Dans les années 1970, une occupation gauloise retranchée dans un espace fortifié de 12 hectares est mise en évidence par des recherches archéologiques menées à Moulay.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Aménagée à l'extrémité d'un vaste promontoire rocheux, l'enceinte est fermée par un imposant rempart, encore visible aujourd'hui. En 2004, un diagnostic permet de localiser un second rempart à 1 000 mètres en amont du premier, révélant une occupation gauloise beaucoup plus étendue. 

Un des plus grands oppida de la Gaule

Un des plus grands <i>oppida</i> de la Gaule
Ces découvertes changent radicalement la morphologie générale de ce site, dont la surface totale définie par les deux enceintes concentriques avoisine désormais les 135 hectares. Capitale vraisemblable du territoire des Aulerques Diablintes aux IIe et Ier siècles avant notre ère, Moulay correspond au plus vaste oppidum identifié sur le Massif armoricain. Il intègre désormais la catégorie des grands oppida européens, jusqu'à présent inconnus dans l'ouest de la Gaule.

Les enjeux de la fouille

Menée sur un tracé linéaire de 1 400 mètres de longueur et environ 11 hectares, la fouille débutée fin 2009 est d'une envergure exceptionnelle. Elle permet d'aborder de manière inédite deux grandes problématiques inhérentes aux oppida : l'étendue des aménagements et leur degré d'organisation. En effet, l'une des interrogations des archéologues quant à ces grands sites fortifiés préromains porte sur l'étendue réelle de leurs occupations internes : ces vastes enceintes, pouvant atteindre jusqu'à plusieurs centaines d'hectares, étaient-elles intégralement occupées ? Renfermaient-elles de vastes espaces agricoles, comme on le pense généralement ?
L'autre interrogation des archéologues a trait à la structuration des aménagements internes. Souvent partiellement fouillés, les oppida évoquent une certaine rationalisation de l'espace aménagé, avec la présence d'îlots bâtis, de rues et de places. Toutefois, on a longtemps hésité à qualifier ces agglomérations celtiques de « ville urbanisée », en comparaison avec le modèle de la ville antique de tradition méditerranéenne ou encore avec celui de la ville médiévale. La ville celtique, qualifiée de « proto-urbaine », est considérée comme étant moins évoluée que la ville dite historique.

Une occupation dense et raisonnée

À Moulay, les résultats des recherches révèlent une occupation dense et structurée sur 80 hectares au minimum, faute de pouvoir prouver, pour le moment, que l'étendue de l'agglomération concerne l'intégralité des 135 hectares intra muros.
À titre de comparaison, la plupart des grands centres urbains des cités antiques atteignent 40 à 50 hectares : Rennes (Condate), Nantes (Condevicnum)... Quant à Jublains (Noviodunum), capitale locale pour la période gallo-romaine à partir de la fin du Ier siècle avant notre ère, elle ne se développe que sur 20 hectares environ. Les vestiges découverts indiquent que l'organisation de l'espace, basée sur un système à dominante orthogonale, est structurée par un réseau de voies de circulation et de fossés d'orientations nord-sud et est-ouest. La ville est organisée en quartiers : résidentiels, à l'intérieur desquels se mêlent espaces privés et espaces collectifs (sanctuaire ?), et artisanaux. L'agencement des infrastructures et la permanence de modules architecturaux témoignent d'une gestion raisonnée de la ville assurée vraisemblablement par des géomètres et des arpenteurs.

Un système politique puissant

La date de la fondation du l'oppidum de Moulay, le statut et le rôle de l'espace cerné de l'enceinte de 12 hectares sont difficiles à identifier. En revanche, la nouvelle enceinte de l'oppidum identifiée en 2004 correspondrait à une vaste ville nouvelle qui se serait développée au Ier siècle avant notre ère au pied de l'espace fortifié de 12 hectares.
L'étendue et l'essor rapide de la ville nouvelle témoignent de la puissance de l'élite locale. La planification de l'espace urbain renvoie à une administration forte et complexe, inattendue pour cette société préromaine, capable de rassembler les corps de métiers nécessaires à sa mise en oeuvre. L'oppidum de Moulay serait ainsi la plus vaste agglomération fortifiée du secteur, au coeur du terroir politique et économique des Aulerque Diablinte. Place-forte à la fois politique, religieuse, commerciale et artisanale, elle gère un territoire dont la superficie est équivalente à celle d'un de nos départements actuels et s'appuie sur des places-fortes intermédiaires, tel que le site d'Entrammes, comparables à nos sous-préfectures, ou encore sur des agglomérations commerciales dites « secondaires ». Jublains, bourgade voisine qui deviendra la nouvelle capitale du territoire au début de la période gallo-romaine, pourrait bien avoir joué ce rôle. L'oppidum de Moulay n'est donc pas un élément isolé, mais plutôt le coeur névralgique d'un puissant système politique et d'une forte administration, entouré de sites satellites assurant la gestion, l'exploitation et le contrôle d'un vaste territoire.

Une perception des sociétés gauloises entièrement renouvelée

Les données obtenues depuis trente ans, notamment par le biais de l'archéologie préventive, ont totalement renouvelé notre perception de la société gauloise et du monde celtique en général, habituellement associés aux peuples dits « barbares ». Elles témoignent d'une société complexe et hiérarchisée, où l'homme impose à grande échelle sa maîtrise sur l'environnement.
Aménagée sur des superficies difficilement imaginables il y a encore quelques décennies, la campagne gauloise est parcourue par de nombreuses voies et chemins qui traversent et structurent les terroirs exploités par des établissements agricoles. Dans certaines régions, le nombre de ces exploitations est supérieur à celui des fermes de la fin du XIXe siècle.
Socles de la société foncière laténienne, ces habitats ruraux fonctionnent en réseau et sont gérés par des établissements au statut politique plus important. Parallèlement au développement exponentiel de cette forme d'habitat, l'émergence des premières villes non fortifiées, artisanales et commerciales, au IIIe siècle avant notre ère, est un élément important de la structuration économique et politique des territoires.
Plus tardivement, aux IIe et Ier siècles avant notre ère, le développement des oppida à l'échelle européenne au nord des Alpes, des Îles Britanniques à la Hongrie, se surimpose à cette situation. C'est le cas de Moulay.

Poursuite de la fouille

La fouille sur l'oppidum se poursuivra jusqu'à la fin du mois de juin 2011 sur environ 3 hectares. Le plan d'organisation de la ville pourra être complété, facilitant ainsi la compréhension du processus d'urbanisation au sein de l'enceinte fortifiée.
L'étude d'un vaste quartier artisanal est au programme de ces travaux de recherche. Elle permettra de caractériser les artisanats pratiqués (métallurgie, forge, travail du bois, céramique...), à partir des aménagements réalisés par les Gaulois, mais aussi par les déchets générés (outils abandonnés, scories...).
Enfin les archéologues travailleront sur le rempart du Petit Mesnil, qui matérialise la limite nord de l'extension de la ville. Son étude, sur près de 180 mètres de longueur, est une première à l'échelle européenne. Les sondages révèlent qu'il s'agit d'un murus gallicus (du latin : mur gaulois), conservé sur une hauteur voisine de 2,50 mètres, soit le fameux rempart à poutrage interne croisé décrit par Jules César dans "La Guerre des Gaules".
Aménagement : DREAL Pays-de-la-Loire
Coordinateur scientifique : Elven Le Goff, Inrap
Contrôle scientifique : Service Régional de l'Archéologie Pays-de-la-Loire