La construction d'un immeuble résidentiel sur le site de l'ancien hôpital des hospitalières à Poitiers (Vienne) a donné lieu, en 2005, à une fouille préventive réalisée par les archéologues de l'Inrap. La surface du projet d'aménagement couvrait 1 030 m².

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

La surface fouillée représentait 760 m², pour le secteur 1, et 270 m², pour le secteur 2. Situés en bordure du quartier épiscopal, les deux secteurs fouillés se trouvent en grande partie sur les terrains de l'ancienne abbaye Sainte-Croix, fondée en 557 par la reine thuringienne Radegonde, épouse du roi franc Clotaire Ier. La campagne de fouille a permis de découvrir de nombreux éléments nouveaux sur l'histoire de cette abbaye emblématique et sur son quartier d'implantation.

Du quartier antique à la nécropole franque

Au cours du dernier tiers du Ier siècle de notre ère, le quartier où s'implantera plus tard l'abbaye s'urbanise. Des maisons, dont certaines sont dotées de salles chauffées par le sol, sont construites de part et d'autre de deux rues. Une fontaine publique, installée au carrefour de celles-ci, témoigne de l'importante fréquentation du quartier. La construction du rempart urbain à l'extrême fin du IIIe siècle n'affecte pas réellement l'occupation du quartier, même si la fontaine disparaît alors. Cependant, à la fin du Ve siècle, l'ensemble du quartier semble abandonné. Une nécropole franque, constituée de tombes en rangées renfermant quelques pièces d'armement et une boucle de ceinture caractéristique, a été identifiée le long de la rue ouest, à l'intérieur de la ville, ce qui est peu commun pour cette période. Elle témoigne de l'implantation d'une communauté franque sur ce secteur, avant la fondation de l'abbaye, et pourrait traduire la présence d'un noyau franc dirigeant la cité après la victoire de Clovis sur les Wisigoths dans la plaine de Vouillé en 507.

L'abbaye Sainte-Croix (VIe-XVIIIe siècles)

L'abbaye primitive a été peu concernée par la fouille. Ce sont essentiellement les jardins et les annexes établis au milieu du VIe siècle qui ont été observés. Des bâtiments antiques semblent être utilisés en son sein jusqu'au Xe siècle. Le mur de clôture du VIe s. a été dégagé sur près de 25 m de long, ainsi que celui reconstruit au VIIIe siècle, dont plus de 2 m d'élévation étaient conservés. Le plan connu de l'abbaye, par un relevé du XVIIIe siècle, n'est pas antérieur au XIIIe siècle. Le grand Cloître est construit lors d'une phase d'extension de l'établissement sur le domaine public et la salle capitulaire* est bâtie tardivement sur une ancienne salle chauffée par une petite cheminée (réfectoire ?), qui recouvre elle-même une ancienne zone artisanale attestée par un four et des scories.
De nombreuses tombes de moniales* et de personnes de marque (donateurs, confesseurs...), dont au moins un homme, ont été étudiées dans la salle capitulaire. Des chapelets et un christ en croix en ivoire des XVIe-XVIIIe siècles y ont été trouvés. Une partie du quartier bordant l'abbaye a également été étudiée. Plusieurs murs de bâtiments et de clos des VIIIe, Xe et XIVe siècles, dénotent un entretien et une reconstruction régulière des rues durant le haut Moyen Âge.
 
* La salle capitulaire, appelée aussi salle du chapitre, est le lieu où se réunit ordinairement la communauté religieuse d'une abbaye.
* moniales : religieuses