Une équipe de l'Inrap vient de mettre au jour les vestiges du baptistère paléochrétien de la première cathédrale d'Ajaccio, sur une parcelle vouée à la construction d'un parking et d'un immeuble par son propriétaire.

Dernière modification
19 février 2016
L'intérêt archéologique du quartier a été souligné à maintes reprises depuis 1738 et les découvertes réalisées au gré des travaux agricoles et d'urbanisation ont conduit les historiens à localiser dans ce secteur l'agglomération antique d'Ajaccio. C'est aussi ici que se trouvait le siège épiscopal, mentionné pour la première fois dans une lettre du pape Grégoire le Grand datée de 601. Le groupe cathédral était placé sous le vocable de saint Jean et de saint Eufrase, dont les reliques furent peut-être transportées en Corse par les évêques africains lors de la persécution vandale du Ve siècle.

Le baptistère paléochrétien

Associé à l'église cathédrale, dont la localisation précise est encore inconnue, le baptistère est constitué d'une abside (4,60 x 3,50 m) encadrée de plusieurs bâtiments, au centre de laquelle se trouve une grande cuve baptismale cruciforme (2,68 x 1,39 m, profondeur 1,34 m), et dont le modèle est à rechercher en Afrique du Nord. Dans le courant du haut Moyen Âge, et à deux reprises, ce bassin a fait l'objet de transformations visant à réduire son volume et à l'adapter à l'évolution du rite. Cette cuve est associée à un bassin cylindrique plus petit (80 cm de diamètre), peut-être destinée au lavement des pieds des catéchumènes, avant le baptême proprement dit.
La fouille d'un important dépotoir, associé à ce complexe, a permis de recueillir près de 5 000 fragments de céramique. La diversité de leur provenance montre que le site a été, au VIe et VIIe siècles, et peut-être encore au VIIIe siècle de notre ère, pleinement intégré dans les réseaux commerciaux méditerranéens.

Le cimetière médiéval

Après l'abandon du baptistère, un cimetière est installé sur leurs ruines qui ont conditionné son organisation générale. Quatre-vingt tombes ont été repérées et fouillées. La typologie des sépultures est extrêmement variée : en amphore, sous tuiles, en coffre de pierres, rupestres et en pleine terre. Elles renvoient à des exemples sardes, italiens et du Midi de la France que l'on retrouve du VIe siècleau XIIe siècle. Il faut ajouter à cette liste, le sarcophage en marbre blanc orné de l'image du défunt encadré des génies des quatre Saisons accompagnés du " Bon pasteur " et de Dionysos, découvert sur ce même site en 1938.
Plusieurs tuiles de terre cuite utilisées pour la construction de ces tombes portent des signes dessinés sur la pâte avant cuisson (noeuds, porte surmontée d'un demi soleil, croix) et surtout des inscriptions dont le sens reste à déterminer. Les squelettes sont dans un bon état de conservation. Les premières observations permettent de reconnaître une grande majorité de sujets plutôt jeunes (entre seize et quarante ans environ) ainsi qu'une proportion à peu près égale d'hommes et de femmes.

Les apports de l'archéologie préventive à la connaissance de la période paléochrétienne

Le site d'Ajaccio vient compléter la connaissance des ensembles baptismaux de la même période en Corse comme ceux de Mariana, Sagone, Bravone ou Rescamone. En quatre ans, l'archéologie préventive a apporté une actualité scientifique sans précédent pour la période charnière entre la fin de l'Antiquité et le début du Moyen Âge. En effet, les archéologues de l'Inrap ont mis au jour quatre basiliques paléochrétiennes dont les datations oscillent entre le IVe et le Ve siècle : Arles et Marseille (Bouches-du-Rhône), Rezé (Loire-Atlantique), Roanne (Loire).
Archéologue responsable d'opération : Daniel Istria, Inrap
Contrôle scientifique : Service régional de l'Archéologie (Drac de Corse)
Aménageur : SARL Alban Torre et Consors
Contact(s) :

Mahaut Tyrrell
chargée de communication
médias, Inrap
tél. 01 40 08 80 24
mahaut.tyrrell [at] inrap.fr