Des chercheurs de l’Inrap et de l’UMR Pacea, université de Bordeaux, publient dans la revue Plos One, le premier témoignage archéologique et anthropologique de la présence musulmane en France.

Chronique de site
Dernière modification
30 septembre 2016

Au début du Moyen Âge, la rapide conquête arabo-islamique a entraîné de profonds changements politiques et culturels dans le monde méditerranéen. Si la présence musulmane au sein de la péninsule ibérique à l’époque médiévale est aujourd’hui mieux documentée grâce aux sources archéologiques et historiques, son expansion en France ne l’a été, jusqu’à présent, qu’à partir de sources textuelles datées du VIIIe  siècle, ou de rares données archéologiques.

Aujourd’hui, des chercheurs de l’Inrap et de l’UMR Pacea, Université de Bordeaux, publient dans la revue Plos One, le premier témoignage archéologique et anthropologique de cette présence  musulmane en France, durant le premier Moyen Âge.   

Trois sépultures

Préalablement à la construction d’un parking souterrain à Nîmes, avenue Jean- Jaurès, les fouilles réalisées par l’Inrap ont mis en évidence un quartier résidentiel antique de la cité, ainsi qu’une vingtaine de sépultures. Parmi celles-ci, trois inhumations d’hommes se distinguent par la position du corps des défunts, déposés sur le côté droit, la face orientée vers le sud-est. La position du corps, la tête orientée vers la Mecque comme le dépôt direct dans une fosse sont des caractéristiques évoquant les rites musulmans. Dans deux sépultures, la forme du creusement des fosses présente un surcreusement latéral qui n’est pas sans rappeler le dispositif « al-lahd » de la tradition musulmane.  

Une recherche multidisciplinaire

La réalisation de plusieurs datations radiométriques sur les trois individus permet d’en préciser l’âge : entre le VIIe siècle et le IXe siècle de notre ère. Ces données archéologiques font échos à des sources historiques qui documentent cette présence musulmane durant la première moitié du VIIIe siècle. Ainsi, la Chronique de Moissac attesterait l’existence de musulmans à Nîmes, dès 720.
Au vu des premiers résultats et afin d’en savoir plus sur l’identité des individus, une analyse paléo-génétique vient d’être entreprise. Les résultats plaident en faveur d’une origine nord-africaine de ces trois individus, du moins en ce qui concerne leur lignée paternelle. L’ensemble de ces données suggère que les squelettes découverts dans les tombes de Nîmes appartenaient à des soldats berbères enrôlés dans l’armée omeyyade durant l’expansion arabe en Afrique du Nord. Non seulement cette découverte apporte les premières données anthropologiques et génétiques sur l’occupation islamique du territoire wisigothique de la Septimanie, mais elle souligne également la complexité de la relation entre les deux communautés durant cette période.