A Toulouse, Haute-Garonne, les fouilles des Carmes (phase 3 de la station Carmes) se sont poursuivies, conjointement avec les entreprises des travaux publics, jusqu’à la fin de l’année 2003.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Des vestiges datant du Ier s. de notre ère ont été découverts complétant notre connaissance de la ville antique de Tolosa. La ville romaine de Tolosa, fondée au début de notre ère sous le règne de l’empereur Auguste, s’est développée à l’intérieur d’une enceinte de plus de 90 ha. Cette cité est dotée d’une trame urbaine orthonormée, à l’intérieur de laquelle viennent prendre place de grands monuments publics, dont certains ont été mis au jour et fouillés à l’occasion d’aménagements urbains.

Le quadrillage urbain était déterminé par deux axes-maîtres perpendiculaires se croisant au centre de la ville antique : le decumanus maximus (rue principale orientée est- ouest) et et le cardo maximus (rue principale orientée nord-sud). Au cœur actuellement dans le secteur de la place Esquirol, se dressaient alors les bâtiments du forum de Tolosa : un temple sans doute dédié à la Triade capitoline (Jupiter, Junon et Minerve qui dominait une grande publique. Plus à l’ouest, en direction de la Garonne, avait été construit un grand théâtre ; vers le sud, entre le forum et la Porte narbonnaise, non loin des Carmes, l’on trouvait d’imposants thermes publics. L’actuel quartier des Carmes se trouvait donc en périphérie sud du centre monumental de la ville, de part et d’autre d’une rue nord-sud parallèle au cardo maximus.

La voie antique et son réseau d’égouts

La largeur initiale de la rue nord-sud qui traverse le chantier est impressionnante : plus de 20 m de façade à façade, pour une bande de roulement de plus de 9 m de large. C’est l’une des rues majeures de la ville antique ; elle longeait par l’est le forum et le Capitolium (temple de la Triade capitoline) de Tolosa. Cette rue était dotée de portiques qui cou-raient de part et d’autre de la bande de roulement, le long des façades. Les ballasts et les revêtements de la chaussée étaient réalisés avec des galets ou des graviers de la Garonne soigneusement calibrés et disposés ; en surface se creusaient régulièrement des ornières, qui étaient alors colmatées. Lorsque le revêtement devenait trop dégradé, les autorités urbaines procédaient à un rechapage général de la chaussée. Ces recharges successives, qui livrent des renseignements précieux sur la gestion de la voirie à travers les siècles, ont provoqué un exhaussement régulier du niveau de la voie. Cette voie était dotée d’un réseau d’égout complexe, comparable au réseau actuel. Sous la chaussée, dans l’axe de la rue, cheminait un grand collecteur d’eaux usées, construit dans la première moitié du Ier s. de notre ère et demeuré en service jusqu’au Moyen Age. Ce grand égout se présente comme une maçonnerie robuste de section carrée (un peu plus de 2 m de côté), à l’intérieur de laquelle une galerie voûtée, dans laquelle un homme peut cheminer, permet l’écoulement des eaux usées. L’accès à la galerie depuis la surface de la chaussée était possible grâce à des bouches d’égout carrées, comparables à celles que l’on connaît de nos jours. L’une d’entre elles, dotée de prises destinées au raccordement d’égouts secondaires, a pu être fouillée. En effet, d’autres égouts que le grand collecteur souterrain cheminaient sous la chaussée. De petites canalisations en briques évacuaient les eaux usées des maisons voisines ; perpendiculaires à l’égout principal, elles s’enfonçaient dans la chaussée pour venir se déverser dans ce dernier. Enfin, des caniveaux de surface raccordés au collecteur principal, installés sur les deux rives de la chaussée, complétaient le dispositif en permettant l’évacuation des eaux pluviales.

Un bâtiment public le long de la voie : un monument des eaux ?

Dans la seconde moitié du Ier s. de notre ère ou peu après, les premières maisons urbaines qui avaient pris place le long de la rue sont détruites pour faire place à un bâtiment public dont les puissantes fondations ont été mises au jour. Afin de construire ce bâtiment, le terrain a été auparavant nivelé, ce qui a entraîné la disparition presque totale des vestiges des habitations antérieures. Ce nouveau bâtiment s’étire au bord de la rue sur plus de 17 m, soit 60 pieds romains. Sa construction a nécessité un réalignement de la rive de la rue à ses abords. Ce bâtiment, dont l’emprise totale déborde de celle du chantier, est doté d’un important podium constitué de lits de galets coulés dans un mortier de chaux très résistant. Le plan de ce podium, dont les contours apparaissent dentelés, n’est pas connu dans sa totalité ; il a notamment été fortement endommagé par la mise en place des grandes latrines des Carmes au XVe s. De grandes empreintes sont visibles en surface de la maçonnerie du podium. Elles correspondent sans doute à l’arrachement de très grandes dalles entourées de parois qui ont pu appartenir à des bassins. L’accès au bâtiment se faisait de plein pied ou depuis la rue, sans doute grâce à une volée de marches. La façade du bâtIment était longée, le long de la bande de roulement du cardo, par une rangée de piliers aux fondations massives faites de galets de la Garonne et de mortier de chaux. Ces piliers pouvaient former un portique monumental, spécifique au bâtiment. Un grand égout orienté est-ouest, entièrement bâti en briques, traverse l’édifice en son milieu. Cet égout, s’il n’a pas la robustesse du collecteur du cardo sur lequel il vient se brancher, possède une galerie de dimensions comparables. À l’instar des autres vestiges du bâtiment public, l’égout qui lui appartient a été très dégradé lors de l’installation de la grande latrine des Carmes à la fin du Moyen Age. Seule la partie enterrée sous le cardo de cet égout en briques est partiellement conservée ainsi que son débouché dans l’égout principal de la rue. Le point de départ de l’égout du bâtiment public n’a pas pu être reconnu : il se situe à l’est de l’emprise de la station de métro, sans doute non loin au delà de la paroi moulée orientale. durée de vie comme la fonction de ce bâtiment public demeurent pour l’instant hypothétiques, mais on peut penser qu’il est abandonné au plus tard au Ve s. Deux fragments d’inscription monumentale, retrouvés réutilisés comme matériau de construction, appartenaient probablement à la parure de ce bâtiment. On peut lire le nom d’un personnage (un évergète ?) sur l’un d’eux : A.LIC[…] FI[…]. La fonction du bâtiment peut être envisagée par rapport à la présence du grand égout de briques, qui suggère un édifice nécessitant une consommation d’eau importante. Enfin, des éléments architecturaux ayant vraisemblablement appartenu au monument ont été retrouvés à proximité, remployés dans diverses structures datant de la fin de l’Antiquité et du Moyen Âge ; parmi eux, des éléments de conduite hydraulique et des dalles de marbre destinées à être disposées verticalement, qui pour-raient être des parois de bassins. Le plus vraisemblable, en l’état actuel des fouilles, est de voir dans ce bâtiment un monument des eaux, fontaine monumentale ou nymphée, dont seule la partie donnant sur la rue se trouverait dans l’emprise de la station. Ce serait alors le premier édifice de ce type à être mis au jour à Toulouse.