Conférences
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Mis à jour le
04 mars 2016
Colloque
Héritages arabo-islamiques dans l'Europe méditerranéenne

Colloque international organisé par l’Institut national de recherches archéologiques préventives,
En partenariat avec Marseille-Provence 2013-Capitale européenne de la culture, le MuCEM et la Villa Méditerranée.
Du 11 au 14 septembre 2013, à Marseille, Villa Méditerranée et MuCEM.

Héritages arabo-islamiques dans l'Europe méditerranéenne - Archéologie, histoire, anthropologie
par Claude Raynaud, CNRS et Isabelle Rébé, centre archéologique Rémy-Marichal

Les fouilles de l'ancien quartier du forum gallo-romain de la ville de Ruscino ont livré d'abondants témoignages matériels d'une occupation du VIIe au IXe siècle. Relatée par les sources textuelles et confirmée, la présence musulmane au début du VIIIe reste difficile à caractériser dans sa matérialité, et plus encore à cerner dans sa topographie. Face à l'ambiguïté des vestiges, on en vient à se demander quelle population était en place et dans quelles conditions elle reçut la conquête musulmane. La confrontation se fit-elle dans la violence, où au contraire l'activité bénéficia-t-elle de la présence musulmane ?
Force est de constater qu'en dehors des sceaux musulmans qui nous assurent de la présence de contingents arabes sur le site dès la deuxième décennie du VIIIe, ceux-ci n'ont laissé que des traces archéologiques bien ténues.
Concrètement, les vestiges archéologiques n'ont livré aucun aménagement identifié, soit que les constructions se situent hors zone de fouille, soit qu'elles aient été peu marquées (terre crue ?) et/ou totalement détruites. Les vestiges concernent principalement fosses de réserves de denrées. Réutilisés comme dépotoirs, ces silos ont livré un abondant mobilier céramique qui ressort, pour l'essentiel, de productions qui trouvent des parallèles régionaux. Une faible part de ces rejets évoque cependant des apports extérieurs dont l'origine n'a pas encore été établie : péninsule Ibérique ou Maghreb ?
La même difficulté s'applique aux marqueurs anthropologiques : on n'a pu identifier aucune tombe typiquement islamique, ce qui tient probablement autant aux limites de la fouille qu'à la marge de datation qui rend impossible de dire à quelle phase chacune d'entre-elles se rapporte.
Un autre fait particulier, la présence de numéraire d'or wisigoth, émis à Narbonne, traduit-elle une réelle activité d'échange ou bien un reste du tribut de guerre ouvert, perdu ou caché lors du retrait face aux troupes franques, au dernier tiers du VIIIe s. ? La conquête franque semble marquer l'abandon du plateau principal comme aire d'ensilage. Les dates radiocarbone tendent à indiquer un abandon plus ou moins général du plateau principal.
Ainsi, si l'on avait pas découvert des inscriptions sur des sceaux arabes, l'écart serait radical entre la vision archéologique et les données environnementales, qui s'en tiennent à la seule culture matérielle, et la vision historique. Alors que l'on s'attendrait en première lecture à percevoir  les effets « négatifs de la conquête arabe » marqué par une déprise du site, puis au contraire une recolonisation agraire au début du XIe avec l'arrivée d'Hispani aprisionnaires, c'est à peu près le contraire qui se produit. Effet de source ou complexité du processus ?
Le cas de Ruscino conduit ainsi à réévaluer la perception de la conquête, en mesurant combien la vision archéologique reste en deçà de la réalité, tandis que la vision historique semble au contraire outrepasser l'impact des événements sur une communauté qui directement confrontée à l'irruption étrangère.
Claude Raynaud est directeur de Recherches au CNRS à l'UMR 5140 de Lattes/Montpellier.
Année :
2013