A Romilly-sur-Andelle, Eure, la fouille archéologique, d'une surface de 6 000 m², à proximité de l'église actuelle du village, constitue une occasion unique de mettre au jour des vestiges du prieuré médiéval de Saint-Crespin et de percevoir l'organisation d'un cimetière du haut Moyen Âge.

Dernière modification
10 mai 2016

Elle offre l'opportunité d'étudier les origines des paroisses, les débuts de leur organisation et leurs conditions d'implantation. Elle permet aussi de comprendre comment les relations se tissent entre la communauté villageoise et le domaine des morts, et de se pencher sur les comportements et les gestes mortuaires qui accompagnent la mise en terre.

Le contexte archéologique

Les alentours de Romilly sont habités au moins depuis le Néolithique (4000 ans avant notre ère), comme en témoignent les nombreux silex taillés retrouvés lors du décapage mécanique. Des vestiges de l'âge du Bronze (1800 avant notre ère) et de l'Antiquité (Ier siècle avant notre ère) ont aussi été découverts. Néanmoins, les archéologues se sont attachés à étudier l'occupation humaine du haut Moyen Âge, caractérisée par la présence de silos, de fours domestiques et de greniers, le long de la rue de la Libération. Cet habitat est limité au nord par un cimetière de la même époque.

Le contexte historique

À la fin du XIe siècle, Guillaume Fils Osbern, puissant vassal et fidèle compagnon de Guillaume le Conquérant, donne les terres de Romilly-sur-Andelle à l'abbaye bénédictine de Lyre qu'il vient de fonder. Cette dernière y crée le prieuré Saint-Crespin. Le cimetière est alors transféré plus à l'est (à côté de l'emplacement actuel de l'église Saint-Georges, construite à la charnière des XIe et XIIe siècles). Aucune source écrite ne décrit l'ensemble religieux. La fouille va donc permettre de dresser un état précis de l'organisation et de l'évolution du prieuré jusqu'à son abandon.

La première église (VIe-VIIIe siècle) et la seconde église (Xe-XIIe siècle)

La première église est construite en deux étapes. Un premier bâtiment circulaire est accolé à l'ouest d'une abside assez écrasée. Ensuite, un second bâtiment circulaire recoupe le premier, donnant à l'ensemble primitif un plan tréflé assez original. Ce premier édifice scelle un espace constitué de deux sarcophages en calcaire coquillé, de dimensions relativement importantes et coiffés de couvercles en bâtière.

Entre le Xe et le XIIe siècle, une nouvelle église est construite sur la précédente. Plus grande, elle est constituée d'une nef rectangulaire divisée en deux travées épaulées par des contreforts plats, et d'un choeur en abside. Les maçonneries, de très bonne facture, présentent un appareillage en opus spicatum et la présence d'un mur de chaînage entre la nef et le choeur pourrait indiquer l'existence d'une voûte en cul de four recouvrant le sanctuaire.

Le cimetière médiéval (VIIe-XIe siècle)

La première campagne de fouille a mis au jour 40 fosses sépulcrales sur 3 niveaux. Aucun mobilier en place n'a été livré par ces tombes, alors que quelques sépultures du diagnostic (réalisé par D. Lukas, Inrap 2005), situées plus au centre du cimetière, avaient révélé du mobilier du haut Moyen Âge. Cette fouille constituait un préalable à une grande campagne sur la quasi-totalité du cimetière, conjointement à celle des ensembles bâtis, débutée en juillet 2006.

Les 300 sépultures fouillées à ce jour sont attribuables à des adultes des deux sexes et à des enfants. Sur la périphérie du cimetière, les sujets immatures ont tous plus de deux ans. En revanche, dans les pourtours de l'église, les sépultures des petits (moins de deux ans) apparaissent en grand nombre, tout en restant pour l'instant en deçà de la mortalité infantile naturelle de la période.

Les tombes les plus anciennes sont datées du VIe siècle pour le sud du cimetière. Un nombre important de tombes (150 à 200) appartient à la fin du VIe et au VIIe siècle, la moitié avec un mobilier en place (céramiques, fibules, scramasaxes...). Les tombes les plus récentes sont calées par la construction des premiers bâtiments conventuels. Le cimetière est abandonné vers les Xe-XIe siècles quand s'installe le prieuré bénédictin. L'étude biologique à venir permettra d'aborder la distribution par âge et sexe, la morphologie et l'état sanitaire de cette population. Les analyses paléogénétiques seront susceptibles de préciser les questions de groupes familiaux et de peuplement.

Le manoir (XIVe-XVIIe siècle)

Au XIVe siècle, une grande phase de construction transforme l'église en manoir. La nef reste en élévation et les maçonneries sont récupérées, alors que le choeur est arasé. Le sanctuaire laisse place à un édifice barlong doté d'une tour escalier au milieu de sa façade nord. La présence d'une cheminée, d'un accès direct au cellier, et d'une tour escalier semblerait confirmer l'hypothèse d'une réaffectation civile de l'ancienne nef de l'église. Plusieurs annexes y sont accolées. À l'ouest, un bâtiment est construit dans son prolongement dont il ne subsiste que les importants celliers. Un espace excavé de 50 m² permettant le stockage des denrées a également été mis au jour. Un agrandissement a été effectué un peu plus tard au XIVe siècle vers l'est, sous le manoir. Une petite cave voûtée, soutenue par deux arcs doubleaux et en parfait état de conservation, était reliée à l'ouest au grand cellier par une petite cage d'escalier. Au sud, un petit couloir voûté en plein cintre permettait d'accéder à une descenderie donnant dans le manoir, par laquelle les provisions devaient être acheminées vers les cuisines situées dans un bâtiment collé au sud du manoir. Très proches de celles du château de Vatteville-la-Rue (Seine-Maritime), elles sont constituées d'une dalle évier, d'une grande cheminée et d'un four à pain. Enfin, au nord du manoir, une magnifique grange du XIVe siècle, en très bon état de conservation, devait servir au stockage des récoltes. Au sud de la clôture du domaine, deux bâtiments circulaires dont on ignore pour l'instant la fonction ont été mis au jour. Le prieuré est abandonné dès le XVIIe siècle.