A Gueugnon, Saône-et-Loire, quatre parcelles sont concernées par le projet et représentent une superficie de 13 450 m2.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

140 structures archéologiques, principalement rattachées à la période gallo-romaine, ont été découvertes. Les niveaux archéologiques se développent dans l'emprise totale du projet.

Plaine de Fresne
Gueugnon/Plaine de Fresne
Fours de potier circulaires 
© Cliché F.Devevey, Inrap


La découverte des ateliers de potiers s'est opérée fortuitement en 1965, à l'occasion de la construction d'une usine. L'étude du site a principalement été menée par J.-C. Notet, dont les travaux restent une référence. De 1966 à 1992, une série de fouilles d'urgence et de fouilles programmées ont permis la mise au jour d'une soixantaine de fours, aux morphologies diverses (circulaires, lenticulaires, à doubles alandiers...).

Les cuissons s'effectuaient en atmosphère oxydante (sigillées et figurines) ou réductrice. Des aires de travail, des zones de stockage et de nombreuses structures annexes ont également été répertoriées. Le site semble être occupé dès La Tène finale et se caractérise par la mise au jour de structures fossoyées (fossés, fosses). Dès le Ier s. de n. è., des productions de céramiques, notamment d'amphores gauloises, sont attestées. La fabrication de sigillées et de vases à parois fines à revêtement argileux ne semble pas débuter avant le IIe s. et s'achève au cours du dernier quart du IIIe s. Les ateliers ont également produit des figurines moulées en terre blanche durant ces deux mêmes siècles. Les productions de Gueugnon regroupent un vaste catalogue de céramiques communes à usage culinaire (cruches, marmites tripodes, jattes...). Au début du IVe s., il semble que les ateliers ont cessé définitivement leur activité. Les structures mises au jour au cours de ce diagnostic correspondent principalement à trois fours de potiers (deux fours circulaires et un four lenticulaire), de nombreuses fosses de rejets (parois de fours, tessons de sigillées, parois fines et communes, tubulures, fragments de moules...), des réserves à argile, des aires de circulation et des bâtiments maçonnés ou sur poteaux.

L'ensemble des structures s'inscrit sur une orientation générale nord-ouest/sud-est, particulièrement visible dans l'implantation des maçonneries. Les différentes aires de travail sont reliées entre elles par des niveaux de circulation en graviers, qui parfois se superposent. La voie d'Autun à Roanne traverse le site du nord au sud. Elle ne présente pas la même orientation que les ateliers, mais certaines structures y sont installées en bordure. L'un des éléments majeurs de cette opération est la mise en évidence d'ateliers de forgerons. Comme pourraient le laisser croire les observations anciennes réalisées sur le site du Vieux Fresne, il ne s'agit en rien d'activités annexes ou ponctuelles. Bien au contraire, nous sommes en présence de zones de travail spécialisées, implantées au sein d'une cadastration générale, à l'intérieur de bâtiments prévus à cet effet. L'organisation des structures métallurgiques est particulièrement bien visible et répond à une logique de travail à long terme et non à une réutilisation ponctuelle de structures pré-existantes. Il semble même que seule l'activité métallurgique soit implantée dans de véritables bâtiments. Au vu des sondages, il apparaît que l'activité métallurgique soit uniquement consacrée à la sidérurgie, plus précisément à la forge. Les déchets récoltés (scories rouillées, argilo-sableuses et battitures) ne correspondent pas à de la réduction de minerai.
C'est pourquoi, le site de la Plaine de Fresne ne doit plus être considéré comme un centre de potiers, mais bel et bien comme un quartier d'artisans où les forgerons avaient autant droit de cité que les potiers.

En ce qui concerne la production de céramique, cet aspect raisonné de la gestion des structures et de l'espace apparaît également ici. Tout d'abord, la répartition même des rejets de fours, et particulièrement celle des types de céramiques, est tout à fait caractéristique. Par exemple, les déchets liés à la production de céramiques sigillées (lisses et décorées) ne se situent qu'à l'est de la parcelle. Les petites cruches à pâte orange sont regroupées au sud du site et les céramiques communes (avec les amphores) sont visibles à l'ouest. Enfin, les rejets de parois fines n'ont été observés que dans un sondage. Ce phénomène tendrait donc à prouver qu'au moins trois types de céramiques étaient produits sur l'emprise (ou à proximité) de l'opération. Les trois fours qui ont été mis au jour sont stratigraphiquement liés, puisqu'ils ont été successivement implantés au sein d'une même aire de travail. Cette stabilisation de l'implantation des unités de production est un élément supplémentaire qui tend à prouver que l'ensemble des structures s'intègre dans une trame rigide, où chaque activité détient une place qui lui est dévolue. La notion de quartier artisanal de la ville antique de Gueugnon peut-elle s'appliquer au site de la Plaine de Fresne ? Axer uniquement une fouille sur les fours (structures spectaculaires), voire sur les fosses dépotoirs, n'apporterait que peu d'éléments nouveaux sur les productions céramiques de Gueugnon (tous types confondus ). Le terme fouille concernant les fours veut bien évidemment dire démontage complet pour pouvoir cerner les techniques de construction ou les chronologies relatives.

Dans l'éventualité d'une fouille préventive, il faudra aborder ce site comme un quartier artisanal (donc pluridisciplinaire), dans le même esprit que les fouilles d'Autun (71) en 1993-1994. L'étude céramologique permettra d'affiner nos connaissances sur la chronologie de certaines productions, voire d'en déterminer d'inédites, ("tasses de Néris", formes 302 de Lezoux) dans un registre de formes ou de types de céramiques qui n'étaient pas ou peu étudiés à Gueugnon jusqu'à présent.