Cette fouille préventive a révélé une succession d’occupations humaines du Paléolithique au Moyen Âge. 

Dernière modification
09 décembre 2016

Dans le cadre de l’aménagement de l’écopôle de Bellegarde par Suez, une équipe d’archéologues de l’Inrap a investi une zone de 25 hectares, située sur le piémont des Costières, aux abords d’une source (source de la Serp). Cette fouille préventive prescrite par l’État (Drac Occitanie) révèle la succession d’occupations humaines depuis la Préhistoire ancienne. Dans une première phase de l’opération, ce sont la Préhistoire récente (Néolithique), les âges du Bronze et du Fer, l’Antiquité et le Moyen âge qui ont été explorés. Dans un second temps, les recherches se sont concentrées sur des vestiges du Paléolithique.

Alors que les archéologues achèvent tout juste leur travail sur le terrain, ils proposent au public une manifestation exceptionnelle, dimanche 27 novembre, en partenariat avec la ville de Bellegarde et l’association bellegardaise pour la Conservation du patrimoine (ABCP).

Le programme du 27 novembre au Musée de l’eau

Les archéologues de l’Inrap accueilleront le public pour leur présenter un premier état des recherches menées sur le site de Piechegut au cours de cette année. Une exposition parcourra 20 000 ans d’occupation, au travers de panneaux illustrés et d’une sélection d’objets mis au jour. Des ateliers et démonstrations attendent également les visiteurs, notamment le jeune public qui pourra s’initier à la fouille, ou encore observer comment l’on taille les silex et comment il est possible de dater certains vestiges à travers la méthode de l’archéomagnétisme.

Infos pratiques :
Musée de l’eau de Bellegarde, RD 613, en face du lac des Moulins.
Entrée libre et gratuite, pas d’inscription préalable.
De 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
Renseignements au Point infos tourisme (04 66 01 03 40).

Un point sur les découvertes

Première phase de l’opération (janvier - mai 2016)

Durant la Préhistoire récente

Sur le site de Piechegut, la présence des tous premiers agriculteurs est attestée dès le Néolithique ancien (VIe millénaire avant notre ère). Les populations néolithiques vont investir le secteur jusqu’au Néolithique final (vers 2300 avant notre ère). Les maisons sont signalées par les trous des poteaux qui constituaient la structure en bois de l’habitat ; y sont associés des foyers, des fosses-silos, ainsi que des poteries destinées au stockage de l’eau ou des aliments. Les ossements d’animaux, les céramiques ou les outils en silex et en grès, donnent des précisions sur les pratiques alimentaires, la technologie et la production de ces communautés. Plusieurs sépultures ont également été mises au jour, avec, parfois, un riche mobilier : céramiques et objets en pierre (haches polies ou armatures en silex).

Aux âges du Bronze et du Fer

Pour l’âge du Bronze (1200-1000 avant notre ère), l’occupation des lieux se traduit par la découverte de fosses sans doute liées à l’extraction d’argile ou au stockage des denrées. Des foyers sont utilisés pour la cuisson des aliments. Plus tard, durant l’âge du Fer, le site est traversé par un large chenal. Ses rives sont occupées depuis le VIIIe siècle jusqu’à la fin du Ve siècle avant notre ère. Des fosses-silos témoignent d’activités agricoles, alors que le mobilier récolté (faune, céramique et autres objets) prouve la proximité d’un habitat.

Dans l’Antiquité

Une zone d’artisanat du feu est observée, à proximité de la source de la Serp. Il s’agit d’un petit atelier comptant trois fours ayant fonctionné entre la fin du Ier siècle avant notre ère et le début du Ier siècle de notre ère. L’un des fours, de forme circulaire, est sans doute destiné à la production de chaux. Les deux autres, de forme carrée, pourraient avoir produit des tuiles, des briques ou des amphores.

Au Moyen Âge

Deux bâtiments illustrent l’exploitation des lieux par des paysans, au XIVe siècle. Construites en terre et couvertes d’une toiture végétale, ces fermes comportent des pièces vouées à l’habitat ainsi que des espaces dévolus au bétail. Cet ensemble était relié au prieuré médiéval Saint-Vincent de Broussan, situé à 500 m du site de Piechegut, par un chemin : il pouvait en constituer une dépendance (métairie).

Seconde phase de l’opération (mai - novembre 2016)

Au Paléolithique final

La seconde tranche, qui a débuté en mai et doit durer jusqu’en novembre 2016, concerne la Préhistoire ancienne, plus précisément le Paléolithique final. Une équipe d’une vingtaine d’archéologues de l’Inrap fouille actuellement ce grand site de plein air pour comprendre les modes de vie et reconstituer l’environnement des chasseurs-cueilleurs nomades qui ont vécu là au temps de Lascaux.

L’enquête menée sur le terrain est loin d’être terminée et certains indices ne parleront qu’au prix de longues analyses. Un certain nombre d’informations sont toutefois déjà acquises : il y a environ 17 000 ans des groupes de chasseurs-cueilleurs sont venus à de multiples reprises s’installer au pied de la Costière nîmoise, peut-être à proximité d’une source qui devait déjà exister. La date de l’un de leurs passages est connue grâce à la datation par la méthode du carbone 14 d’un charbon de bois recueilli lors des premiers sondages réalisés en 2015. D’autres datations seront réalisées sur les charbons prélevés lors de la fouille actuelle, pour tenter de préciser la durée de l’occupation paléolithique du site.

Les études paléoenvironnementales ne sont pas encore terminées mais les pièces du puzzle déjà disponibles permettent d’avancer que le paysage de l’époque était sans doute très différent de l’actuel, largement remodelé par les travaux agricoles modernes. Le climat était nettement plus froid à l’époque et la végétation plus rase.

Les occupants préhistoriques du site ont allumé des feux, comme en témoignent les concentrations de galets de quartz et de quartzite rougis par la chaleur qui ont été mises au jour. Ces foyers semblent avoir eu plusieurs fonctions : certains ont pu servir pour se chauffer, d’autres pour cuire les aliments. Des ossements d’animaux ont également été découverts. Il s’agit généralement de tous petits fragments en partie carbonisés ; certains os ont pu être jetés dans le feu pour prolonger les flammes, une pratique relativement courante durant la Préhistoire ancienne, surtout quand le bois était rare durant les périodes froides. Les seules espèces identifiées pour l’instant sont le Cheval et le Renne.

Ils ont également taillé des galets de silex, surtout de petits galets de cette roche qu’ils avaient récupérés sur la Costière tout proche. Ils ont débité de petites lamelles fines et régulières qu’ils ont ensuite transformées pour en faire des pointes qu’ils fixaient sur leurs lances utilisées pour la chasse. Leur façon de tailler le silex est assez originale et ne correspond pas tout à fait à ce que l’on connaissait jusqu’à présent dans la région. Cette période était d’ailleurs assez mal documentée jusqu’à présent et par son extension et sa richesse, le site est amené à devenir une référence pour le Paléolithique final de la région.

Aménagement : Suez
Contrôle scientifique : Drac Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées - service régional de l’Archéologie
Recherche archéologique : Inrap
Responsables scientifiques : Marilyne Bovagne, Inrap, responsable de l’opération ; Marie Bouchet, Inrap, responsable Néolithique ; Frédéric Jallet, Inrap, responsable Néolithique ; Vincent Mourre, Inrap, responsable Paléolithique ; Matthieu Ott, Inrap, responsable Moyen Âge ; Ghislain Vincent, Inrap, responsable Antiquité.

Contact(s) :

Inrap
Cécile Martinez
chargée du développement culturel et de la communication Méditerranée
04 66 36 04 07 / 06 87 01 62 86
cecile.martinez [at] inrap.fr

Ville de Bellegarde
Pascal Crapé
chargé de la communication
p.crape [at] mairie-bellegarde.fr
 

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