La Collectivité territoriale de Corse a démarré en 2006 la construction de la Voie nouvelle Borgo-Vescovato. Les travaux consistent à réaliser sur 9,3 km une route à 2 x 2 voies déviant les communes de Borgo, Lucciana et Vescovato.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Le nouvel itinéraire sera prolongé, à terme, par une autre section entre Vescovato et Taglio-Isolaccio. Ce vaste projet d'aménagement est à l'origine d'une série d'interventions archéologiques débutées en septembre 2005. Ces opérations, prescrites par le service régional de l'Archéologie (Drac Corse), ont été confiées à l'Inrap.
Les quatre sites fouillés sont concentrés sur une section d'un peu plus d'1 km sur la commune de Lucciana. Il s'agit exclusivement de sites antiques du Ier au IIIe siècle de notre ère. En allant du nord vers le sud, on trouve la nécropole de Mezzana puis les habitats ruraux de Campiani, Torra et Torricella.


Un bâtiment viticole du Ier siècle à Torricella

Au lieu-dit Torricella a été mis au jour un bâtiment à vocation viticole, daté de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. Il est composé de deux pièces formant un L, dont les murs, construits en galets liés à la terre, sont conservés en fondation. La pièce principale, orientée nord-sud et d'une surface de 33,50 m2, est séparée en deux : au sud s'étend un sol en tuileau, sans aménagement spécifique ; l'espace nord comporte une cuve de foulage et de décantation du raisin construite en éléments de terre cuite, un foyer et une structure empierrée (petite aire de pressage ?). Une pièce de 13 m2, érigée dans un second temps contre la façade orientale, est équipée d'un foyer domestique.
Le bâtiment est entouré de voies de circulation constituées de cailloutis serrés et de fragments d'amphores et de vases de stockage (dolia). À l'extérieur, un puits, un four domestique et des trous de poteaux complètent cette occupation de courte durée, liée à l'exploitation saisonnière du terroir viticole de l'agglomération antique de Mariana.

Des bâtiments agricoles du IIe siècle à Torra III...

Les vestiges très arasés d'un bâtiment à usage agricole ont été mis au jour. De forme rectangulaire, il était séparé en deux pièces inégales. En dehors d'une cuve ou d'un bassin dont les traces ont été retrouvées dans l'angle de la pièce la plus petite, de nombreux fragments de grandes jarres (dolia) démontrent la fonction de stockage de ce bâtiment. Les fondations sont bâties en galets liés à la terre sans adjonction de mortier. Les murs étaient en matériaux périssables (bois), ou en terre (torchis ou pisé).
Le matériel retrouvé, en particulier la céramique provenant pour l'essentiel de la péninsule italienne, permet de dater le site du IIe siècle de notre ère.

... et des IIe-IIIe siècles à Campiani

Il s'agit d'une exploitation rurale agricole de la fin du IIe siècle de notre ère. Les vestiges, très arasés, sont difficilement lisibles, mais ils présentent cependant un intérêt remarquable car c'est la première fois que l'on fouille un établissement romain de ce type dans la plaine littorale. Les bâtiments sont entourés de fossés peu profonds, dont le comblement a livré de la vaisselle et du mobilier, source d'information précieuse pour les archéologues. De même deux puits ont été fouillés.
Près de 2 000 fragments de poteries ont pu être étudiés. Cet abondant matériel éclaire à plus d'un titre sur les échanges et le commerce à cette époque entre la Corse et le reste du bassin méditerranéen. En effet, on consommait ici de l'huile d'olive et du vin, transportés dans des amphores depuis l'Afrique, la Bétique (sud de l'Espagne), la Gaule et même l'Orient.