L'ensemble funéraire du Rio à Saint-Marcel (Indre) a été mis en évidence une première fois lors d'une fouille programmée menée par R. Albert en 1966 et 1967, sur une surface de 42 m2, au lieu-dit Les Ripottes. Il s'agit de l'une des nécropoles de l'agglomération antique d'Argentomagus, située sur le versant nord de la dépression naturelle limitant l'oppidum des Mersans.

Chronique de site
Dernière modification
17 mai 2016

Près de quarante ans plus tard, une deuxième opération archéologique a été réalisée, au lieu-dit Les Palais. L'emprise de fouille, d'une surface de 718 m2, se trouve à une cinquantaine de mètres au nord de la parcelle des Ripottes. Les vestiges sont similaires dans les deux secteurs et correspondent à une aire funéraire attribuable à la première moitié du Ier s. apr. J.-C. Sur la parcelle des Palais ont été mis en évidence des enclos quadrangulaires, dont les fossés sont comblés de résidus de crémation ainsi que de reliefs de banquets funéraires. Neuf inhumations d'enfants sont installées dans leur emprise. Deux sépultures à dépôt de crémation ont été découvertes en marge de la zone d'enclos.

Les enclos fossoyés

La fouille de la parcelle des Palais a révélé, notamment dans les deux tiers sud, moins arasés, un réseau de fossés formant au moins treize enclos quadrangulaires. Au sud-ouest de la parcelle se trouve un espace vierge de structure, correspondant à l'une des limites du site ou à une partition dans son organisation.
La plupart des enclos de plan complet ont une forme proche du carré, de 3,15 à 4,80 m de côté. Deux enclos présentent une interruption matérialisant une ouverture. Étant donné l'absence de tombe dans l'espace interne, la fonction de ces enclos ne semble pas sépulcrale. Ils sont pourtant liés aux rituels funéraires. De nombreux artefacts ont en effet été découverts dans le comblement des fossés, avec des concentrations localisées dans certains angles ou côtés. Le comblement des fossés, généralement homogène et uniforme, a été réalisé rapidement.
Le mobilier comprend de nombreux tessons céramiques, des ossements humains et animaux (boeuf, porc, cheval, caprinés et coq), des fragments de verre, des petits objets en métal ou en os et des restes organiques (plantes légumineuses et céréalières, fruits et vestiges de préparation alimentaire de type pain), dont la plupart sont brûlés et très fragmentés. Ces objets sont parfois mêlés à des charbons de bois et à des galets de quartz portant des traces d'altération par le feu. La céramique est constituée majoritairement de formes de service, mais également de vaisselle de cuisine et d'amphores vinaires.
Le mobilier des fossés semble ainsi issu de reliefs de banquets funéraires ou commémoratifs et de résidus de crémation. Le bûcher pourrait avoir été implanté dans l'aire interne des enclos, et les résidus issus de la crémation déposés dans les fossés.

Les sépultures

Les dépôts de crémation

Deux sépultures à dépôt de crémation en vase ossuaire ont été identifiées. La première (F.95) est située dans la frange sud-ouest de l'emprise, et la seconde (F.131) à l'opposé, dans l'angle nord-ouest. Les amas osseux ont été déposés au fond de vases découpés, qui permettent de dater ces deux tombes du Ier s. apr. J.-C.

Les ossements du dépôt F.95 ont été placés dans un pot ou cruche en céramique claire à pâte brune orangée, reposant sur sa base. Un col d'amphore provenant de Bétique (sud de l'Espagne) reposait à l'envers sur le vase ossuaire. Ce type d'amphore pouvait contenir du vin, fréquemment associé aux rituels funéraires. Pour la sépulture F.131, le vase ossuaire consiste en un petit module d'amphore régionale à pâte brune, déposé sur la panse.
Outre les fragments osseux humains brûlés, les contenus des vases ossuaires, préservés dans leur intégralité, accueillent des résidus de crémation. La faible quantité d'ossements suggère un dépôt très partiel des vestiges osseux issus de la crémation. Les os de la sépulture F.95 correspondent aux restes crémés d'un sujet adulte ou de taille adulte. Ceux de F.131 appartiennent à un enfant ou adolescent. Les déformations, la forte fragmentation ainsi que la couleur des pièces osseuses sont les témoins d'une crémation intense, à plus de 650° C ou de longue durée.
Dans la fosse F.131, contre le vase ossuaire, un tronçon de quatre vertèbres cervicales de chien en connexion anatomique a été mis au jour. Non brûlées, ces vertèbres témoignent du dépôt d'un quartier de viande. En fond de fosse, directement sous le fragment d'amphore, a été déposée une « poignée » de résidus de crémation. Parmi ces restes, une coque de pignon de pin (Pinus pinea), conservée par carbonisation, a été observée. Ces dépôts reflètent deux aspects culturels bien distincts au sein d'une même tombe : la viande de chien, consommée sur les sites d'habitat et déposée dans les tombes de la période laténienne, confère à ce dépôt un aspect traditionnel, alors que la présence de pin pignon, fruit d'origine méditerranéenne, témoigne d'une certaine acculturation aux pratiques funéraires romaines.

Les sépultures à inhumation

La répartition des neuf tombes à inhumation ne semble pas correspondre à une organisation spécifique. Les ossements des défunts ont été conservés dans quatre sépultures : il s'agit de bébés décédés avant l'âge de un an, et d'un enfant mort entre 4 et 9 ans. Les caractéristiques des autres fosses sépulcrales et le mobilier associé suggèrent également des tombes d'enfants.
Divers aménagements relevant de l'architecture funéraire peuvent être mis en évidence. La présence de clous et ferrures dans deux sépultures matérialise probablement le système d'assemblage d'un contenant funéraire en bois (cercueil, coffre ou coffrage ?). En fond de fosse, quelques galets étaient disposés contre la paroi longitudinale nord de deux tombes. Un bloc calcaire de grandes dimensions dans une tombe pourrait correspondre à un marquage de la tombe, en surface ou interne.
Différents types d'objets sont déposés dans les sépultures : monnaie, anneau en fer interprété comme anneau de lange, anneau en alliage cuivreux, fibule, balsamaire, ainsi que des poteries. Au regard des assemblages céramiques, six inhumations peuvent être datées entre 15-10 av. J.-C. et 50-60 apr. J.-C. La quantité de vases déposés varie de deux à quatre, avec une prépondérance des céramiques de service : vases à boire (calice, gobelet et biberon), cruches pour la conservation et la présentation des liquides, ainsi que de la vaisselle réservée à la consommation des solides (coupelle, coupe et assiette). Seule une sépulture livre un pot à cuire.

Conclusion

Le mobilier permet d'obtenir des datations cohérentes sur une très courte période : de 15-10 av. à 50-60 apr. J.-C. Ainsi, l'ensemble funéraire du Rio, dont les limites sont actuellement inconnues, semble correspondre à la première implantation d'un secteur funéraire oriental, en périphérie de la ville antique d'Argentomagus, proche de la voie qui conduit vers Bourges et Lyon. La construction de l'amphithéâtre, implanté à 50 m au nord-ouest de la parcelle des Palais, a pu entraîner l'abandon de cette nécropole.
Les enclos pourraient correspondre à la délimitation d'une aire de crémation ou d'un espace cérémoniel. Les dépôts de crémation sont situés soit dans le même secteur que les enclos (Ripottes), soit en marge (Palais). Cet aire funéraire a dans le même temps été le lieu d'inhumation d'enfants décédés en bas âge. Ainsi, espace cérémoniel et sépulcral se côtoient et se confondent au sein de cet ensemble.
À Chartres, chef-lieu des Carnutes, et dans le suburbium de Soissons, chef-lieu des Suessions, des fouilles récentes ont mis en évidence de nombreuses structures similaires à celles observées à Argentomagus. Ainsi, une telle organisation de ces ensembles funéraires pourrait-elle relever d'un phénomène urbain ?