Après cinq mois de fouille, le chantier d'archéologie préventive mené par l'Inrap rue Saint-Symphorien, à Reims, sur l'emprise d'un projet immobilier réalisé par la société A3C, touche à sa fin. Sur 500 m², les couches archéologiques atteignent plus de 5 m d'épaisseur et relatent 2 000 ans d'occupation humaine continue.

Dernière modification
10 mai 2016

Les derniers niveaux à apparaître sont les niveaux antiques. Située au centre de l'agglomération gauloise, la parcelle se trouve à l'angle sud-est du forum de la ville gallo-romaine. Si, au début du règne d'Auguste, (de -27 à -5 avant notre ère) seules quelques constructions en bois sur sablières et poteaux ont été mises au jour, à partir du ier siècle les premières constructions en pierre apparaissent.

Une demeure de prestige

C'est le cas d'un grand édifice d'au moins 500 m2 avec une pièce de réception de près de 60 m2 décorée d'une mosaïque noire et blanche à décor géométrique. Des enduits peints sont encore visibles sur le bas des murs, certains conservés sur plus de 2 m d'élévation. La maison est chauffée par un système de chauffage par le sol (hypocauste). Le statut de cette habitation reste à définir : domus très luxueuse ou schola (bâtiment corporatif). L'incendie qui la ravage à la fin du ier siècle apporte des éléments de réponse aux archéologues.

Un instantané fossilisé de la vie quotidienne

Le sinistre a comme fossilisé tout ce qui se trouvait dans deux caves.
La cave au sud de la domus servait de lieu de stockage domestique. C'est là que viennent d'être mis au jour un plateau en bois sur lequel reposent plusieurs petits pains et trois amphores (des éléments rares dans un tel contexte) : une des deux amphores à vin est même recyclée pour stocker du froment !
La cave nord est de construction plus soignée et ne semble pas avoir été destiné au stockage. Un petit vase déposé dans une fosse semble témoigner d'une pratique cultuelle.
L'incendie remodèle profondément la physionomie de cette demeure au iie siècle puisque les espaces libérés par le remblaiement des caves sont aménagés : des thermes sont construits, la taille des pièces diminue alors que les espaces extérieurs gagnent en superficie.

L'évolution d'un quartier sur 2000 ans

Cette opération archéologique permet de retracer l'histoire d'un quartier occupé dès l'époque augustéenne. Pendant l'Antiquité, des habitations luxueuses y sont érigées. Au début de la période paléochrétienne, le lieu passe du monde profane au monde religieux. Dès le IVe siècle, les ecclésiastiques rémois ont acquis ces terrains et ont édifié une église, première cathédrale. Plus tard, sur la parcelle fouillée, les chanoines du chapitre de Saint-Symphorien ont érigé leur cloître. La fouille a permis d'en dégager des fragments architecturaux et plusieurs éléments de statuaire. La vocation religieuse du lieu a continué jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
Archéologue responsable d'opération : Stéphane Sindonino, Inrap
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (DRAC Champagne-Ardenne)
Aménageur : A3C
Contact(s) :

Mahaut Tyrrell
chargée de communication
médias, Inrap
tél. 01 40 08 80 24
24mahaut.tyrrell [at] inrap.fr