Une équipe de l'Inrap sous la direction de Didier Busson (département Histoire de l'architecture et Archéologie de Paris à la ville de Paris) met au jour actuellement un nouveau pan de l'histoire de Lutèce : un des premiers quartiers d'habitations de la ville antique. Cette fouille se déroule au sommet de la Montagne Sainte-Geneviève.

Dernière modification
19 février 2016

En 1632, dans l'ancienne rue du faubourg Saint-Jacques, le couvent de la Visitation est fondé sur des plans de François Mansart. Si la construction proprement dite reprend l'alignement de l'actuelle rue Saint-Jacques, son jardin s'étend beaucoup plus à l'est jusqu'à l'actuelle rue Lhomond. Vendu par les visitandines en 1903, le couvent est démoli en 1910 au profit de l'Institut de Géographie.

Des niveaux antiques sous un couvent du XVIIe siècle

La fouille concerne une partie de l'aile orientale du cloître de ce couvent, en retrait de l'alignement de la rue Saint-Jacques. Ses fondations ont été retrouvées ainsi que l'épaisse couche de terre végétale de son jardin. Ce sont sous ces niveaux et protégés par eux que viennent d'être découverts les vestiges de la ville antique.

Un quartier d'habitation

Toute la parure monumentale de Lutèce s'étage sur le versant septentrional de la Montagne Sainte-Geneviève avec, en haut, le forum (rue Soufflot) et ses thermes (rue Gay-Lussac), puis le théâtre (rue Racine), les thermes du Collège de France (rue des Écoles), plus bas les thermes de Cluny (boulevard Saint-Germain), enfin plus à l'est, l'amphithéâtre (rue Monge).En revanche, au sud, le sommet du plateau est exclusivement occupé par des maisons.

Une rue sous l'empereur Auguste

La fouille en cours révèle l'existence d'une rue romaine que l'on peut dater du règne d'Auguste (27 av. notre ère - 14 ap.). Sa création est précédée par une petite installation pionnière, toujours sous le règne d'Auguste, destinée sans doute à préparer le terrain avant la fondation de la ville romaine. L'un des objectifs de cette recherche est d'affiner la datation de cette toute première installation. Large de 6 m, la rue était bordée dès l'origine par des fossés. Par la suite elle a connu toute une série de recharges jusqu'à son abandon au IIIe siècle. Légèrement bombée, elle est constituée de cailloutis ou d'empierrements. Les aménagements successifs se traduisent aussi par la constitution de caniveaux et de trottoirs.
Le long de cette rue des maisons sont constamment reconstruites sur la même orientation, dans le respect des parcelles d'origine, mais avec des dispositions internes différentes.
Les premières maisons sont constituées de murs en torchis armé par un clayonnage de bois et reposant sur des poutres sablières. Les sols sont en terre battue. La fouille devrait permettre de mieux connaître et de mieux dater ces premiers états architecturaux privés.
À partir du deuxième tiers du Ier siècle de notre ère, l'usage de la maçonnerie se généralise progressivement. Au IIe siècle, des états plus sophistiqués apparaissent, notamment des éléments de thermes privés avec dallages et système de chauffage par le sol (hypocauste). Des éléments de peintures murales généralement effondrés sont également présents.

L'abandon du quartier au IIIe siècle

Dans le courant du IIIe siècle, ce quartier est progressivement abandonné, les moellons des maçonneries sont en partie récupérés, ne laissant souvent aux archéologues que des « fantômes » de murs, des sols et des objets de la vie quotidienne. L'occupation se cantonne alors autour des pôles monumentaux puis dans l'île de la Cité, protégée à partir du IVe siècle par un rempart.
Ce vaste mouvement de recul de la ville est observable dans toute la Gaule. Il faudra attendre quatorze siècles et l'installation du couvent de la Visitation pour que la ville reconquière véritablement le terrain perdu.

Chantier ouvert au public

Visite guidée du site par les archéologues samedi 13 mai 10-12h et 14-17h (entrée libre)
Rendez-vous : Campus Université Pierre et Marie Curie, entrée 193 rue St-Jacques, Paris 5e
Archéologue responsable d'opération : Didier Busson, département Histoire de l'architecture et Archéologie de Paris, direction des Affaires culturelles, mairie de Paris.
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (Drac Île-de-France)
Aménageur : Université Pierre et Marie Curie