Une équipe conjointe CNRS-Inrap met au jour dans la Somme un site primordial pour l'histoire de l'homme de Neandertal.

Dernière modification
19 février 2016

Entre 300 000 et 30 000 avant notre ère, Neandertal a vécu des âges glaciaires auxquels il était parfaitement adapté. Toutefois les préhistoriens perdent sa trace en Europe du nord-ouest durant l'épisode interglaciaire de l'Eémien (130 000 -115 000 avant notre ère). Aujourd'hui deux thèses opposent les spécialistes sur cette absence.

Neandertal porté manquant à l'Eémien

Une école prône que Neandertal était inadapté au climat tempéré océanique et à sa végétation, le couvert forestier lui opposant une « barrière verte ».
Une autre école justifie cette absence durant l'Eémien par l'action érosive de la dernière glaciation (le Weichselien). Le site de Caours, préservé par des dépôts sédimentaires alluviaux, offre la première manifestation de Neandertal durant cette période en Europe occidentale.

Les tufs de Caours

Tout l'objet de la campagne de fouille est d'identifier des tufs puisque ce type de dépôt, constitués par la nappe de fond de la craie, se forme pendant les périodes interglaciaires. Les études pluridisciplinaires (étude géologique, analyse des restes osseux, datations physico-chimiques...) entreprises sur les tufs de Caours ont livré un âge d'environ 125 000 ans, qui lui confère cet intérêt exceptionnel.

Neandertal était bien adapté au climat tempéré chaud

La fouille livre cinq niveaux d'occupation du Paléolithique moyen et fournit des données uniques sur le comportement de subsistance de l'homme de Neandertal dans un environnement tempéré.
De nombreux ossements, généralement de grands herbivores, ont été découverts : aurochs, daim, chevreuil, rhinocéros de prairie, sanglier, éléphant... Le cerf domine : plusieurs adultes et jeunes animaux ont été dénombrés. Cet assemblage indique nettement la présence d'un milieu de forêt tempérée où persistent des prairies.
Les animaux abattus auraient été ramenés, entiers pour les plus petits, partiellement pour les plus gros. Caours semble être un site de boucherie. Les activités à but alimentaire sont mises en évidence par les nombreux fragments osseux. Certains portent des traces de découpe à l'aide d'outils de silex (comme cet os hyoïde d'aurochs pour la consommation de la langue). D'autres présentent les stigmates d'une fracture intentionnelle afin de récupérer la moelle, très recherchée pour ses qualités nutritives.

Les outils

Caractéristiques des industries du Paléolithique moyen, les outils de silex sont confectionnés à partir des blocs prélevés dans les dépôts alluviaux du Scardon, un affluent de la Somme qui coulait à l'époque à proximité immédiate du site. Il s'agit surtout d'éclats à tranchant brut destinés aux activités bouchères.
Aujourd'hui le site de Caours démontre :
que Neandertal était présent en Europe de l'Ouest alors que le climat y était tempéré,
qu'il a donc su s'adapter à des variations climatiques brutales,
que ces variations climatiques ne peuvent être la cause de sa disparition.

Une coopération pluri-institutionnelle

Cette campagne de fouille programmée a débuté à l'été 2005. Elle s'inscrit dans le cadre d'une coopération pluri institutionnelle cnrs-Inrap.
L'opération s'intègre dans un programme de recherches du cnrs, suivi par Pierre Antoine, Patrick Auguste et Nicole Limondin, intitulé « Eclipse - Recherches sur les tufs quaternaires » (les dépôts alluviaux typiques du dernier interglaciaire).
Recherche archéologique Inrap, cnrs : umr 8591(laboratoire de géologie physique) et fre 2941 (préhistoire, géomorphologie, quaternaire)
Archéologue responsable d'opération : Jean-Luc Locht, Inrap (préhistoire) - Pierre Antoine, cnrs (géologie) et Patrick Auguste, cnrs (archéozoologie)
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (Drac Picardie)
Contact(s) :

Mahaut Tyrrell
chargée de communication
médias, Inrap
tél. 01 40 08 80 24
mahaut.tyrrell [at] inrap.fr