Dans le cadre de l'aménagement d'une nouvelle ligne de tramway à Montpellier par l'Agglomération de Montpellier, l'État (Drac Languedoc-Roussillon, service régional de l'Archéologie) a prescrit la réalisation d'une fouille préventive sur l'actuelle place Albert 1er, qui recouvre la périphérie immédiate de la ville médiévale.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Menées par une équipe de 7 archéologues de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), les investigations débutées en juillet se dérouleront jusqu'au début du mois d'octobre, sur une surface de 890 m². L'objectif est double : étudier les vestiges de l'enceinte défensive construite au XIIIe siècle, et ceux du premier couvent des Carmes de Montpellier, établi extra-muros, aux abords de l'enceinte. Si les sources historiques apportent déjà divers éclairages sur l'occupation de ce secteur, les recherches actuelles permettent aux archéologues de compléter l'histoire de la ville avec des éléments inédits et de sauvegarder ce passé mis en lumière grâce aux aménagements urbains contemporains. 

Un segment de l'enceinte de la ville (XIIIe-XVIIesiècles)

Au début du XIIIe siècle, Montpellier est dotée d'une enceinte, appelée la Commune Clôture. Cette nouvelle fortification accompagne le développement de la cité au cours de la seconde moitié du XIIe siècle et vise à intégrer, dans la ville nouvelle, l'ensemble de la population qui occupait jusqu'alors les faubourgs. Les recherches en cours ont permis de retrouver des aménagements liés au système défensif, comme un tronçon du fossé qui bordait l'enceinte, et de puissants murs qui le protégeaient de part et d'autre. Les bases d'un pont ont également été exhumées. Il permettait de franchir le fossé pour accéder à la porte des Carmes, l'une des principales entrées dans la ville. Des sépultures ont également été découvertes à proximité du pont.

Le couvent des Carmes : un édifice emblématique de l'histoire religieuse de Montpellier

Le premier couvent des Carmes est édifié à Montpellier au milieu du XIIIe siècle, dans le faubourg de Boutonnet. Il aurait été fondé du temps de Jacques Ier d'Aragon, au moment où la ville médiévale, sous la tutelle des rois d'Aragon et de Majorque, connaît son apogée. Le couvent accueillait une communauté de frères liée à un ordre catholique fondé par des ermites, à la fin du XIIe siècle, sur le Mont-Carmel en Palestine. Au XIIIe siècle, suite à la conquête des terres des Croisés par Saladin, ses membres doivent se réfugier en Europe. Ils y fondent alors de petites communautés dans les villes, et l'ordre devient un ordre mendiant.  
Vers la fin du XIIIe siècle, les Carmes de Montpellier quittent leur première implantation de Boutonnet pour se rapprocher des remparts. Les sources historiques décrivent leur nouvelle église comme « l'une des plus belles du Languedoc » (P. Gariel, 1665). Lors des troubles qui marquent le XIVe siècle, l'église, trop proche du rempart, empêche d'en assurer la défense. L'édifice fut ainsi rasé en 1361.
C'est le pape Urbain V qui soutient la volonté des Carmes de rétablir leur couvent. La construction d'une nouvelle église est attestée en 1368. Les sources écrites indiquent qu'elle abritait de nombreuses sépultures, dont certaines contenaient d'éminents personnages.
Au XVIe siècle, les guerres de Religion n'épargnent par le couvent. Il subit le saccage des Protestants, qui entraîne sa destruction et son abandon définitif en 1562. Par la suite, à la fin du XVIIe siècle, l'Hôpital général de Montpellier est construit sur une partie des ruines du couvent. Le reste se trouve sous l'actuelle place Albert.

La fouille du couvent des Carmes : des données inédites

Les recherches archéologiques en cours nous renseignent directement sur l'histoire des Carmes à Montpellier, du XIIIe au XVIe siècle. Elles permettront de combler les lacunes des  sources écrites, très imprécises au sujet de la configuration du couvent.
Les quelques sondages archéologiques réalisés dans ce secteur en 2013, pour préparer la fouille en cours, ont déjà permis de localiser, pour la première fois, l'église détruite en 1562, et certains de ses bâtiments annexes. Les archéologues s'attachent aujourd'hui à dégager, sur une étendue significative, le complexe religieux et à recueillir les nombreux éléments lapidaires qui l'ornaient. Les couvents des ordres mendiants forment des ensembles  complexes et variés : église, cloître, réfectoire, voire installations artisanales, etc. La fouille doit ainsi documenter au mieux le plan de l'un d'entre eux, tout en caractérisant la qualité de sa mise en oeuvre architecturale et ornementale.
Le dégagement des sépultures inscrites dans l'église et à ses abords permettra de préciser l'identité des défunts, importants pour certains (découverte, en 2013, d'une pierre funéraire richement décorée d'inscriptions).

En confrontant les données recueillies sur le terrain avec les archives, les chercheurs apporteront ainsi un éclairage de premier plan sur l'histoire de la ville de Montpellier.
Aménagement : TaM (Transports de l'agglomération de Montpellier)
Contrôle scientifique : Service régional de l'Archéologie (Drac Languedoc-Roussillon)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Samuel Longepierre, Inrap
Contact(s) :

Cécile Martinez, chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction interrégionale Méditerranée
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