La fouille conduite à la périphérie nord du village actuel d'Esvres (Indre-et-Loire), dans une zone rurale encore peu urbanisée, a donné lieu à la découverte d'un petit établissement rural gaulois et gallo-romain.

Chronique de site
Dernière modification
17 mai 2016

Situé à peu de distance au nord des nécropoles antiques de La Haute Cour et de Vaugrigon (250 m et 750 m), il permet d'appréhender les modalités d'occupation du territoire autour de l'agglomération secondaire antique supposée d'Evena.

Les indices d'occupation néolithique et du Bronze final-Hallstatt C (930 à 650 av. J.-C.)

La première occupation du site est datée du Néolithique moyen, même si les traces sont très ténues. Quelques tessons épars, retrouvés dans les niveaux limoneux ainsi que dans une fosse, en constituent les seuls éléments et l'absence de structures ainsi que l'indigence du mobilier interdisent toute interprétation quant à la nature de cette occupation. La céramique se compose de fragments de bouteille attribuée au Chasséen (première moitié du Ve millénaire) et d'un vase datés du Villeneuve-Saint-Germain (4900 à 4700 av. J.-C.).

Le site est réoccupé à la fin de l'âge du Bronze (Bronze final IIIb), vers 930-800 av. J.-C., ou au plus tard, au début du premier âge du Fer (Hallstatt C), vers 800-650 av. J.-C. Un vaste dépotoir constitue l'unique vestige de cette occupation, qui a livré  255 tessons de céramiques de cette période.


L'établissement de La Tène finale (180-25 av. J.-C.)

Un petit établissement rural, formé de quelques bâtiments, est attesté sur le site à la fin de La Tène. Il trouve peut-être son origine dans un habitat plus ancien, à la transition de La Tène moyenne et finale (275 à 150-130 av. J.-C.), qui est représenté par quelques vestiges (fosse, silos, tranchées) et des restes de mobilier (céramique). À La Tène finale (180-25 av. J.-C.), il comprend au moins quatre bâtiments sur poteaux qui occupent le centre de l'emprise. Deux d'entre eux sont des greniers surélevés de petites superficies (1,30 à 4 m2 ; bâtiments A et B). Les autres édifices sont des bâtiments en bois à plan centré et parois rejetées, munis d'un accès à nord-ouest. Leurs parois étaient en torchis, comme l'atteste le mobilier retrouvé dans les trous de poteau. L'un des bâtiments a conservé les traces de cette paroi, ce qui porte sa superficie à 73 m2 (bâtiment C). Le second bâtiment mesure 56 m2 de superficie minimum et présente une architecture sur poteaux inclinés (bâtiment D). La présence de plaques foyères, de vaisselle en céramique (jattes, amphores), de restes de faune et d'un fragment de couteau suggère des habitations. La proximité des bâtiments et les quelques éléments de datation permettent d'envisager une succession dans leur installation. Malheureusement, les éléments manquent pour affiner la chronologie de ces étapes. À la fin de la période, les plus grands bâtiments sont abandonnés suite à un incendie.

L'établissement gallo-romain (Ier-IIe s. ap. J.-C.)

Au Ier siècle, un bâtiment en pierre est reconstruit sur l'établissement gaulois. Seules les fondations des murs sont conservées. D'une superficie de 152 m2, il comprend trois pièces, dont une grande pièce centrale divisée selon la proportion un tiers pour deux tiers, et un porche ouvert à l'est. Dans l'angle nord-ouest de la pièce principale, se trouvent les vestiges d'un cellier semi-enterré, conservé sur 0,30 m de profondeur. À l'ouest, une mare est accolée au bâtiment. Elle est limitée au nord par un mur, qui, dans son dernier état, s'est effondré dans la mare. Le mobilier retrouvé dans la mare indique une utilisation probable dès le Ier siècle, jusqu'à la fin du Haut-Empire et au début du haut Moyen Âge.
Les nombreux rejets de mobilier autour du bâtiment marquent une occupation rurale et domestique, datée de la fin du Ier-courant du IIe s. ap. J.-C. Ils témoignent de la fonction d'habitat du bâtiment, ainsi que d'activités liées à l'agriculture (élevage, mouture, trait) et à la métallurgie (travail du plomb ?). Si le faible nombre d'objets semble restreindre ces activités au cadre domestique, deux éléments remarquables en bronze appartiennent à un répertoire social plus aisé : un ornement de vase en bronze, ainsi qu'un élément de harnachement de cheval ouvragé en bronze, objet d'apparat utilisé peut-être lors de célébrations ou de circonstances particulières. Ces derniers permettent d'attribuer à ce petit établissement à l'apparence modeste un certain degré d'aisance.