L'Inrap a démarré fin novembre 2011 un vaste chantier de fouilles archéologiques sur le site du couvent des Jacobins qui devrait durer entre 15 et 18 mois. Cette opération est l'une des fouilles urbaines les plus importantes jamais menées dans l'Ouest de la France. 
Chronique de site
Dernière modification
28 juillet 2016


La première phase des fouilles est menée dans le jardin du cloître. Les vestiges modernes et médiévaux identifiés ont permis d'obtenir des informations sur les étapes de construction du couvent et sur son occupation militaire tardive. Les vestiges gallo-romains (Ier-IVe siècle), beaucoup plus anciens et très denses (voies, murs, bâtiments...) attestent un quartier antique dynamique.

Du nouveau sur l'aménagement du couvent (XIVe-XVe siècles)

Fondé au XIVe siècle, le couvent des Jacobins occupe jusqu'au XVIIIe siècle une place majeure dans la vie religieuse de la capitale bretonne et dans la vie politique régionale. Largement restructuré au cours du XVIIe siècle, il périclite durant la Révolution avant d'être transformé en magasins militaires au  XIXe siècle. L'armée en reste propriétaire jusqu'en 2002, date à laquelle Rennes Métropole l'acquiert. Le couvent des Jacobins est classé au titre des monuments historiques depuis 1991. Pour autant, une partie de son histoire reste méconnue.
Les premiers résultats des fouilles apportent des données intéressantes sur les différentes phases d'aménagement du couvent. Ainsi, les soubassements d'un bâtiment construit par l'armée au XXe siècle ont été dégagés au milieu du jardin du cloître. Ils comprennent quatre fondations circulaires en schiste pourpre, profondes et massives dont l'usage est encore incertain (elles ont peut-être supporté les cuves d'une blanchisserie). Les archéologues ont laissé ces maçonneries en place, afin de préserver les vestiges antérieurs qu'elles recoupent.
Plus discrètes, des traces de murs (fondations ou empreintes) ont été découvertes dans la partie nord du jardin. Elles indiquent que l'aile du couvent qui se trouve de ce côté du cloître a été décalée au XVIIe siècle. Les murs identifiés semblent correspondre à l'aile d'origine.
Une vingtaine de sépultures d'hommes, de femmes ou d'enfants, dispersées dans le jardin, ont également été mises au jour. Il est donc probable que toute une zone englobant le cloître actuel et située au nord de l'église du XIVe siècle, ait servi quelques temps de cimetière, avant la construction des ailes du monastère.
Côté sud, le dégagement de 80 centimètres de remblais, qui masquaient la base de la galerie du cloître, a permis de dévoiler l'aspect initial du mur en révélant la présence de deux grandes portes.
Ces premiers résultats se poursuivront par une étude des bâtiments, qui implique notamment le piquetage des enduits à l'intérieur de l'édifice.

Un quartier dynamique de la ville antique de Condate (Ier-IVe siècles)

Le couvent des Jacobins est implanté sur un quartier de Condate, la Rennes antique, qui a connu un développement considérable entre le Ier et le IVe siècle de notre ère. L'intervention en cours, d'une superficie de 8 000 m2, offre l'opportunité d'étudier un îlot complet de l'agglomération antique, cerné par quatre rues mises en évidence lors de fouilles menées précédemment par l'Inrap dans le centre historique de Rennes.
Deux mois après le démarrage des opérations, la fouille du jardin du cloître a permis de mettre en évidence de nombreux vestiges gallo-romains qui bordent une chaussée nord-sud (cardo), déjà identifiée lors d'une fouille menée en 1994 dans la rue de Saint-Malo. Les couches archéologiques de cette période s'accumulent ainsi sur 1,40 m d'épaisseur de part et d'autre de la voie principale. Du côté est, les archéologues ont mis en évidence un ensemble architectural imposant, datant de l'Antiquité tardive (IIIe-IVe siècles), qui comprend une vaste galerie de circulation piétonne longeant la voie. Ils ont également repéré des bâtiments plus anciens, constitués de parois à pans de bois et de sols en béton.
Dans les couches plus anciennes, l'accumulation de nombreux foyers sur des sols en terre battue semblent témoigner d'activités artisanales particulièrement dynamiques aux alentours des Ier et IIe siècles de notre ère. Ce quartier aurait subi d'importants remaniements, à partir du IIIe siècle.
La poursuite des travaux dans le cloître permettra d'étudier plus en détail ce quartier antique et son évolution. Les archéologues étudieront ensuite la cour nord et une partie de la cour ouest du couvent.
Responsable scientifique : Gaétan Le Cloirec, Inrap
Aménagement :
Rennes Métropole
Contrôle scientifique :
Service régional de l'Archéologie, Drac Bretagne