A Besançon, Doubs, cette fouille de 2 000 m2 correspond à l'agrandissement et l'approfondissement partiel d'un parking souterrain construit dans les années 1970.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

En dehors d'une coactivité contraignante avec les entreprises renforçant les parois de l'excavation, la principale difficulté venait de la proximité immédiate du Doubs, la profondeur de fouille nécessitant un pompage pour atteindre les niveaux les plus bas.

Le premier aménagement « lourd » du secteur commence vers la fin du IIe siècle avant notre ère, par la réalisation d'un enrochement de gros blocs non taillés disposé sur la berge intérieure de méandre. Il s'agit du premier aménagement public attesté de l'oppidum de Vesontio. La rive naturelle a été taillée en deux hautes marches, larges d'un mètre environ, où ont été disposé des blocs calcaires extraits du substrat local.
Ils formaient un mur grossièrement parementé d'une hauteur de 2 m au moins. Ce mur de berge a pu être suivi sur une longueur de 80 m.

Le murus gallicus

Dans les années 80 avant notre ère, le mur de berge est remplacé par un murus gallicus. Celui-ci assure à la fois les fonctions de rempart et de mur de berge, formant une enceinte continue dont le rôle est plus ostentatoire que réellement défensif. Le mur de pierre et de terre, large de 6 m, était doté d'une ossature en bois, dont subsistent les fiches d'assemblage en fer, certaines atteignant 40 cm de long. Le parement, vertical ou en léger glacis, est constitué de pierres sèches. À partir de son emprise au sol et de l'inclinaison de sa rampe interne, il est possible de restituer un rempart d'une hauteur de 5 mètres environ au niveau du chemin de ronde. De rares éléments de poutrages conservés par le milieu humide ont permis une datation dendrochronologique (fondée sur l'analyse des cercles de croissance des arbres) de 78 avant notre ère. À l'extrémité est du segment reconnu, une structure parementée quadrangulaire aménagée dans le mur, tronquée par les travaux de Vauban, pourrait constituer les restes d'une tour ou d'une porte. La berge, en avant du mur, est formée de dépôts de sable et de limons, riches en matière organique semblant indiquer que l'ouvrage a été construit sur une ancienne roselière.
La fouille, réalisée dans ces accumulations, a révélé la présence de vingt-six sépultures disposées au pied du murus gallicus, aux abords de l'ouverture pratiquée dans l'enceinte. Elles sont surprenantes à plus d'un titre. À l'époque gauloise, la crémation constitue le mode funéraire dominant et les inhumations sont minoritaires. De plus, elles sont ici implantées dans un secteur des plus défavorables, en zone inondable. Certains corps sont recouverts par, ou disposés sur, des bardeaux de chêne. Adultes et enfants sont représentés à part égale et l'on peut noter que, contrairement à d'autres sites où les squelettes des enfants morts prématurés ou en très bas âge sont trouvés dans des dépotoirs, ils ont ici bénéficié d'un traitement similaire à celui des adultes. Le mobilier associé à ces tombes est très rare, mais nous laisse supposer une durée d'utilisation de l'ordre d'une trentaine d'années, entre la construction de l'enceinte et la conquête romaine.

Les aménagements antiques

C'est vraisemblablement dans les premières décennies de notre ère que ce secteur voit se transformer le paysage urbain hérité de la période gauloise. Au tournant de notre ère, dans un bâtiment de tradition gauloise en torchis et bois, une cave maçonnée est aménagée, pour laquelle on recourt aux techniques de construction romaine.
Une imposante maçonnerie de berge en talus, haute de près de 4 m, est réalisée en avant du murus gallicus arasé. Elle est interrompue à l'ouest par une rampe d'embarcadère-débarcadère située dans l'axe du débouché d'une rue antique. La nouvelle plate-forme sert d'assise à une voie en gravier damé : sept niveaux de recharges succèdent ainsi au chemin gaulois, sur une épaisseur totale de 1,80 m. L'îlot d'habitat qui borde la voie au sud est complètement restructuré : parmi les bâtiments, le mieux conservé est une halle artisanale, au centre, qui comprend un portique et une façade flanquée de deux larges ouvertures donnant sur un vaste espace à trois nefs. Les traces d'occupation dans cet espace - une batterie de six fours de différents modèles et de nombreux déchets de fabrication - indiquent la présence d'artisans verriers. Les éléments de datation pour cet ensemble sont peu nombreux et couvrent les deux premiers siècles de notre ère.

Du Moyen Âge à l'époque moderne

La démolition antique est directement surmontée par une couche de terre végétale, épaisse de 50 à 60 cm, ne présentant que de très rares et fragmentaires éléments mobiliers de la fin du Moyen Âge, ainsi qu'une ruelle en gravier d'époque médiévale.
Bien que, selon les sources écrites, une enceinte protégeait toute cette rive du depuis le XIVe siècle, ce n'est qu'à la fin du XVIIe siècle que des aménagements plus conséquents sont à nouveau attestés sur le terrain. Vauban y construit un bastion, qui recoupe les aménagements antiques en s'appuyant partiellement sur leur enrochement. Le mur d'escarpe est large de 3 m pour une profondeur (sous le sol actuel) de 5 m au moins. Un important rempart de terre a été édifié derrière ce mur, préservant les couches d'occupation anciennes des perturbations liées à l'urbanisation de l'époque moderne.
L'ensemble est dérasé en 1895, l'enceinte étant remplacée par un nouveau mur de quai.