Une équipe de l'Inrap vient de fouiller une partie du camp napoléonien du Puits d'amour à Étaples (Pas-de-Calais) en préalable à la construction d'un lotissement par Pas-de-Calais habitat.

Dernière modification
19 février 2016

C'est la première fois que des archéologues interviennent sur des baraquements des guerres napoléoniennes, ici le camp où le 6e régiment d'infanterie légère de la Grande Armée stationna d'octobre 1803 à août 1805. Ils ont pu confronter aux sources historiques leurs découvertes et donner ainsi un nouvel éclairage sur l'organisation du camp.

Un camp semi-permanent

Le camp était aménagé par les soldats qui préalablement stationnaient sous des tentes. Dix-neuf baraques de 14 à 45 m2 ont été fouillées au nord-est du camp, le long de deux rues parallèles sur lesquelles elles ouvraient. Légèrement excavées, leurs murs étaient en torchis recouvert d'un enduit de chaux. Certaines avaient la base de leurs parois maçonnée en moellons calcaires. Des débris de verre et de plomb retrouvés en quantité indiquent que les fenêtres étaient vitrées. Alors que les textes et les illustrations d'époque faisaient mention de toits couverts de chaume, l'usage de tuiles est attesté par les débris retrouvés dans les comblements des baraques. Enfin, les archives historiques nous apprennent que chaque régiment disposait de son jardin, chaque compagnie de son potager et d'un puits.
La profusion d'objets de la vie quotidienne jonchant le sol permet de délimiter des espaces d'activités dans les baraques, voire de les différencier. Ainsi, des traces de piétinement permettent de distinguer les zones de circulation interne des zones de couchages. Des tessons de céramique retrouvés près des cheminées montrent que les repas étaient préparés et servis à côté. La plupart des baraques avaient un âtre, certaines un foyer secondaire. Les débris de pipes en terre cuite retrouvés en nombre sur le sol d'une baraque laissent penser qu'il s'agissait du mess dans le quartier des officiers. Ce quartier est identifié par la présence de boutons dorés retrouvés dans six baraques.
Pour autant, la plupart des boutons sont timbrés d'un " 6 " inscrit dans un cor de chasse, fermant les vêtements du 6e régiment d'infanterie légère. Coulés en cuivre, montés sur os, sur bois ou sur cuivre, ils illustrent différentes techniques de fabrication dont certaines étaient jusqu'ici inédites. La présence de plusieurs boutons d'uniformes timbrés d'un " 75 ", du 75e régiment de ligne non présent au camp d'Étaples, ainsi que d'autres, semble-t-il, frappés de l'étoile de l'ordre de la Jarretière arborée par certains régiments d'Outre-Manche, reste à expliquer.
Des boucles de havresac ou de giberne, témoins de leur équipement, ont aussi été retrouvées, ainsi que des jetons en cuivre et des pièces de monnaies royales, révolutionnaires et consulaires.

Le camp d'Étaples dans le dispositif militaire de Napoléon

Dirigé par le maréchal Ney, le 6e régiment d'infanterie légère faisait partie de l'aile gauche de l'armée des côtes de l'océan mise en place par Napoléon. Elle regroupait en six cantonnements trois divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie. Le port d'Étaples, comme six autres, servait au rassemblement de la flotte comprenant environ 2 000 bâtiments.Dirigé par le maréchal Ney, le 6 régiment d'infanterie légère faisait partie de l'aile gauche de l'armée des côtes de l'océan mise en place par Napoléon. Elle regroupait en six cantonnements trois divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie. Le port d'Étaples, comme six autres, servait au rassemblement de la flotte comprenant environ 2 000 bâtiments.
Napoléon déployait, le long des côtes de la Manche et de la mer du Nord, d'Étaples à Ostende (Belgique), 175 000 hommes pour tenter de traverser la Manche. Mais la suprématie de la Royal Navy eut raison de sa stratégie et, cinq semaines avant Trafalgar, dès le 3 septembre 1805, il fit lever les camps le long de la côte pour entraîner ses troupes vers les campagnes militaires continentales (Ulm, Austerlitz...).
Archéologue responsable d'opération : Frédéric Lemaire, Inrap
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (DRAC Nord-Pas-de-Calais)
Aménageur : Pas-de-Calais habitat
Contact(s) :

Mahaut Tyrrell
chargée de communication
médias, Inrap
tél. 01 40 08 80 24
mahaut.tyrrell [at] inrap.fr