À Lyon, sur les pentes de la colline dominant la Saône, une équipe d’archéologues de l’Inrap a fouillé une partie importante d’un des plus grands cimetières paléochrétiens de la ville. L’intérêt majeur de ces nouvelles investigations réside sur l’ampleur de la surface prise en compte (2 770 m²) permettant l’étude de plus de 800 sépultures.

Chronique de site
Dernière modification
07 novembre 2016

Une vocation funéraire depuis l’Antiquité

Une fouille effectuée dans les environs immédiats avait déjà mis en évidence la vocation funéraire du lieu. En effet, le secteur fouillé se situe à mi-distance entre deux édifices religieux construits aux abords de la ville antiques, près des voies d’accès, sur des nécropoles romaines. Il est à cent mètres en contrebas de la basilique funéraire de Saint-Irénée mentionnée autour des Ve et VIe siècles et réputée abriter la dépouille de plusieurs martyres canonisés dont celle du deuxième évêque de la capitale des Gaule, qui lui a donné son nom. Il est aussi à une centaine de mètres au sud de l’église de Saint-Just dont les premiers vestiges remontent à la seconde moitié du IVe siècle et qui conserve, là aussi, les restes du saint éponyme.

Des modes d’inhumations variés, du IVe au VIIe siècle

Les données recueillies sur la répartition spatiale des sépultures sont riches d’enseignements. Ainsi, parallèlement à la route actuelle, une limite méridionale du cimetière, jusqu’ici inconnue, semble apparaître. Par ailleurs, si une seule occupation a été observée dans la partie sud du site, trois, voire quatre, niveaux d’inhumations sont présents dans la partie nord, celle qui se trouve la plus proche des deux églises. À cet endroit, les modes d’inhumation sont particulièrement variés. Outre les coffrages de bois calés par des pierres, type le plus fréquent sur l’ensemble du site, ce lieu connaît la plus forte concentration de sarcophages. On y trouve aussi des exemples de coffrages de galets, de cercueils, de coffres monoxyles et quelques immatures confinés dans des amphores ainsi que le seul exemple de coffrage de tuile de section quadrangulaire mis au jour durant l’opération. Ces façons d’ensevelir les morts, encore imprégnées de culture romaine sont datées du IVe-Ve siècle et sont, sur cette fouille, les exemples les plus précoces. Ils tendent à démontrer que la zone la plus densément peuplée correspond à la zone la plus longtemps occupée. On est alors en droit de penser que les populations ont cherché à se faire inhumer au plus près des lieux de cultes et au plus près des saints qu’elles abritaient, probablement pour bénéficier au mieux de la protection sensée en émaner.

Dans ce secteur de la nécropole l’occupation semble s’étaler du IVe au VIe, voire VIIe, siècle. Cette hypothèse repose, pour le moment, sur le type de tombes, sur quelques fragments de céramique et sur deux analyses C14 déjà réalisés au diagnostic. Elle devra bien évidemment être réexaminée en prenant en compte les données nouvellement recueillies. Pour cette période, sur l’ensemble des zones étudiées, les sépultures sont ordonnées en rangées légèrement curvilignes, probablement pour tenir compte des reliefs de la colline. Un tel agencement des structures sous-entend que les structures sont visibles en surface. Dans certains cas, des stèles funéraires permettent d’identifier l’individu, comme en témoigne la douzaine de fragments d’inscriptions recensés lors de cette opération, la plupart retrouvés en réemplois dans des murs de constructions médiévales établies tardivement sur le site. Dans d’autres, c’est un fragment notable d’architecture ou une simple pierre de taille remarquable qui suffit à marquer le lieu.

Les études en laboratoire permettront d’affiner l’ensemble de ces données et de connaître les résultats statistiques qu’un tel échantillon devrait livrer.

Un ensemble de bâtiments, probablement à vocation domestique, s’implante sur la zone funéraire. Elle ne semble pas dépasser le VIIe s. de notre ère ce qui pose la question d’une possible cohabitation entre le monde des vivant et celui des morts sur le dernier siècle d’occupation des lieux.