A Chevagnes, Allier, à l'occasion de l'aménagement d'un lotissement par la mairie de Chevagnes, sur quelque 1,4 hectares une équipe de l'Inrap a mis au jour des enclos médiévaux identifiés comme des maisons fortes.

Dernière modification
29 août 2016

Les constructions, à l'architecture de terre et de bois, qui composent l'essentiel du site, sont médiévales et se répartissent en quatre phases chronologiques, du milieu du XIIIe siècle à la fin du XIVe siècle.


Un site castral et seigneurial

Dès l'origine, au XIIIe siècle le site castral et seigneurial de Chevagnes héberge une importante activité métallurgique, alliant l'extraction du minerai de fer local à sa transformation. L'étude des plates-formes circulaires entourées chacune d'un fossé confirme le rôle résidentiel, défensif et économique des édifices seigneuriaux.
 
C'est grâce à un incendie que le dernier enclos, daté du milieu du XIVe siècle est le mieux documenté. L'exceptionnelle conservation des pièces de bois partiellement carbonisées retrouvées dans le fossé a permis de restituer le bâtiment central et sa passerelle d'accès.

Le bois

Ces bois architecturaux constituent la découverte la plus extraordinaire de cette fouille. Leur étude apporte des informations tangibles sur des éléments peu connus jusqu'alors. Les datations dendrochronologiques attestent la construction du pont d'accès au cours de l'hiver 1359/1360. En plus de cette documentation archéologique inaccoutumée, des textes d'archives éclairent l'histoire de cette seigneurie, ainsi l'hommage rendu par Guiot de Chandioux au duc de Bourbon en 1367 qui mentionne le site comme la « motte de Tronçay ». Rédigé sept ans après la construction de la passerelle d'accès, cet acte permet de mettre en perspective les structures fouillées et les possessions de ce seigneur bourbonnais. Quatre fossés sans mobilier stratigraphiquement antérieurs aux structures médiévales constituent l'état 1. Les fosses de l'état 2, associées à un fond de cabane et des négatifs de poteaux forment un espace artisanal et domestique qui serait le lieu d'extraction du minerai et de production de fer.

Des « maisons fortes »

La première « maison forte » apparaît dans l'état 3, formée d'une plateforme circulaire de 30 m de diamètre, (enclos 2) dont le centre est occupé par quelques fosses et deux fossés. L'état 4 largement hors emprise, correspond à un site plus conséquent puisqu'un vaste enclos en « L » (enclos 4) est associé à un enclos circulaire de près de 40 m de diamètre (enclos 3) dessinant le plan traditionnel d'un site castral. La fouille a surtout porté sur la plateforme de l'état 5 (enclos 1), qui avec ces 25 m de diamètre est défendue par un fossé de plus de 10 m de large pour 2 m de profondeur. Un canal rectiligne permet son alimentation en eau depuis le ruisseau qui coule à l'est, un exutoire assure son écoulement vers l'ouest.

L'aspect défensif du site permet d'envisager la présence d'un rempart. Au centre de l'enclos, l'ensemble cohérent de poteaux dessine un bâtiment rectangulaire de 10 m sur 5 m construit sur 6 poteaux porteurs. Vingt-deux pièces de cette construction ont été reconnues dont une pièce exceptionnelle : une panne sablière. C'est à partir de celle-ci, conservée sur plus de 4 m, qu'une restitution est possible. L'architecture à pans de bois hourdie à la terre de ce bâtiment constitue le plus ancien témoignage de ce type de construction en Bourbonnais. L'accès à la plateforme se fait par une passerelle en bois. Quarante-quatre pièces se rattachent à cette construction tout à fait singulière et unique en archéologie. Elles ont été retrouvées sous ou aux alentours immédiats de la passerelle, totalement ou partiellement carbonisées. Les 17 pieux encore en place permettent de situer et dimensionner précisément cet aménagement, alors que les 28 bois des superstructures autorisent deux restitutions fiables. La passerelle proprement dite est un pont constitué de 4 alignements parallèles de 4 pieux. Sur l'escarpe nous pouvons restituer un portique constitué de deux montants jumeaux de fortes sections d'une hauteur hors tout de 2,50 m. Sur la contrescarpe, cette passerelle est clôturée par une barrière à contrepoids pivotante, retrouvée dans le fossé. En l'état, ce portique permet soit la rotation d'une porte basculante soit le basculement d'un pont-levis à flèches. Une première hypothèse de restitution propose un accès fermé par une porte basculante à contre poids. Celle-ci est reconstructible à partir de sept pièces trouvées dans le fossé. L'une d'entre elles, bien qu'entièrement carbonisée, est unique puisqu'il s'agit de la seule lierne d'un contrepoids mise au jour en archéologie.

La seconde hypothèse suggère l'existence d'un pont-levis à flèches (à contrepoids) et d'un tablier mobile... mais une réserve d'ordre historique e s'impose : il est en effet admis que l'invention du système de pont-levis à flèches ne date que du milieu du XIVe siècle. Les recherches sont encore en cours.
Enfin dans l'état 6, quelques creusements indiquent une utilisation sporadique de la zone, comme prairie humide, jusqu'à nos jours.