A Poitiers, Vienne. La fouille, réalisée sur une superficie de 750 m2,  complète une précédente opération réalisée en mai 2012, rue de Puygarreau, au niveau de la future fontaine.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Les informations collectées sont nombreuses et apportent une vision nouvelle sur ce secteur de la ville. Les principales découvertes sont :

  • l'identification d'une voie romaine d'axe est-ouest (decumanus) inconnue jusqu'alors, et qui est toujours active au moins durant la construction de l'enceinte du Bas-Empire, voire après son achèvement.
  • la reconnaissance d'un péristyle et de ses jardins à mettre en relation directe avec le nymphée découvert en juin dernier à l'angle des rues Lebascles et du Puygarreau.
  • la confirmation de l'existence d'un talus en appui contre l'enceinte du Bas-Empire et d'une zone morte à l'intérieur de la cité le long de l'enceinte, présente jusqu'au Moyen Âge.
  • une topographie actuelle relativement récente avec auparavant une pente très marquée qui perdure au moins jusqu'aux XIe-XIIe siècle.
  • la présence d'une cave médiévale en milieu de parcelle, qui semble avoir été abandonnée dans le courant du XIIIe ou XIVe siècle.

Le quartier du Haut-Empire

Une voie romaine (decumanus), inconnue jusqu'alors, a été identifiée. Au Haut-Empire (milieu IIe-IIIe siècle), elle a une largeur de 7,50 m. Elle est bordée de colonnades qui supportaient probablement des portiques couvrant les trottoirs (larges de 3,50 m). Ces trottoirs longent de longs murs de façade. Celui au nord semble fermer une cour, alors que celui du sud borde un péristyle d'une riche demeure (domus) ouvrant, en léger contrebas, sur un jardin que le nymphée découvert en juin 2012, à l'angle des rues Lebascles et du Puygarreau, devait décorer.
Ces constructions sont installées sur une pente très marquée et utilisent pour cela des jeux de terrasses. Les murs reposent ainsi en grande partie sur des fondations maçonnées : les fondations ont été montées dans un premier temps comme des murs avant d'être remblayées de part et d'autre afin de constituer des soutènements solides.

L'évolution du quartier au Bas-Empire

Une voie du Bas-Empire (extrême fin du IIIe siècle-début du IVe siècle) est aménagée au-dessus de celle du Haut-Empire. D'une largeur d'un peu moins de 4 m, elle porte les traces de nombreux passages de chariots. La voie est installée sur les remblais de démolition du quartier antique et sur un talus appuyé contre l'enceinte. Elle a pu servir à fournir des matériaux de construction lors de l'érection de cette dernière et pourrait indiquer la présence d'une porte, jusqu'alors inconnue, ou bien d'une voie de circulation longeant la fortification à l'intérieur de la ville.
Le talus interne (ager) est composé en majeure partie de déchets provenant du chantier de récupération de matériaux, lancé lors de la construction de l'enceinte. Les éclats calcaires et surtout le mortier issu du démantèlement des murs expliquent la couleur dominante orange à rosé du talus. Il a une largeur de près de 12 m à sa base et atteint une hauteur minimale d'1,80 m au droit de l'enceinte du Bas-Empire. Il n'y a pas trace d'habitat le long de l'enceinte jusqu'au Moyen Âge.

Zoom sur l'Antiquité à Poitiers...

Si la cité gauloise de Lemonum, mentionnée en 51 avant notre ère dans la Guerre des Gaules, reste à découvrir, la ville actuelle trouve bien ses racines sur le plateau dès les années 30 avant notre ère.
Le site des Jardins du Puygarreau se trouve alors au coeur de la cité, tout prêt du cardo (axe nord-sud) reliant l'amphithéâtre au forum. Plusieurs fouilles réalisées sur ce secteur de la ville ont révélé la présence de rues bordées de maisons et de boutiques.
L'ensemble du quartier est monumentalisé dans le courant du IIe siècle, notamment par l'implantation de colonnades en pierre le long des rues.
À l'extrême fin du IIIe siècle, voire au début du IVe siècle, la ville se rétracte derrière une enceinte monumentale. Les bâtiments antérieurs la bordant à l'intérieur comme à l'extérieur sont rasés.