Conférences
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Mis à jour le
14 septembre 2016
Colloque
Archéologie de la santé – anthropologie du soin

Colloque international organisé par l’Inrap, en partenariat avec le Musée national de l’homme.
Les  30 novembre et  1er décembre 2016 à l'Auditorium Jean Rouch - Musée de l’Homme

Matériel médical de l'US Army provenant de l'ancien hôpital militaire américain (1917-1919) à Saint-Parize-le-Châtel. © Denis Gliksman, Inrap

Archéologie de la santé – anthropologie du soin
par Mark Guillon, Anthopologue à l’Inrap depuis 1988.

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L'accès au colloque est libre, sur réservation, dans la limite des places disponibles.

La lèpre est une maladie infectieuse due à la présence d’une bactérie, Mycobacterium leprae, découverte par A. Hansen en 1873. Le genre Mycobacterium comporte plusieurs dizaines d’espèces, leprae étant caractérisée par une multiplication très lente et une culture in vitro encore impossible aujourd’hui. Le séquençage du génome de M. leprae a été effectué en 2000 par une équipe de l’Institut Pasteur. La génétique a récemment permis d’établir, avec une certaine fiabilité, que le berceau de la lèpre serait l’Afrique de l’Est, où elle est représentée par la souche la plus ancienne du bacille qui pourrait avoir accompagné l’Homme moderne depuis plus de 100 000 ans.

Le vecteur de la maladie est l’homme ; pour être infecté, un sujet doit être au contact du bacille de manière répétée. Ce qui explique que l’on puisse imputer le développement de la lèpre à la généralisation des regroupements humains à partir de la sédentarisation au Néolithique, puis à l’urbanisation croissante et à la « révolution commerciale » et probablement à la malnutrition des populations, mais les vecteurs de la maladie demeurent encore un objet de discussion. C’est en fait une maladie peu contagieuse qui est transmise lors de contacts étroits et répétés avec des sujets atteints et non traités. L’incubation est très variable, de 18 mois à 5 ans, mais les symptômes peuvent mettre 20 ans à apparaître.

Depuis 1981, la lèpre est traité par polychimiothérapie (PCT, association de trois antibiotiques) ; cette trithérapie tue le bacille, stoppe la contagion et guérit le malade en 6 à 12 mois en fonction du degré d’infection et de la forme de lèpre. Le vaccin de la lèpre n’existe pas. Une des plus grosses difficultés aujourd’hui réside dans le dépistage précoce de la maladie, avant que les conséquences de l’infection atteignent un stade mutilant. On peut certes soigner le malade à tous les stades, mais les mutilations sont irréversibles ; il existe  de nos jours des sujets guéris sur le plan bactériologique, mais atteints de lourds handicaps qui représentent un frein aux possibilités de réinsertion. D’importants progrès ont été effectués ces six dernières décennies et 20 millions de lépreux ont été guéris ces 30 dernières années. En 1981, on comptait encore plus de 10 millions de cas dans le monde ; en 1996, il y en avait moins d’un million. Malheureusement, le nombre de cas détectés annuellement n’a pas beaucoup baissé, il était de 700 000 par an jusqu’en 2003. Depuis, cette courbe est en baisse, grâce surtout à un important progrès en Inde, alors que l’on ne note pas de diminution significative dans les autres pays touchés, en Asie, Afrique et Amérique latine. Le nombre de nouveaux cas détectés chaque année reste élevé : 265 000 en 2006 dont 20 000 enfants.

La lèpre n’est donc pas aujourd’hui un problème réglé et la vigilance et la solidarité doivent jouer leur rôle aux deux extrémités de l’histoire du lépreux, c’est-à-dire du dépistage jusqu’à la prise en charge de l’infirme quand c’est malheureusement le cas. Étant donné la gravité des lésions dont peuvent être victimes les sujets non détectés précocement, les lépreux touchés par l’infirmité sont à considérer comme des handicapés, non seulement pendant la maladie, mais aussi une fois guéris sur le plan épidémiologique.

Nous effectuerons une présentation du fléau dans les temps anciens, puis nous montrerons à quel point la lèpre a été un problème de santé publique depuis l’Antiquité. Nous étudierons l’aspect religieux du problème au Moyen Âge et à l’Époque moderne. Nous finirons sur cette question de santé publique pour la période contemporaine.

Mark Guillon, Anthopologue à l’Inrap depuis 1988.

Il est docteur en Anthropologie biologique et funéraire. Il est un membre permanent de l’équipe d’Anthropologie des populations passées et présentes, à l’UMR 5199 du CNRS (université de Bordeaux).

Il mène des recherches sur les gestes funéraires et la biologie des populations de la fin de la Préhistoire à l’époque moderne. Ses travaux se focalisent ces dernières années sur deux sujets : le traitement funéraire des tout-petits, incluant les fausses-couches et les bébés décédés en période périnatale, avec un croisement avec les données biologiques (âge au décès, état sanitaire, anatomie) ; le second sujet de recherche concerne la lèpre, sa détection, ses conséquences pathologiques et la prise en charge communautaire.

Il travaille sur le terrain et en laboratoire, essentiellement dans le contexte de l’archéologie préventive ; l’exploitation des résultats se fait au sein de l’Inrap et de son UMR.

Il enseigne l’archéologie funéraire et l’anthropologie biologique dans plusieurs universités et dirige des travaux de master et de thèse.

Bibliographie

  • Guillon M., Grégoire V., Jeanne D. (2004), « Histoire, archéologie et anthropologie d’une léproserie et de ses morts : Putot-en-Bessin », in Touati F.-O. (dir.), Archéologie et architecture hospitalières de l’Antiquité tardive à l’aube des Temps modernes, Paris, La Boutique de l’Histoire, p. 45-101.
  • Guillon M. (2009), « La lèpre hier et aujourd'hui et sa prise en charge communautaire », in Delattre V., Sallem R. (dir.), Décrypter la différence. Lecture archéologique et historique de la place des personnes handicapées dans les communautés du passé. Actes du colloque « Défis de civilisation », Paris, décembre 2009. Paris : CQFD, p. 163-170.
  • Touati F.-O. (1988), « Histoire des maladies, histoire totale ? L’exemple de la lèpre et de la société au Moyen Âge », Sources. Travaux historiques, 13, p. 3-14.
  • Dumas G. (2014), Santé et société à Montpellier à la fin du Moyen Âge, Leyde, Brill.
Année :
2016