitent de toute évidence au moins deux maisons probables dont on discerne encore certains trous de poteau. Dans la partie sud du secteur III, deux structures circulaires dont le remplissage est brûlé et rubéfié bordent la maison II. Le mobilier céramique, même s'il est peu abondant sans être indigent, et souvent fragmenté, provient pour l'essentiel des fosses latérales et se rattache au Villeneuve-Saint-Germain récent à cordon. Les récipients consistent en bols à bord parfois rentrant, ou aplati, et les décors, rares, sont réalisés au peigne ou au poinçon. L'assemblage lithique, relativement abondant, est principalement constitué d'une production d'éclats sur silex secondaire, blond, et comprend des grattoirs sur éclats, des burins et quelques racloirs. Quelques lames de faucille en silex tertiaire sont également attestées. Le matériel de mouture est également bien représenté. Une vingtaine de fragments de bracelets en schiste, une micro hache en silex et un fragment de bracelet en pierre verte ont été également recueillis dans ces fosses. Dans le secteur V (Néolithique moyen I), les vestiges immobiliers consistent en quatre fosses et plusieurs trous de poteau. Ces derniers paraissent délimiter une structure de forme circulaire mais cette donnée est à vérifier.

À l'est, un fossé, orienté nord-sud, est partiellement détruit. Cependant, quelques pièces lithiques ont été recueillies et nous pensons ainsi pouvoir l'attribuer au Néolithique moyen. Plusieurs traces de cette structure ont également été repérées au cours des diagnostics et elle circonscrit, selon toute vraisemblance, l'occupation du Néolithique moyen. Non loin de cet ensemble, une inhumation a été découverte. Si son état de préservation est médiocre, elle est intéressante car il s'agit d'un individu masculin en position fléchie, orienté est-ouest, et déposé dans une fosse qui entame légèrement le substrat calcaire. En l'absence de mobilier funéraire, on ne peut la rattacher à l'une ou l'autre phase du Néolithique. Une datation au 14C permettra cependant de préciser son attribution. Une deuxième sépulture partielle (seul un fragment de pelvis et de fémur ont été retrouvés) était accompagnée d'un pain d'ocre. En comparaison avec la période précédente, l'industrie lithique nous a paru moins abondante et on note l'absence de silex tertiaire. L'essentiel de l'assemblage céramique provient de la structure 8.

Un examen plus approfondi du mobilier permettra de préciser s'il s'agit d'un Cerny ancien ou faciès Videlles, ou plus récent, ou faciès Barbuise. À la fouille, les tessons sont plus abondants que pour la période précédente et fréquemment dans un meilleur état de conservation ; quelques-uns contiennent du dégraissant à l'os. Pots, bols et, plus rarement, bouteilles représentent les formes les plus couramment rencontrées. Le répertoire des décors de la céramique consiste en pastilles au repoussé qui est le thème récurrent, motifs à la baguette creuse, au poinçon, au peigne ou à l'ongle. Tétons de préhension, anses à ensellement médian et boutons avec dépression constituent également des éléments caractéristiques du Cerny. En conclusion, Buthiers présente un intérêt scientifique certain et ce, pour plusieurs raisons :
- peu d'occupations remontant à ces périodes ont été fouillées dans ce secteur géographique ;
- les sites de plateau rattachés à la période ancienne du Néolithique restent encore mal connus, car trop souvent érodés et détruits par les travaux agricoles ;
- la juxtaposition d'occupations du Néolithique ancien et moyen est rarement attestée.

Les études ultérieures s'orienteront vers des comparaisons régionales, notamment avec les sites de D. Simonin qui constituent des sites de référence. Pour compléter ces données, il est également envisagé de développer une approche paléoenvironnementale en mettant l'accent sur la carpologie, l'anthracologie et la micromorphologie.