Jeudi 27 juin, en début de soirée, un groupe de « pilleurs », équipés de détecteur de métaux, a été surpris sur un chantier archéologique de l'Inrap, à Magalas. Alertée, la Brigade de proximité de gendarmerie de Servian a pu procéder à l'interpellation des individus. Une plainte a été déposée par la Drac Languedoc-Roussillon (Service régional de l'Archéologie) ainsi que par l'Inrap.

Dernière modification
19 février 2016

Depuis le début du mois d'avril, les archéologues de l'Inrap interviennent à Magalas sur l'emprise d'un futur lotissement réalisé sous la maîtrise d'ouvrage du groupe immobilier GGL. Les terrains qui font l'objet des recherches sont situés aux abords de la colline de Montfo, connue depuis le début du XXe siècle pour abriter les vestiges d'un important oppidum, fréquenté dès le premier âge du Fer (VIIIe siècle avant notre ère) jusqu'à la conquête romaine.

Un site inédit en cours d'étude pour les archéologues

À cette époque, l'agglomération antique déborde largement sur les pentes de la colline. Au regard de l'intérêt historique de ce site, l'État (Drac Languedoc-Roussillon) a prescrit une fouille archéologique préventive qui s'achève aujourd'hui. Celle-ci a révélé l'existence d'une occupation romaine s'étendant du Ier siècle avant notre ère jusqu'au IVe siècle, sur une surface de près d'un hectare. La principale découverte est celle d'un lieu de culte, daté du Ier siècle de notre ère, comprenant un temple, une esplanade de
2500 m² délimitée par un péribole, et un grand portique. Par ailleurs, deux ensembles de bâtiments ont été reconnus à proximité de cette enceinte, peut-être réservés à l'hébergement des pèlerins. 

La menace des vestiges archéologiques par les « pilleurs »

À la recherche d'objets métalliques associés aux structures fouillées, les « pilleurs » auraient mené plusieurs intrusions sur la fouille archéologique, interdite au public, avant d'être pris en flagrant délit jeudi 27 juin. L'enquête a jusqu'ici permis de constater le vol de mobilier archéologique. Suite à l'intervention des forces de l'ordre, une partie de ce mobilier (pièces de monnaies, élément de plaque en bronze...) est désormais à l'abri. Outre le vol qui prive la recherche et le patrimoine de biens scientifiquement précieux, l'action des pilleurs entraine une détérioration irréversible des
sites : en creusant, ils perturbent les niveaux archéologiques et les rendent inexploitables pour les chercheurs.

Le pillage d'un site archéologique : un délit puni par la loi

L'utilisation des détecteurs de métaux est réglementée par l'article L542-1 du code du Patrimoine qui dispose que  « Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d'objets métalliques, à l'effet de recherches de monuments et d'objets pouvant intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art ou l'archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur ainsi que de la nature et des modalités de la recherche ». Cette autorisation administrative est donnée par arrêté du préfet de région au vu de la formation du demandeur, de la problématique de recherche et du type de site concerné. Cette démarche évite d'enfreindre la loi par rapport à l'accès aux sites (art. 645-13 du code Pénal), la fouille clandestine (art. L531-1 du code du Patrimoine), la destruction de site archéologique (art. 322-3-1 du code Pénal) et à la propriété des objets (art. 311-4-2 du code Pénal). En outre, en raison des risques d'explosion d'engins de guerre, un arrêté préfectoral interdit formellement la prospection à l'aide de détecteurs de métaux sur toute la Picardie : dans l'Aisne, la prospection est interdite depuis 1998, dans l'Oise et la Somme, depuis 1996.
Le pillage d'un site archéologique, sa destruction, sa dégradation ou sa détérioration sont punis de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 € d'amende (articles 311-4-2 et 322-3-1 du code Pénal créés par la loi n°2008-696 du 15 juillet 2008 - art. 34). Cette peine peut être portée à dix ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende lorsque les actes sont commis par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complices (articles 311-4 et 322-3 du code Pénal).
Les pilleurs en possession d'engins de guerre peuvent par ailleurs être poursuivis pour détention et transport d'arme de 1re  catégorie (décret n°95-589 du 6 mai 1995 relatif à l'application du décret du 18 avril 1939 fixant le régime des matériels de guerre, armes et munitions).
Il est regrettable de voir endommagés, de cette manière, par des personnes qui « s'intéressent » pourtant à l'archéologie, des sites archéologiques en cours de fouille ou même non fouillés, que l'ensemble de la communauté scientifique et le Ministère de la Culture et de la Communication s'efforcent de protéger.
La protection des sites archéologiques, non renouvelables et fragiles, est l'affaire de tous, archéologues, élus (maires), propriétaires des terrains, amateurs d'histoire et d'archéologie, chercheurs, associations... Les services de l'État en charge de l'archéologie s'efforceront avec détermination, de poursuivre toute personne qui porte atteinte à notre patrimoine archéologique afin d'assurer sa protection dans les meilleures conditions et de préserver ainsi les futures études.

La DRAC, Service régional de l'Archéologie

Les missions archéologiques de l'État sont remplies au niveau régional par le Service régional de l'Archéologie (SRA), placé sous l'autorité du préfet de région. Ce service met en oeuvre les mesures nécessaires à l'inventaire, la protection, l'étude, la conservation et la valorisation du patrimoine archéologique. Il veille à l'application de la législation relative à l'archéologie, prescrit les opérations d'archéologie préventives, et en assure le contrôle scientifique.
Aménagement : GGL
Contrôle scientifique : Service régional de l'Archéologie (Drac Languedoc-Roussillon)
Responsable scientifique : Olivier Ginouvez, Inrap
Recherche archéologique : Inrap
Contact(s) :

Direction régionale des Affaires culturelles du Languedoc-Roussillon
Service régional de l'Archéologie
5 rue Salle l'Évêque
CS 49020
34967 Montpellier Cedex 2.
Tél. 04 67 02 32 71


Inrap, direction interrégionale Méditerranée
Cécile Martinez
Chargée du développement culturel et de la communication
06 87 01 62 86 - cecile.martinez [at] inrap.fr