Au début du Moyen Âge, le défunt est souvent inhumé avec un mobilier témoignant de sa place dans la société, et ce à l’écart de l’habitat. Avec la christianisation, mais seulement au VIIIe siècle, ces pratiques sont abandonnées et les tombes sont regroupées dans un espace consacré autour d’un édifice religieux.

Mis à jour le
29 août 2016

Au début du premier Moyen Âge, entre le Ve et le VIIIe siècle, la nécropole est implantée à l’écart de l’habitat. Les tombes sont organisées en rangées régulières, orientées est-ouest. L’individu est inhumé sur le dos, en pleine terre ou dans un caisson de pierre, un sarcophage ou un coffrage en bois. La tombe est considérée comme représentative de la place tenue par le défunt dans la société. Ainsi, le défunt est souvent inhumé avec un mobilier caractéristique (habillement, armes…).

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Une des deux tombes masculines de « type franc » mises au jour à Saint-Dizier (Haute-Marne) datées des années 525-550, 2002.
Dans une chambre enterrée tapissée d'un coffrage de bois, le défunt, un guerrier de haut rang, est déposé avec vêtements, accessoires et une partie de ses armes dans un cercueil. De la vaisselle et un coffre en bois, sont placés au pied du cercueil.

© Loïc de Cargouët, Inrap

Dès le VIIe siècle, on assiste à la raréfaction progressive des dépôts de mobilier funéraire, puis à leur disparition vers le milieu du VIIIe siècle, une conséquence des progrès de la christianisation.
Le rapport entre les morts et les vivants évolue durant tout le Moyen Âge. À l’exception de petits groupes encore inhumés dans ou à proximité des habitats, les tombes se concentrent désormais autour des églises : c’est l’évolution vers le « cimetière médiéval ». La tradition antique consistant à séparer le monde des morts de celui des vivants est alors peu à peu abandonnée.

Une image représentative du défunt dans la société

Au début du premier Moyen Âge (Ve-VIIe siècles), chez certains peuples, comme les Francs, le mobilier qui accompagne le défunt témoigne de la place de ce dernier dans la société : armement pour le guerrier (scramasaxes, épées, lances, haches, umbos de boucliers), parures et bijoux pour les personnes de haut rang, vaisselle de terre ou de verre, et dépôts divers. Mais toutes les tombes ne livrent pas de mobilier. Certaines pratiques, tolérées par les ecclésiastiques, sont mises en évidence par les fouilles archéologiques : tombes à incinération, enclos funéraires ou sacrifices d’animaux et tumulus. Les nécropoles en rangées sont implantées à l’écart de l’habitat. Certaines sépultures de haut rang possèdent une chambre funéraire comme à Saint-Dizier, Prény (Lorraine) et Erstein (Alsace). Les fouilles qui ont précédé la construction du tramway de Montpellier ont permis de mettre au jour un grand nombre de sépultures rupestres traditionnellement datées des VIIIe-XIIe siècles.

L’influence de la christianisation

Dès le VIIe siècle, on assiste à la raréfaction progressive des dépôts de mobilier funéraire, puis à leur disparition vers le milieu du VIIIe siècle. Au cours de cette même période, certains individus sont inhumés dans un espace consacré autour d’une sépulture privilégiée qui donne souvent naissance à un lieu de culte (par exemple le site de Saleux en Picardie). Les tombes en pleine terre ou en cercueil se multiplient, rapidement bouleversées par les inhumations suivantes.
À partir du VIIIe siècle, les tombes se concentrent majoritairement autour des églises. Mais il est courant de trouver des sépultures isolées ou des groupes d’inhumations au sein même d’habitats ruraux jusqu’au XIIsiècle, comme en témoignent les résultats des fouilles menées à Sorigny en Indre-et-Loire, à Saran dans le Loiret ou à Saint-Sylvain-d’Anjou en Maine-et-Loire. Ces groupes funéraires isolés tardifs semblent indiquer que l’inhumation dans le cimetière paroissial n’est pas encore une obligation.
Si l’inhumation est le plus souvent interdite dans l’église même, le clergé et la noblesse y dérogent couramment. Les cloîtres sont également des lieux fréquents d’inhumation. Plus tard, les premiers hôpitaux, gérés par les communautés religieuses, disposent de leur propre lieu de culte et d’inhumation. C’est également le cas des léproseries. Les communautés juives bénéficient, elles, de cimetières attitrés.

En savoir davantage grâce à l’anthropologie funéraire

Grâce à l’anthropologie funéraire, l’étude des nécropoles ne consiste pas seulement en une détermination des pratiques funéraires (mode d’inhumation), mais aborde l’âge moyen du décès, le sexe des individus, le taux de mortalité infantile (près de 50 %), les causes majeures de décès, et les pathologies laissant des traces sur le squelette. Elle témoigne également de la prise en charge du handicap par la société médiévale : certaines tombes livrent les restes d’appareillages, tels que des prothèses, et témoignent des soins apportés à des personnes lourdement handicapées.