En amont des projets de construction autour de La Bâtie-Montsaléon (Hautes-Alpes), l'Inrap a effectué, depuis les années 2000, des sondages archéologiques. Ils ont permis de mettre au jour - dans le quartier du Champ de l'Arène, le coeur du village et aujourd'hui dans la plaine de Lachaup - des vestiges gallo-romains attribuables à la cité antique de Mons Seleucus.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Les sondages réalisées près de la mairie sur la parcelle ZH 18 (voir le plan) ont permis aux archéologues de découvrir des vestiges de la ville antique, apparemment construite selon un plan régulier en damier. Dans un premier temps, l'occupation est datée entre le Ier et le IVe siècle de notre ère. Les vestiges, situés entre 40 et 60 cm de la surface, sont très menacés par le projet. Les sondages de 2005 sont donc suivis d'une fouille réalisée du 17 mai au 13 juillet 2010.


Mons Seleucus

Les connaissances sur cette cité sont essentiellement dues aux fouilles de 1804-1805, réalisées par Jean-Charles de Ladoucette. Elles ont donné lieu à une très belle publication aquarellée par Joachim Janson des Fontaines en 1824. Placée sur un noeud routier antique, carrefour de la voie romaine nord-sud Cularo-Segustero (Grenoble-Sisteron) et de la voie est-ouest reliant l'Italie à la vallée du Rhône, la ville occupait une place majeure dans la circulation alpine. Mons Selucus s'est illustrée en 353 lorsque l'empereur romain Constance II livra bataille et écrasa l'usurpateur gaulois Magnence. La cité antique s'étendait sur une dizaine d'hectares dans la plaine de Lachaup aux pieds de la butte occupée par le village actuel. Elle comportait tous les attributs d'une ville antique : un grand temple, probablement des thermes, des domus patriciennes au décor somptuaire, des chais et une nécropole.

Jean-Charles de Ladoucette (1772-1848)

Administrateur de premier ordre d'un zèle infatigable, le baron de Ladoucette fut nommé préfet des Hautes-Alpes en 1802 et le resta jusqu'en 1809. Durant ces sept ans, avec l'aide efficace de son secrétaire général, Farnaud, il finança la création de la route du Mont-Genèvre, développa l'agriculture, fit reboiser. À l'origine du premier muséum installé dans l'ancien séminaire, il fonda, en 1802, la Société d'émulation des Hautes-Alpes, qui deviendra la Société d'études des Hautes-Alpes. Il dirigea une Histoire des Hautes-Alpes dans laquelle furent notamment reproduits des exemples du parler haut-alpin. Il encouragea de nombreuses fouilles archéologiques particulièrement à La Bâtie-Montsaléon. Contrepoint de tant de talents, Ladoucette n'hésitait pas, à l'occasion, à jouer le courtisan. Ainsi bon nombre des objets de première importance trouvés à la Bâtie-Montsaléon ont quitté le département pour être offerts à l'impératrice Joséphine. Ces objets ont aujourd'hui disparu, perte inestimable pour le patrimoine haut-alpin.

Les objectifs de la fouille

L'occupation de la cité de Mons Seleucus est surtout connue par des découvertes fortuites effectuées lors des labours, des prospections, des sondages ponctuels et des fouilles très anciennes (Ladoucette en 1804, puis Mas en 1836). Aucune fouille récente, avec un large décapage extensif, n'a été réalisée sur l'emprise de la cité. Les connaissances sur la ville antique seront renouvelées à l'occasion de cette intervention archéologique. En effet, les fouilles anciennes ont laissé des descriptions très imprécises voire aucune documentation du tout. D'ores et déjà les sondages ont mis à jour un matériel céramique qui dénote un trafic commercial à longue distance assez inhabituel dans les Alpes.