Une vaste occupation rurale gallo-romaine à Pitgam, Nord.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016

Quatre fouilles se sont déroulées à Pitgam, au lieu-dit Schulleveldt, entre 1997 et 2013. Elles ont permis de découvrir, sur une surface d'environ 6 hectares, une vaste occupation gallo-romaine datée du Ier siècle au milieu du IIIe siècle de notre ère, située à proximité du rivage de l'époque. Les nombreux vestiges nous renseignent sur certains aspects de la vie quotidienne et artisanale des habitants.

Des bâtiments en bois

Les fouilles ont mis au jour les restes de nombreuses constructions dont on ne perçoit plus que les traces laissées dans le sol par les poteaux qui les supportaient. On retrouve aussi des morceaux de torchis (mélange de terre argileuse et de paille), brûlé, sur lesquels subsistent parfois des empreintes de clayonnages (assemblage de branches). Les bâtiments reposaient donc sur une ossature de poteaux plantés dans le sol et les murs étaient constitués d'un clayonnage recouvert de torchis. Les toits devaient probablement être faits de roseaux, abondants dans cette zone marécageuse.
Le nombre de bâtiments et la surface qu'ils occupent montrent qu'il s'agit sans doute d'une petite agglomération côtière dense qui abritait des activités variées.

La production du sel

Le site de Pitgam se trouve en bordure d'une zone marécageuse qui pouvait être envahie par la mer à l'époque antique. Cette situation propice à l'exploitation saisonnière du sel et à son commerce a été mise à profit, comme en témoigne la découverte de fragments de four à sel et de petits pots (godets), destinés à obtenir des pains de sel par évaporation. Ce mobilier s'apparente à celui mis au jour sur la plupart des sites sauniers du nord de la Gaule Belgique, entre la Baie de Somme et la Flandre, le plus proche ayant été fouillé à quelques kilomètres sur la commune de Steene.

Cultures et élevage

Les occupants du site ont également profité des terres riches et bien adaptées à la culture des céréales, comme en atteste la découverte d'une quantité importante de meules antiques destinées à la mouture des céréales. Apparue à la fin de la période gauloise et au début de l'époque romaine, cette activité de subsistance devient plus importante à partir du IIe siècle, avec l'arrivée de moulins de grand format à entraînement animal.
Le site a livré des ossements d'animaux nous informant de l'élevage et de la consommation du porc, du mouton, du boeuf et du cheval. Le boeuf et le cheval étaient étroitement impliqués dans les activités humaines à l'époque romaine : ils participaient à l'économie agraire (tractions, labours) et transportaient des personnes et des marchandises. Une partie des produits de l'élevage (viande, lait, cuir, os, corne et laine) a probablement fait l'objet d'un commerce. Une fusaïole en terre cuite témoigne d'une activité de tissage.
Enfin, la présence de nombreux restes de coquillages (coques, moules et huîtres) illustre l'activité de la pêche à pied.

Une vaisselle variée

Le site a livré une grande quantité de restes de poteries, qui datent l'occupation du Ier siècle au milieu du IIIe siècle de notre ère. La céramique non tournée locale domine à Pitgam ; elle se caractérise par un répertoire varié, typique de la Plaine flamande. On y trouve principalement des pots à cuire décorés au peigne, mais aussi des céramiques plus fines. Quelques céramiques tournées proviennent des ateliers proches, mais des importations lointaines ont également été identifiées. La vaisselle de table en sigillée (céramique à revêtement rouge brillant), les amphores à huile d'Espagne et des gobelets engobés provenant de Rhénanie témoignent du commerce existant entre cette région et le reste du monde romain. 

Bijoux, ornements et autres petits objets

Des perles en verre de couleur bleue ou verte, une boucle d'oreille, des anneaux en bronze, des fibules (épingles pour fermer les vêtements) en bronze et en cuivre, des épingles en os, des pièces de monnaie, un peigne en bois et une semelle en cuir ont également été découverts lors des fouilles de Pitgam. Fruits d'artisanats locaux ou régionaux, ils révèlent les échanges commerciaux pratiqués à l'époque romaine, mais surtout ils témoignent, pour certains d'entre eux, de la richesse et du statut particulier des occupants ou de certains occupants du site.

Rites et pratiques funéraires

Des bûchers et des sépultures à incinération ont été mis au jour à Pitgam. Ces vestiges reflètent les différentes étapes du rituel de crémation à l'époque romaine. Après les cérémonies préliminaires de l'adieu, de la toilette, de l'exposition et du cortège funèbre - qui ne laissent pas de traces archéologiques -, le corps du défunt, parfois accompagné de poteries, était placé sur un bûcher afin d'être incinéré. Une partie des os brûlés était ensuite recueillie et déposée en pleine terre dans un contenant (poterie ou sac), formant ainsi la sépulture. Un dépôt d'offrandes (des poteries, une pièce de monnaie pour payer le passage du Styx et, parfois, des objets familiers) accompagnait souvent le défunt.