Aube, Suite à un projet de carrière de granulats déposé par la société Sobemo, un diagnostic archéologique, réalisé en 2005, a révélé une dense occupation au lieu-dit Le Vieux Bouchy, commune de La Saulsotte (Aube).

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Le service régional de l'Archéologie a prescrit une fouille, sur une surface d'environ 2,5 hectares, qui a été réalisée de juillet à octobre 2008.
 
Le site de La Saulsotte, Le Vieux Bouchy, se trouve à l'extrémité occidentale du département de l'Aube, dans le lit majeur de la vallée de la Seine (Bassée auboise). Il se situe dans un très riche contexte archéologique illustré par les fouilles menées par J. Piette (Musée de Nogent-sur-Seine) autour de la Ferme de Frécul, sur les communes de La Saulsotte et Barbuise-Courtavant. Ces fouilles sont situées à 250 m au nord de l'opération de 2008.
 
Durant l'époque romaine, ce secteur appartient vraisemblablement à la ciuitas des Tricasses ou Cité des Tricasses dont la capitale était Augustobona  (aujourd'hui, Troyes). Le territoire des Tricasses était une cité de la province de la Gaule Lyonnaise.
 


La fouille a révélé des occupations des époques Néolithique, de la fin de l'âge du Bronze, du premier âge du Fer, du second âge du Fer, de l'époque romaine et du haut Moyen Âge.
 
Au cours du Néolithique moyen (vers 4700-4300 av. J.-C.), on assiste à la mise en place d'une vaste enceinte délimitée par un fossé. La fouille a permis d'observer son extrémité occidentale et de suivre le tracé curviligne du fossé sur une longueur d'environ 240 m. Il est probable que la superficie totale de l'enceinte atteigne 3 hectares. Quatre interruptions du fossé ont été mises en évidence. La fouille des sections du fossé révèle la présence de nombreuses et régulières empreintes de poteaux indiquant la mise en place d'une palissade. L'examen de la topographie actuelle montre que cette enceinte semble entourer un léger monticule sableux. Les structures néolithiques sont, par ailleurs, peu nombreuses et se limitent à quelques fosses très arasées.

Après un abandon apparent du secteur durant plusieurs siècles, l'occupation reprend à l'âge du Bronze (vers 1350-1150 av. J.-C.). Elle est matérialisée par deux bâtiments sur poteaux et par une trentaine de structures de combustion de plan rectangulaire, semi-excavées, comblées par des blocs de grès rubéfiés, qui s'apparentent aux actuels fours polynésiens. Leur taille moyenne est de 2 x 1,20 m pour une profondeur conservée de l'ordre de
0,30 m. L'analyse de leur répartition sur l'ensemble du décapage montre des regroupements caractérisés par des alignements et des orientations similaires. Leur nombre semble particulièrement important eu égard aux deux seuls bâtiments contemporains dégagés. Il est dès lors possible que ces fours soient associés à une occupation située en dehors de l'emprise de la fouille. En tout état de cause, il semble envisageable d'y voir la trace d'importants repas collectifs dont la signification sociale nous échappe.
 
Une nouvelle occupation se met en place au début du premier âge du Fer (vers 850-600 av. J.-C.). Elle est matérialisée par un vaste enclos délimité par des fossés palissadés qui entourent un espace d'au moins 6 000 m2. Le côté oriental de l'enclos est situé en dehors de l'emprise décapée. Deux porches sur poteaux, de plan rectangulaire, sont aménagés perpendiculairement à deux interruptions des fossés sur le côté occidental de l'enclos. À l'intérieur de l'enclos quelques bâtiments sur poteaux ont été fouillés ; ils correspondent probablement à des greniers et à des fosses.
 
Au second âge du Fer, le sud-est de la surface décapée est occupé par une ferme. Elle se compose de quatre bâtiments sur poteaux à pans coupés d'une surface comprise entre 25 et 70 m2 qui peuvent être interprétés comme étant des habitations ; d'au moins deux greniers sur poteaux et d'un bâtiment de plan rectangulaire dont la fonction ne peut être définie (habitat ? étable ?). Plusieurs fosses sont creusées autour de ces bâtiments, certaines semblent avoir servi de dépotoir aux occupants des bâtiments. Contrairement à de nombreuses fermes gauloises fouillées dans le nord de la Gaule, elle ne semble pas avoir été délimitée par un enclos fossoyé. Le matériel recueilli suggère une occupation débutant au IIIe s. av. J.-C.
 
L'occupation se poursuit au début de l'époque romaine, en opérant un léger déplacement vers le nord. Autour du changement d'ère et au début du Ier siècle apr. J.-C., l'occupation est toujours constituée de bâtiments sur poteaux. On dénombre au moins deux bâtiments à pans coupés, d'une surface au sol d'environ 20 m2, trois greniers sur six poteaux de plan rectangulaire, d'une surface d'environ 10 m2, et un important grenier sur plateforme puissamment ancré au sol par douze poteaux, d'une surface de 38 m2. Les dimensions de ce dernier bâtiment et le diamètre des négatifs de poteaux permettent d'envisager une hauteur d'élévation importante et une capacité de stockage de plusieurs dizaines de mètres cube (une quarantaine de m3 paraissant un minimum), suggérant que cette ferme gérait une importante production de céréales.
 
Vers 50-75 apr. J.-C., l'établissement est profondément restructuré. L'occupation semble poursuivre son déplacement vers le nord. Sur un léger monticule sableux on observe la construction d'un bâtiment résidentiel en pierre et d'un bâtiment muni d'un hypocauste (en limite d'emprise au nord). Le bâtiment résidentiel, partiellement dégagé lors de la fouille (son extrémité occidentale est située en dehors de l'emprise), d'environ 30 m de long pour au moins 17 m de large, présente un plan relativement classique. Une longue galerie de 30 m de long et 2,85 m de large est aménagée en façade orientale de l'édifice. Plusieurs pièces, au sol bétonné et décorées d'enduits peints, se développent à l'ouest de la galerie de façade.

Un second bâtiment en pierre a été fouillé une quinzaine de mètres au nord du précédent. De plan rectangulaire, il mesure 10,50 par 7,50 m. Une pièce sur hypocauste (système de chauffage par le sol) est aménagée dans la partie occidentale de l'édifice. Son comblement a livré des fragments d'enduits peints et de mosaïque qui suggèrent une décoration soignée. Un puisard, matérialisé par des blocs en pierre de taille, se trouve contre le côté nord de l'édifice. Il est possible qu'il soit destiné à alimenter un aménagement hydraulique dans le bâtiment, ce qui suggérerait une fonction thermale. Le tout correspond au schéma de la pars urbana (la partie résidentielle) d'une petite villa gallo-romaine. Le mobilier recueilli suggère une construction relativement soignée (sols bétonnés, enduits peints, fragments de mosaïque monochrome dans le bâtiment résidentiel et l'hypocauste), sans être exceptionnelle.
Sans doute en lien avec le chantier de construction de cette pars urbana, une importante fosse d'extraction est creusée à une vingtaine de mètres au sud-est du bâtiment résidentiel Son comblement a livré un riche mobilier dont un fond de vase portant un grafitti qui montre à la fois l'alphabétisation des occupants et donne le nom d'un personnage appelé ORIX. Le site paraît abandonné dans le courant du IIe siècle apr. J.-C.
 
Une dernière phase d'occupation est attestée au cours du haut Moyen Âge (VIIIe s. apr. J.-C.). De nombreux creusements observés dans le bâtiment résidentiel antique, alors ruiné, suggèrent que celui-ci est partiellement réoccupé et démantelé à des fins de récupération. Il est possible que cette occupation soit liée à un atelier de potiers contemporain qui a été fouillé dans les années 1980 à une cinquantaine de mètres au nord-ouest.