Une équipe d'archéologues de l'Inrap exhume une partie de l'histoire médiévale de Troyes. À l'occasion du projet d'extension de l'Hôtel du Département par le Conseil général, 2000 m2 d'un important îlot urbain sont en cours de fouille.

Chronique de site
Dernière modification
30 septembre 2016

Au Moyen Âge, ce quartier était placé sous l'autorité  de l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains, toute proche, une des plus anciennes congrégations religieuses de Troyes (VIIe siècle) qui y exerçait ses droits de haute et basse justice. La mention d'une Pava tanneria en 1288 suggérait la présence d'ateliers de tanneurs sur cet îlot. Les archéologues les dégagent actuellement. 

La conquête du marais par les tanneurs (XIIe siècle)

La conquête du marais par les tanneurs (XIIe siècle)
Urbanisée à partir de l'an 25 avant notre ère, l'antique Troyes, Augustobona, est édifiée sur une zone marécageuse et une langue d'alluvions d'un méandre de la Seine, au point de confluence de la Vienne. Jusqu'en 1910, la faible amplitude du relief a laissé la cité à la merci des caprices du fleuve et de son affluent. Sur le terrain, les dépôts archéologiques sont en relation avec trois périodes majeures de l'histoire de la ville : la période antique, le XIIe siècle et la fin du Moyen Âge (XVIe siècle).

La conquête du marais s'effectue au XIIe siècle, à la faveur de mesures économiques prises par les premiers comtes de Champagne. Désormais, des dérivations de la Seine alimentent les fossés d'une nouvelle enceinte et abaissent le niveau de la nappe phréatique. À l'intérieur de la cité, des moulins et des ateliers s'implantent sur des canaux. Marchands et artisans s'installent ainsi sur de nouveaux espaces gagnés sur l'emprise du marais. Les premiers ateliers de tanneurs et échoppes de cordonniers prennent place au XIIe siècle. Cette activité est encore attestée au début du XIXe siècle par des toponymes comme les « Bains de la Tannerie », les rues de la Petite et de la Grande Tannerie.

Les ateliers de tannerie

Trois ateliers, actuellement en cours de fouille, illustrent les techniques médiévales de production des cuirs à partir des peaux brutes achetées aux bouchers. D'imposants bassins rectangulaires de 2 à 2,5 m3, creusés dans le sol et consolidés par des parois en osier tressé, sont regroupés en batterie. Ils sont quelquefois associés à des cuves cylindriques faites de tonneaux destinés à stocker la cendre et le tan. Les plus grands bassins sont destinés à recevoir des peaux brutes, alors immergées dans un mélange alcalin d'eau et de cendre, le temps nécessaire à une dépilation complète. Après un nettoyage en eau claire dans le chenal, les peaux séjournent dans de petits bassins, contenant une forte concentration d'écorce de chêne broyée, pour renforcer et façonner le cuir. Au contact avec le tanin du chêne, les ouvrages en vannerie de ces bassins se sont  très bien conservés. Malgré une certaine connaissance du processus technique au travers de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, l'éventuelle spécialisation des ateliers de Troyes et l'origine de leurs cuirs restent à déterminer.
La fouille d'un fossé fournit de nombreuses informations : peu profond, large de 2 m, cet exutoire a charrié une impressionnante quantité de chutes de découpes de cuir mêlées à de nombreuses pièces usagées (chaussures, ceintures, gants....). Plus en aval, près d'une vingtaine de carcasses d'équidés, en majorité des ânes, y a été abandonnée. Leur proximité avec les ateliers de tannage pose de nombreuses questions, notamment celle du traitement de ces animaux dont la viande fut frappée d'interdit à plusieurs reprises par l'église au cours de la période médiévale.

L'habitat médiéval (XIIIe-XVe siècles)

Sur une épaisseur de plus d'un mètre, les archéologues retrouvent les sols en terre battue des maisons du Moyen Âge. Maisons et dépendances reposent sur une ossature de bois isolée du sol par quelques gros blocs de grès. Un colmatage de pierres et de matériaux de terre cuite en remploi permet d'éviter l'intrusion des rongeurs à l'intérieur de l'habitat. L'usage de la tuile plate en couverture est attesté à partir de la fin du XIIIe siècle.
Au cours de cette période, l'îlot urbain est partagé par un étroit chenal, aux rives consolidées par une multitude de pieux et de palplanches en chêne. La distribution des constructions à l'intérieur des deux îlots est relativement lâche. De nombreux espaces sont encore ouverts sur la rue (cours, jardins et ateliers). Deux constructions en vis-à-vis retiennent l'attention. Ce sont des habitations dont les imposantes cheminées à hottes et âtres en terre cuite confirment l'importance de la cuisine à cette époque.

La fouille de ce quartier révèle aujourd'hui un pan de l'histoire méconnue de Troyes au Moyen Âge.
Financement : Conseil général de l'Aube
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (Drac Champagne-Ardenne)
Responsable scientifique : Gilles Deborde, Inrap
Contact(s) :

Mahaut Tyrrell
chargée de communication médias
Inrap, pôle partenariats et relations avec les médias
01 40 08 80 24
mahaut.tyrrell [at] inrap.fr

Estelle Bénistant
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction interrégionale Grand Est nord
03 87 16 41 54 - estelle.benistant [at] inrap.fr