La fouille s'est déroulée à Metz (Moselle), place de la Comédie, sur l'île du Petit Saulcy, en 1991 et 1992.

Dernière modification
29 août 2016

L'intérêt majeur de cette opération est d'avoir mis au jour, pour la première fois à Metz, des vestiges en bois de môles-débarcadères appartenant probablement au port médiéval de la cité messine, mentionné dans les sources écrites. Ces dispositifs sont orientés nord-est/sud-ouest, parallèlement au cours de la Moselle. Leur bon état de conservation a permis de pratiquer des datations dendrochronologiques à partir desquelles un phasage a été établi en trois grandes périodes, du haut Moyen Âge (époque carolingienne, IXe siècle) au XVe siècle. À la fin du XVe et début du XVIe siècle, le secteur est remblayé par des apports successifs de rebuts d'activités artisanales et commerciales, entraînant la création de l'île actuelle.
 


L'époque carolingienne

L'aménagement le plus ancien, datant de l'époque carolingienne (abattage des arbres en 815) est situé au sud-ouest du site. Il est partiellement affaissé sur le côté occidental et son extrémité nord-est a disparu. D'une largeur de 4,50 m, il est conservé sur 27 m de long et comprend 682 poteaux en chêne, implantés en trois rangées, entre lesquelles sont disposés des pieux noyés dans l'argile. Un cadre, constitué de poutres fixées entre elles, forme une sorte de caisson dont les parois sont en clayonnage pour la partie inférieure. De nombreux blocs de calcaire et des éléments architectoniques gallo-romains gisent dans la partie supérieure du dispositif. Près de cette structure, une nasse en osier est immergée dans le lit de la rivière.

De la fin du XIIe au début du XIIIe siècle

Un autre aménagement, localisé le long de la paroi est du parking, est édifié en 1178 avant d'être remanié aux environs de 1194-1195, jusqu'en 1229. Il est constitué de deux alignements comprenant 490 poteaux, conservés sur seulement 60 m de long, le reste ayant été endommagé par des installations plus récentes et des travaux de dragage. La base de cette installation est protégée de l'affouillement par des fascines immergées horizontalement et maintenues en place par des pieux enfoncés au travers de ces fagots, technique de construction encore en usage jusqu'au XVIIIe siècle.

De la seconde moitié du XIIIe à la fin du XVe siècle

Durant cette période, plusieurs infrastructures sont érigées successivement. L'aménagement principal est construit en 1267-1268 et remanié en 1310-1311. Cette structure, large de 2,80 à 3,60 m, se prolonge au-delà des limites d'emprise, sur plus de 107 m. Son tracé comporte une partie rectiligne prolongée par un tronçon incurvé, interprété comme un débarcadère adapté à l'accostage des bateaux. Le niveau de circulation maçonné en pierres plates marno-calcaires, liées au mortier de chaux, correspond à une phase de réaménagement secondaire. Cet empierrement repose sur deux alignements parallèles de pieux battus, flanqués de rangs de poteaux, régulièrement enfoncés dans le lit de la rivière et maintenant des panneaux de coffrage. Ceux-ci sont constitués de planches en sapin assemblées et clouées. Le bourrage intérieur est composé de bois de hêtre ou de chêne couchés et noyés dans un sédiment argilo-sableux, sous-jacent à un lit de perches, et d'un niveau de gravier limoneux.
En 1272, ce môle-débarcadère est élargi par l'adjonction, le long de son flanc ouest, d'un appontement, dont le tablier en bois disparu s'appuyait sur un alignement de poteaux en chêne, régulièrement plantés.
En 1461, un pont sur pilotis, constitué d'un double alignement parallèle de poteaux en chêne, est conservé sur 30 m de long au nord-ouest du site. Sa largeur maximale atteint 2 m. Il relie le môle-débarcadère et l'île naturelle, en dehors de l'emprise. Il pourrait correspondre au « pont de bois au Saulcy, emporté par la débâcle... » mentionné dans un texte de 1470.
Aux environs de 1468 et 1474, deux plateformes sont également accolées au flanc occidental du môle-débarcadère, de part et d'autre du pont. Ces installations, dont l'une a été observée sur 95 m², sont constituées de remblais maintenus par un coffrage de panneaux en planches, bloqués par des poteaux plantés à intervalles réguliers. C'est peut-être sur ces plateformes qu'ont été érigés les moulins hydrauliques de la ville de Metz, que les sources écrites citent sur l'île du Petit Saulcy, entre la fin du XIIIe et la fin du XVe siècle.
Ces infrastructures longilignes, implantées dans l'ancien lit du bras oriental de la Moselle, parallèlement au cours d'eau, correspondent à des môles-débarcadères permettant aux bateaux d'accoster par le flanc en vue des débarquements et chargements. Ces dispositifs auraient contribué à créer une anse ou une partie retranchée à l'intérieur du port, en séparant le bras courant de la rivière de la partie en eau plus calme, circonscrite entre le môle et l'île naturelle.

La charnière entre le XVe et le XVIe siècle

Ces équipements fluviaux ont provoqué un ensablement progressif de cette partie de la rivière, ce qui a pu entraîner leur abandon avant le remblaiement du secteur et la création de l'île artificielle.
Cette île est installée sur un vaste dépotoir urbain, les déchets provenant de rebuts d'activités artisanales et commerciales de la cité messine. Ces remblais recèlent un mobilier abondant et varié témoignant de différents métiers, techniques et savoir-faire et de divers aspects de la culture matérielle à la charnière des XVe et XVIe siècles. Sont ainsi illustrés l'artisanat du cuir (chaussures, aumônières...), du textile (cardes...), du métal (couteaux...) et du bois (cuillers, peignes...), le travail de l'os (perles de chapelets...), la présence de figurines de piété et d'enseignes de pèlerinage, de céramique, d'accessoires vestimentaires, le domaine du jeu...