L'Inrap effectue actuellement des recherches archéologiques sur le tracé du projet de gazoduc Artère du Santerre.

Dernière modification
19 février 2016

Avant ce type d'aménagement, les diagnostics réalisés sur l'emprise du terrain évaluent le potentiel archéologique du sous-sol. En fonction des résultats, l'État peut décider de la réalisation de fouilles. Le développement du réseau de transport de gaz naturel par GRTgaz permet ainsi d'approfondir le travail de mémoire. Entre avril et juin 2015, un premier diagnostic a été effectué sur les 33 km du tracé entre Ressons-sur-Matz (Oise) et Chilly (Somme) : 18 sites archéologiques ont été détectés. L'État (Drac Picardie) a prescrit trois fouilles sur les communes de Dancourt-Popincourt, La Chavatte et Bus-la-Mésière (Somme) où les données archéologiques sont encore lacunaires. Elles sont réalisées par l'Inrap durant le dernier trimestre 2015.

Des nécropoles gauloises à Dancourt-Popincourt et La Chavatte

Deux des trois fouilles prescrites ont mis au jour des nécropoles gauloises. À Dancourt-Popincourt, les douze sépultures sont datées du milieu du IVe au milieu du IIIe siècle avant notre ère. Avec six inhumations et six incinérations, le site illustre une période de transition où - au IIIe siècle avant notre ère en Picardie - le rite de l'inhumation est progressivement remplacé par celui de l'incinération. Contemporaines, elles montrent aussi que les défunts adultes, incinérés, sont les premiers à voir cette transition s'opérer, les inhumations concernant uniquement les enfants.
La fouille de La Chavatte a livré quatorze tombes. Le plus souvent de forme quadrangulaire, elles contiennent les restes incinérés d'adultes et d'enfants, enterrés avec soin au vu des dépôts qui les accompagnaient. Les vases en céramique, les perles en pâte de verre ou en lignite ainsi que les fibules et autres objets en fer déposés en guise d'offrandes permettent par ailleurs de dater ces sépultures du IIe siècle avant notre ère. La nécropole est circonscrite par un fossé continu.

Une occupation romaine à Bus-la-Mésière

À Bus-la-Mésière, des prospections de surface réalisées en 1996 laissaient présumer l'existence d'un site romain, ce que vient confirmer la fouille réalisée sur une bande d'une vingtaine de mètres de large et plus de 300 m de long. Des vestiges de bâtiments dont on retrouve quelques éléments de fondation, des fosses et des fossés, révèlent un établissement des IIe-IIIe siècles installé non loin d'une importante voie de communication antique. Elle reliait Bavay (Nord) à Beauvais (Oise) et les archéologues ont vraisemblablement retrouvé sa trace sur le site. À ce stade des recherches, ils se posent encore des questions sur le statut du site : s'agit-il d'une unité agricole classique ou d'un relais routier à proximité de la voie ? Un certain luxe entourait en tout cas cette installation si l'on en juge par la découverte, inattendue et relativement exceptionnelle, de peintures murales rejetées dans une cave après la destruction d'un ou plusieurs bâtiments. Ces enduits peints de couleurs vives - rouge, ocre, vert - abondants, minutieusement prélevés sur le chantier, seront étudiés en laboratoire. 

Un protocole d'intervention adapté

Sur ce type de tracé linéaire, étroit, les découvertes archéologiques étudiées avant leur destruction par les futurs aménagements ont la particularité d'être limitées à une zone comprenant l'espace de pose de la canalisation et celui de la piste de travail des engins, soit au total 20 à 25 m de large. Par ailleurs, dans la mise en oeuvre de ces fouilles, l'Inrap est tenu de respecter les engagements pris par GRTgaz vis-à-vis de ses autres partenaires, particulièrement la profession agricole, pour le tri des terres, leur stockage, le maintien des drains ou encore la qualité de la remise en état après ses travaux. Les zones d'intérêt écologique (comme la ripisylve de la vallée de l'Avre) ont aussi été respectées. Enfin, les deux tiers du tracé ont fait l'objet d'une dépollution pyrotechnique préalable en raison des vestiges liés au premier conflit mondial.
Aménagement : GRTgaz
Contrôle scientifique : Service régional de l'Archéologie (Drac Picardie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsables scientifiques : Estelle Pinard, Cécile Brouillard, Stéphane Gaudefroy, Inrap