A Sainte-Marie-aux-Mines, Haut-Rhin, dans le cadre de son programme de mise en valeur du patrimoine minier, l'Asepam organise depuis de nombreuses années des chantiers de jeunes bénévoles, notamment pour aménager, dans une ancienne mine d'argent ouverte au public, différentes reconstitutions techniques liées à l'exploitation.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Après « l'aérage des mines » et la pose de faux plafonds de ventilation, après la fouille de la voie de roulage pour les chariots et sa reconstitution, l'association souhaite maintenant aborder, lors des visites guidées qu'elle organise et qu'elle encadre, le problème fondamental de l'exhaure dans les mines, c'est-à-dire comment puiser les eaux d'infiltration des profondeurs de la terre.

Pour cela, elle a organisé une série de chantiers qui ont débuté l'an dernier par le dégagement et la fouille du sol de la première salle souterraine du circuit, la salle Glück-Auf. Lors de cette première opération, plusieurs structures liées à l'exploitation ont pu être dégagées, dont les têtes de deux puits verticaux. Ils ont été probablement creusés dans la première décennie qui a suivi l'ouverture de la mine en 1549. Le premier, situé à l'entrée de la salle, le puits Jade, explore les premières zones productives du filon Saint-Louis ; le second, le puits Bidule, est taillé sur une importante faille baptisée faille Glück-Auf. Cet espace souterrain (salle et puits) se révèle très adapté pour l'installation prochaine de machineries de pompage.

Pour les faire fonctionner, il était indispensable de disposer de puits vides de matériaux, mais aussi inondables. Or, le puits Bidule, partiellement comblé, est constamment inondé grâce à une arrivée faible mais constante d'eau venue du fond du réseau et le puits Jade, encore trop comblé de pierres et de terre pour pouvoir observer la permanence de l'eau, est tout proche de son voisin. En outre, tous deux sont reliés par une rigole (mise au jour en 2002) taillée par les mineurs dans la roche pour permettre la circulation de l'eau. L'objectif de cette année était de commencer à débarrasser les deux puits de leurs remblais, tout en poursuivant la récolte de données scientifiques. Celles-ci viendront compléter les connaissances historiques générales du site et fourniront de nouvelles informations utiles au travail des guides de l'Asepam. Durant les quinze jours qu'a duré cette opération, un suivi archéologique a été assuré par un archéologue minier professionnel détaché tout spéciale-ment par l'Inrap, grâce au finance-ment de la Communauté de communes du Val d'Argent (via une convention spécifique). Son rôle a été d'encadrer les bénévoles, d'assurer la qualité de la documentation archéologique des données et des découvertes, et de réaliser les premières mesures conservatoires des pièces archéologiques.

Quinze jours de postfouille ont en plus été accordés directement par l'Inrap pour cette opération ins-crite dans le cadre du projet annuel individuel de recherche (PAIR 2003). Le rapport de fouille est en cours.Le milieu souterrain en général, les puits inondés en particulier, ont l'avantage considérable de conserver, parfois de manière spectaculaire, des vestiges archéologiques. Ailleurs, ils n'ont pas tous la chance d'être à l'abri du soleil, de la chaleur et de l'air. De nombreux objets en matière périssable nous parviennent ainsi comme neufs, sortis directement du passé. Les travaux de déblaiement ont débuté après avoir mis en place les traverses et une rambarde de sécurité pour permettre aux nombreux visiteurs de nous encourager dans notre tâche sans prendre de risques inutiles durant leur pérégrination souterraine. Grâce aux nombreux bénévoles, la fouille a été menée rapidement et avec soin, notamment pour dégager les différents éléments archéologiques découverts. La sécurité des personnes et des biens a été, en permanence, le souci de tous. Conscients et informés des risques particuliers de ce type de chantier et de milieu, nous avons tous été attentifs et sommes fiers de ne déplorer aucun accident.

Le puits Bidule

Au sud-ouest de la salle, la foncée, inondée et partiellement comblée, était déjà bien visible avant les travaux. Nous en avions dégagé les contours l'année dernière. Après avoir sécurisé la zone par la purge de certaines petites plaques de roches instables et l'installation d'un solide plancher de travail, une glissière en bois a été fabriquée pour la remontée des seaux. De l'extrémité nord du puits partait le sommet d'un cône d'éboulis qui s'enfonçait en se pro-longeant vers l'autre extrémité. Très rapidement, nous avons constaté que l'essentiel du remplissage était constitué de blocs rocheux, parfois assez importants, avec, pour quelques-uns, des traces de trous de fleuret. Il semble donc que le remplissage ait eu lieu au XVIIIe s. avec des matériaux issus probablement du creusement du puits dit Puits XVIIIe situé non loin de là, avant d'entrer dans la salle. Quelques fragments de poutres plus ou moins ouvragées, retrouvés dans ces remblais, ont des caractéristiques typologiques qui peuvent le confirmer. Dans une petite zone au sud-est du puits, peut-être sur une margelle qu'il reste à découvrir, les mineurs ont laissé en place une certaine quantité de remblais constitués de fragments rocheux de petit gabarit.

Lors de la fouille, nous avons retrouvé dans cette couche la base d'une échelle en bois. Même avec un seul barreau conservé, il semble bien qu'elle puisse être en place et remonter au XVIe s. ! En effet, sa forme et les matériaux qui la recouvraient semblent dater de cette époque. Au sud-ouest du puits, le pompage de l'eau a laissé apparaître peu à peu le départ d'une galerie qui se dirige vers le sud-ouest, creusée sur la faille Glück-Auf. Au fur et à mesure que le niveau de l'eau descendait, sont apparus les restes d'un batardeau de grandes dimensions constitué d'un assemblage de plusieurs planches. Il devait servir à gérer une arrivée d'eau venue du fond pour éviter qu'elle ne se retrouve dans le puits. Plusieurs pièces de bois, notamment deux pièces de jonction de voie de roulage, étaient posées en avant, sur le sol de la galerie. À l'arrière, une planche de fixation était encore solidement coincée dans deux saignées verticales creusées à cet effet dans les parois de part et d'autre. Après une série de photographies et de relevés, nous avons franchi cette structure sans y toucher pour parcourir, avec beaucoup de précaution, la galerie sur plusieurs mètres. À notre grande surprise, après une courte montée et une longue portion en chatière, nous avons effectué la jonction avec la mine voisine, la mine du Chêne. La présence de cette jonction avait déjà été pressentie lors d'une campagne de mesure de température des eaux de la mine réalisée en 1983 entre les deux galeries. Mais aucun pompage n'avait suivi cette étude. Il a fallu attendre cette année pour établir officiellement cette relation et en réaliser la topographie précise.

Ce nouveau passage est très intéressant dans une optique de développement du circuit touristique par l'Asepam dans les années à venir, car cette galerie a joué un grand rôle dans l'exploitation et figure sur la toute première topographie souterraine connue qui date de 1560.

Le puits Jade

L'année dernière, les contours du puits Jade avaient été également dégagés et nous ont permis de comprendre une bonne partie de son fonctionnement. Contrairement au puits Bidule, il est totalement comblé de remblais et n'a jamais été sondé. L'enlèvement des décombres s'est effectué jusqu'à atteindre la profondeur arbitraire de 3 m. Son remplissage, plutôt uniforme, est constitué de blocs rocheux de petit gabarit et de nombreuses pièces de bois. La fouille de ces éléments, au fur et à mesure du décombrement, a montré que ces pièces se sont accumulées les unes au-dessus des autres en constituant plusieurs niveaux différents. Parmi ces nombreuses pièces, plusieurs sont assez bien conservées pour permettre d'en comprendre la fonction ou l'utilité. Il y a des planches, mais aussi plusieurs limandes de voie de roulage plus ou moins complètes, des pièces de jonction, des poutres, des fragments de poteaux, etc. L'une de ces pièces est particulièrement spectaculaire. Il s'agit d'un des deux montants de support de l'axe du treuil. Posé à plat, à la base de la première couche, il est dans un état de conservation exceptionnel grâce au milieu dans lequel il a été plongé jusqu'à aujourd'hui, sans lumière, dans l'eau et dans la boue.

Ce milieu, relativement favorable à la conservation des éléments réalisés dans des matériaux périssables, nous a permis également de retrouver plusieurs fragments de cuir dont une semelle de chaussure. Tous ces objets ont été photographiés in situ et, après avoir relevé leur position précise, ont été retirés, lavés, numérotés, photographiés en détail, dessinés en dehors de la mine et conditionnés pour en garantir la conservation. À la fin de la campagne de cette année, arrivés à environ 3 m de profondeur, nous nous sommes arrêtés sur le sommet d'une couche beaucoup plus argileuse et très sombre. Les quelques pièces qui en ont été tirées sont exceptionnelles. Sans même l'entamer, cette couche nous a d'ores et déjà révélé notamment deux auges, cassées mais splendides, et une douve de cuveau conique. Durant la dernière journée de chantier, nous avons sondé la profondeur encore remblayée à l'aide d'une fine tige d'acier longue d'1,80 m. Elle s'est facilement enfoncée sur toute sa longueur à travers la seconde couche. Vu le matériel archéologique, retrouvé dans un état de conservation remarquable, cela nous laisse présager bien des découvertes fabuleuses si les 2 m d'épaisseur minimale qui la composent sont aussi riches que sa surface ! Un grand nettoyage du puits a égale-ment été opéré avec un fort jet d'eau afin de bien laisser les parois propre comme au premier jour. Nous avons ainsi constaté que le puits est creusé sur une partie productive du filon qui accuse un pendage vers le sud.

Mal-heureusement, nous ne sommes pas parvenus au niveau recherché : une première série d'encoches de poutre qui devrait marquer un premier palier à 3 ou 4 m sous le sommet du puits. Il est probable qu'il ne manque que peu de distance pour nous permettre, peut-être l'année prochaine, d'installer ce niveau de travail et la base des pompes hydrauliques.

Pour conclure

Dans le puits Bidule, le premier objectif est atteint par la vidange des trois premiers mètres comblés. Il a été rapidement inondé et assure ainsi la conservation du batardeau de la galerie de jonction. À l'usage, nous verrons sans doute que le stock d'eau est suffisant. Dans le puits Jade, il reste donc à descendre dans la seconde couche en dégageant le mobilier archéologique pour au moins atteindre le premier palier, matérialisé par une série d'encoches de poutres. Il est envisagé d'y installer un cadre et un plancher pour supporter les futures reconstitutions. Mais ce puits est-il encore profond ? Des galeries partent-elles de la base, et vers où ? Qu'ont pu jeter les derniers mineurs dans cette poubelle bien particulière ? La mise au jour des pièces archéologiques nous apporte beaucoup d'informations sur les équipements réalisés par les mineurs à la tête du puits Jade, en particulier sur le treuil (dont il man-que encore le tambour et les manivelles). La présence de certaines pièces très ouvragées et l'absence d'autres pièces de même valeur nous fait nous interroger aussi sur l'éventuelle obligation pour les concessionnaires de l'exploitation de ne récupérer que certaines d'entre elles. Pourquoi ne trouve-t-on toujours que des éléments de roulage et de boisage alors que les pièces mobiles sont absentes (tambour de treuil, chien de mine, ...) ? Bien des points restent obscurs et des questions sans réponses.

Ces lieux sont chargés d'histoire mais ne nous livrent qu'au compte-gouttes les informations précieuses qui enrichis-sent jour après jour nos mémoires et les discours de nos guides.

Manifestations

Le site est ouvert au public toute l'année. Les visites sont possibles sur rendez-vous pour des groupes à partir de 5 personnes. Tarifs et renseignements auprès de l'Association spéléologique pour l'étude et la protection des anciennes mines.

Contact(s) :

Asepam
4, rue Weisgerber
68160 Sainte-Marie-aux-Mines
asepam [at] wanadoo.fr