A Basse-Terre, Guadeloupe, un sondage archéologique a été mené sur 400 m2 dans le centre-ville de Basse-Terre, dans un périmètre où la trame urbaine, très dense, est très rarement soumise à de nouvelles constructions. 

Chronique de site
Dernière modification
07 avril 2016

Du fait de cette stabilité immobilière, les prescriptions archéologiques étaient jusqu’à présent inexistantes dans cette partie de la ville, les opérations archéologiques se limitant au quartier de la cathédrale qui constitue le centre historique de Basse-Terre.

Les résultats obtenus lors de ce diagnostic sont fondés sur l’observation des deux coupes stratigraphiques relevées dans une fenêtre ouverte sur 20 m2. Outre la case datant du XXe s. qui figurait sur le terrain avant sa démolition, elle a permis de reconnaître deux phases distinctes, l’une coloniale et l’autre amérindienne.

En ce qui concerne la période précolombienne, les résultats de ce sondage sont très encourageants dans la mesure où ils confirment l’extension de l’occupation amérindienne à la partie occidentale de la ville et rejoignent les découvertes récentes faites sur le site de la cathédrale. Cette phase est illustrée par un niveau de dépotoir datant de la période Cedrosan-Saladoïde (0-600 environ) qui se traduit par une accumulation, sur une trentaine de centimètres de hauteur, de lentilles de pinces de crabe, de coquillages (burgos, lambis), de corail (cervi cornis), de vertèbres de poisson, de fragments de meules et d’une très forte proportion de fragments de céramique dont certains portent des décors peints ou incisés ainsi que des modelages zoomorphes (adornos).

Le secteur a par la suite connu une longue période d’abandon illustrée par la présence d’importantes couches de colluvions dans lesquelles on trouve quelques tessons émoussés provenant vraisemblablement de sites amérindiens périphériques. Au cours de la période historique, le secteur a connu deux phases d’aménagement témoignant d’une modification spatiale du quartier. En effet, la parcelle renferme les éléments d’une voie ancienne non datée (mais postérieure à 1635, date de la colonisation française de l’île de la Guadeloupe) représentée par un niveau induré de cailloutis et de blocs compactés associés à un fossé de 0,40 m de profondeur. Cette voie est antérieure à 1770 dans la mesure où elle ne figure pas sur la carte des « Ingénieurs du Roi ») et devait correspondre à un chemin menant vers les hauteurs cultivées de Basse-Terre.

Durant la phase suivante (seconde moitié du XVIIIe s.), on assiste au remblaiement de cet axe de circulation et à la construction d’un bâtiment important dont le sondage a mis au jour le mur de façade arrière qui se traduit dans la coupe par une tranchée de fondation remplie de gros blocs de pierres volcaniques et de concentrations de mortier de chaux. Cette construction s’aligne avec les autres bâtisses qui figurent dans les archives et témoigne de la mise en place de la trame orthonormée de la ville nouvelle à la fin du XVIIIe s.