La petite ville antique de Pithiviers-le-Vieil (Loiret) est connue depuis le XIXe siècle grâce à des découvertes fortuites.

Chronique de site
Dernière modification
18 mai 2016

À partir des années 1970 et pendant une vingtaine d'années, les prospections et les fouilles de Christian Charbonnier, un archéologue amateur, ont permis de préciser les connaissances de ce site.

Depuis, d'autres travaux archéologiques ont complété ces données et trois secteurs sont dorénavant mieux connus : à la Grande Raye, un sanctuaire a été identifié par photographie aérienne puis partiellement fouillé ; à l'Aumonet, des thermes ont été découverts en 1986 et ont fait l'objet de fouilles exhaustives ; enfin, aux Ouches-du-Bourg, un quartier d'habitation a été étudié en 1992. Au sud des thermes, une nouvelle fouille a été engagée en septembre 2009 (responsable scientifique : Philippe Salé, Inrap), préalablement à la construction de logements sociaux projetés par la Société immobilière de l'arrondissement de Pithiviers.

Les thermes

Les thermes de Pithiviers-le-Vieil couvrent une superficie de 1 000 m2. Ils ont été construits à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle, et ont fonctionné durant 250 à 300 ans. Il semble que l'agencement des pièces soit progressivement modifié notamment par l'adjonction de nouvelles salles chaudes. La disposition finale intègre plusieurs pièces : une palestre (salle réservée aux exercices physiques), une piscine (natatio), une pièce non chauffée dont la fonction peut correspondre à un vestiaire (apodyterium) ou à une salle froide (frigidarium), et trois pièces chauffées par hypocauste (par le sol) pouvant chacune correspondre à un bain chaud (caldarium), à une salle à température modérée (tepidarium) ou à une salle sèche et chaude (sudatorium). Trois foyers permettaient la montée en température de ces pièces. Le système d'alimentation en eau et d'évacuation reste méconnu malgré la découverte de deux canalisations et d'un puits.

Un sanctuaire et un temple

À l'ouest du village, à la Grande Raye, un vaste ensemble cultuel a été partiellement fouillé de 1983 à 1986. Il pourrait avoir des origines gauloises, mais c'est à partir du milieu du Ier siècle apr. J.-C. que ce sanctuaire semble se développer : au moins huit fana, des temples à plan centré, sont alors répartis en trois groupes et desservis par une voirie à la trame régulière. Ils semblent abandonnés et détruits vers le milieu du IVe siècle, lors de l'expansion du christianisme. Au sud des thermes, les fouilles actuelles ont mis au jour un autre temple. Son origine reste pour le moment inconnue, mais il semble qu'au cours du Ier siècle il comportait une cella à plan carré, la pièce centrale du temple, entourée d'une galerie. Par la suite, un pronaos (vestibule) semble avoir été adjoint. Les sols ont été partiellement conservés, alors que les murs ont été presque totalement détruits à la fin de l'Antiquité ou à la période mérovingienne (Ve-VIIIe siècles), afin de récupérer les pierres. Pourquoi ce temple a-t-il été construit hors du sanctuaire ? Les raisons exactes restent encore inconnues, mais la proximité des thermes pourrait constituer un élément de réponse.

Le travail de carrier

Peu de temps après la conquête de la Gaule par les Romains, le modèle architectural change considérablement. Si les constructions en bois subsistent, la pierre devient au cours du Ier siècle un matériau privilégié. Elle permet la construction de monuments et de bâtiments publics plus imposants comme les thermes, les édifices de spectacles, les monuments funéraires... La pierre est aussi utilisée pour les maisons de ville (domus) ou de campagne (villae). Aussi, un besoin énorme en pierre s'est-il fait ressentir rapidement. Les extractions antiques sont généralement à ciel ouvert, à proximité immédiate des chantiers ou d'une voie de communication. Cette fouille a livré quelques fosses antiques révélant une extraction de calcaire. L'activité de carrier est en particulier soulignée par la découverte d'anciennes galeries souterraines qui permettaient l'exploitation d'un calcaire dur qu'on ne trouve pas en surface. Elles sont partiellement comblées par les déchets de l'extraction et leur étude est problématique. Leur datation reste à préciser : la majorité du mobilier est attribuée aux IIe et IIIe siècles.