On l'ignore souvent : la ville fut fondée vers 600 av. J.C. par des marins venus de Phocée, ville grecque d'Asie mineure. Selon la légende, celle que les Grecs appelaient Massalia serait née de l'amour d'une princesse celte et d'un navigateur phocéen. La réalité est sans doute un peu plus complexe...

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Longtemps, la ville ne s'est pas intéressée à un passé qui est, lui, tout sauf légendaire. Il faudra attendre 1967 et la découverte d'un bout de muraille du IIe siècle av. J.-C. pour qu'on commence à en découvrir toute la richesse.

Cette découverte est primordiale : c'est la première fois que furent mises à jour des ruines de l'époque phocéenne à Marseille. Elle fut faite lors du creusement du parking du centre Bourse, à deux pas du Vieux-Port, coeur de la cité antique. Par la suite, les archéologues ont pu entreprendre des fouilles de sauvetage, parmi les premières du genre en milieu urbain.
 

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Heureusement, depuis 1967 et la prise de conscience provoquée par l'affaire du centre Bourse, les découvertes se sont multipliées, permettant de faire progresser les connaissances sur la colonie grecque. En 1992-1993, on a ainsi découvert pêle-mêle, place Jules-Verne, un quai et des chantiers navals, puis deux embarcations dans un état de conservation exceptionnel. En 1997, les archéologues ont mis au jour un élément de construction du début du VIe siècle avant notre ère, interprété tantôt comme un quai du premier port, tantôt comme l'extrémité maritime de la fortification de l'époque. Et tout récemment, en 2005, une équipe de l'Inrap a commencé à dégager les vestiges de ce qui était apparemment un important complexe civil ou religieux, richement décoré, daté de 550 avant J.-C., donc du premier siècle de l'établissement phocéen.

On peut donc sans hésitation dire aujourd'hui que Marseille n'est pas cette ville "antique sans antiquités" qu'on décrivait au XIXe. Aux dires des spécialistes, elle fut la plus importante cité grecque de l'extrême Occident, où au Ier siècle avant J.C. vivaient entre 10.000 et 20.000 habitants sur une cinquantaine d'hectares. À un moment où Rome, la nouvelle grande puissance méditerranéenne du temps, en comptait 100.000, Massalia était une métropole couverte de grands monuments dont, étonnamment, aucun n'a traversé les siècles.

Très tôt, les textes antiques attestent l'existence de la cité. Hérodote en parle dès le Ve siècle, Aristote la cite comme exemple de la bonne et mauvaise marche des régimes oligarchiques.

Tournée vers la mer et le commerce, Massalia a probablement été la tête de pont du réseau commercial phocéen qui allait de l'Espagne à l'Italie, en concurrence avec les Etrusques et les Carthaginois. Les Grecs de Phocée s'étaient ainsi implantés à Ampurias (Catalogne) et à Vélia (Italie du Sud). Ils fondèrent par ailleurs toute une série de comptoirs tant à l'ouest qu'à l'est de Marseille : Olbia (Hyères), Tauroeis (Le Brusc), Nikaia (Nice), Monoikos (Monaco), Agathé (Agde)... Autant de relais pour la navigation et le cabotage.

Dans le même temps, les Massaliotes commercèrent activement avec la Gaule. La ville était une sorte de plaque-tournante, échangeant des produits manufacturés (céramiques, objets de bronze, tissus, vin, huile d'olive...) contre des matières premières venues du continent, à commencer par l'étain, métal stratégique indispensable pour la fabrication du bronze des armes et des armures. Mais curieusement, l'influence grecque sur ses voisins a été tardive et limitée. L'arrière-pays de Marseille, c'était d'abord la mer !

Laurent Ribadeau-Dumas (France 2)